URL: https://linuxfr.org/users/didrik-pining/journaux/confessions-dun-pirate Title: Confession(s) d'un pirate Authors: Didrik Pining Date: 2011年06月24日T09:41:35+02:00 Tags: piratage, troll, tipiak, hadopi, humeur, égoïsme et franglais Score: 51 Attention : Ce journal est un peu long, et sans rapport direct avec le logiciel libre. En ce temps où la guerre semble déclarée entre les internautes « pirates » et les tenants de la propriété intellectuelle, j'ai envie de partager mon expérience avec les autres lecteurs de Linuxfr. Pour avoir lu d'autres journaux et commentaires sur ce sujet j'ai l'impression que les gens qui s'expriment ici (je ne pense pas qu'il représentent la majorité, loin s'en faut) ont une opinion bien arrêtée sur le sujet et affirment ne pas télécharger d’œuvres protégées. En ce beau vendredi, j'ai décidé de partager mon opinion sur ce sujet si épineux. Avant de commencer, laissez-moi me présenter rapidement : J'approche de la trentaine, et comme beaucoup d'entre vous, je travaille dans l'IT. Je gagne relativement bien ma vie et je me situe dans la classe moyenne. Sans rouler sur l'or, je n'ai, à priori (croisons les doigts), pas d'inquiétudes particulières à me faire pour l'avenir. Je suis également un utilisateur de longue date de Linux(1), et un lecteur assidu de linuxfr.org. J'aime bien l'esprit du libre, mais sans en faire une maladie, tout comme l'informatique en général. J'aime ça, vraiment beaucoup, mais ce n'est pas toute ma vie. J'aime le côté ouvert et participatif du libre, surtout le côte « si cela ne marche pas, vous pouvez fixer ». Comme je code un peu, j'ai déjà soumis des patchs à divers projets, dont certains assez importants dans la stack système et d'autres relativement mineurs. Rien de transcendantal cependant, principalement du bugfix et quelques (petits)enhancement. En clair, j'apprécie le libre surtout du côté technique, l'idéologie me laisse assez indifférent : Je ne ferai jamais un « caca nerveux » parce qu'une distribution shippe des composants propriétaires comme flash ou les drivers Nvidia. Comme le sujet du journal l'indique, je suis un pirate. Certains, qui pratiquent le nitpicking(2) à un niveau olympique, préfèrent le terme le terme de « contrefacteur numérique » ce qui, vous en conviendrez, fait beaucoup moins rêver. Dans mon cas particulier, cela se traduit assez simplement : Je n’achète aucun « bien culturel ». Je télécharge tout : La musique, les films, les séries. Pourquoi ? Au contraire de ce que j'observe habituellement dans les discutions sur ce sujet, je ne vais pas tenter de me dissimuler en dissertant sur tout un faisceau de concepts philosophiques. Je télécharge au lieu d'acheter parce que c'est gratuit, et que si j'ai le choix entre obtenir quelque chose gratuitement ou en payant, je vais forcement choisir la solution gratuite. Période(3). Évidemment, comme je sais qu'ici personne ne me fera l'affront de comparer la copie d'un fichier au vol d'une voiture (ou de tout objet physique) je ne développerai pas ce point. Généralement, c'est à ce moment là que les multiples questions sur l’honnêteté, le respect des licences (Serait-tu content si on « volait » ton code GPL pour en faire du proprio), la pérennité de la création et la rémunération des artistes font surface. Au départ, je ne me posais pas ces questions. A force de lire les débats à ce sujet, je me suis interrogé sur mon comportement, et sur ma réaction si : 1°) Il devenait impossible (ou beaucoup) trop risqué de télécharger. 2°) Si ma pratique se généralisait, et que l'industrie qui produit ce que je télécharge n'était plus rentable car trop piratée et cessait de produire le contenu que j'affectionne. Cette réflexion m'a conduit à la conclusion suivante : Je ne suis (pas|plus) prêt à payer pour ce contenu. S'il est gratuit et accessible je le prends, s'il faut payer, je passe mon chemin et je m'occupe autrement. Pour la musique, j'écoute principalement de la musique US. Je pourrai me lancer dans une longue argumentation sur la disponibilité du contenu mais là encore, je préfère être honnête : Si le supermarché où je fais mes courses avait un rayon entier consacré à Conway Twitty, je n’achèterais pas non plus. Sauf si les albums étaient vendus 2€ pièce, en mp3 et sur clef USB. Et encore. Et si demain, il n'était plus possible de trouver ma musique gratuitement sur le net ? J'écouterais la radio et éventuellement j'enregistrerai ce qui me plait via ce biais. Je pourrais également trouver quelqu'un qui pourrait me prêter son support, quitte à utiliser des cassettes ou de la copie analogique comme au bon vieux temps. Mais dans tous les cas, je ne suis pas prêt à payer pour ça, et encore moins 20 euros par CD, ni 0.99€ par titre. En réalité, je n'écoute pas vraiment de musique, juste pour la musique. Je n'écoute de la musique que sur la route, dans ma voiture. C'est plus un « bruit d'accompagnement » qu'autre chose. Si demain les artistes ne trouvaient plus rentable de créer, et les maisons de disque de trier (car c'est, au-delà de l'édition/production, le vrai service qu'elles fournissent), ca ne me dérange pas plus que ça : L'offre existante est déjà pléthorique et satisfait largement mon besoin : Avoir un bruit agréable (et moins répétitif que le moteur) quand je conduis. En ce qui concerne les films, il y a très peu qui me plaisent. La grande majorité (surtout les films français prétentieux) m'ennuie profondément. Pour vous donner une idée, je n'ai même pas pris la peine de télécharger Avatar tellement le synopsis me plonge dans un ennui profond. En définitive, je n'aime pas le cinéma, et encore moins le cinéma pour lui-même comme l'on peut le voir dans les films « d'auteurs ». Je respecte tout à fait que cela puisse intéresser des gens, mais je ne supporte pas le smug(3) qu'il y a généralement autour. J'aime bien (certains) blockbusters qui font passer le temps dans l'avion, mais généralement même pas assez pour les re-télécharger une fois vus. Je ne vais qu’exceptionnellement, voire jamais, au cinéma : Au-delà du prix totalement délirant en regard du service, je considère le simple fait de devoir me déplacer pour voir des images animées comme un total anachronisme. Et je ne parle même pas des publicités que l'on doit subir, du prix des confiseries, etc. Si je veux faire une « soirée ciné » avec mes amis, il suffit d'aller chez l'un de nous, et en prime l'expérience utilisateur est globalement meilleure. Et si il n'était plus possible de télécharger ? Et si les cinémas fermaient, et que l'industrie du cinéma faisaient faillite ? Je m'en passerais, et vu le nombre de films que je vois par an, ca ne me manquerait pas beaucoup. Ce qui me plait, et que je télécharge le plus en définitive, ce sont les séries (US) : C'est mon divertissement favori, mais sans vouloir répéter ce que j'ai déjà dit plus haut, je ne suis pas non plus prêt à payer des DVD de compilation à plus de 20 euros pièce. Et si il n'était plus possible de télécharger ? J'ai dit que je serai honnête, je vais l'être jusqu'au bout : Je serais bien embêté, et ca me manquerait. Heureusement, elles passent à la télé et que je peux les avoir gratuitement par ce biais. Il me suffit de programmer l'enregistrement et je peux même zapper les publicités. Si j'ai vraiment envie de voir un épisode le jour de sa diffusion, je suis prêt à vendre mon temps de cerveau disponible aux annonceurs. Seul bémol, c'est en VF. Et si la production n 'était plus rentable, et que les séries s'arrêtaient ? Ce serait bien dommage, mais j'y crois beaucoup moins : Les séries ne sont pas financés par les ventes de DVD, mais par les chaines de télévision, et donc par la pub. Tant qu'il y aura des gens pour regarder la télévision, il y aura des séries. Comme les séries US sont mises à disposition sur le net généralement le lendemain de leur primo-diffusion je ne pense pas que cela lèse les diffuseurs au point d'impacter les commandes de séries. Je suis donc confiant de ce côté là. Dans le pire de cas, il me reste mon dernier divertissement. Les livres : J'aime bien lire, et c'est le seul divertissement pour lequel je paye. Je ne télécharge pas d'ebooks non techniques, et je ne veux pas de liseuse. J'aime le papier et je n'ai pas l'impression de me faire voler lorsque j'achète un livre. J'en achète régulièrement, autant neuf que d'occasion. Seul bémol, les insomnies occasionnées ;). Voilà mes habitudes de pirate qui mettent en péril l'industrie du divertissement. Mais comment puis-je vivre avec ce poids sur la conscience ? Disons que malgré toutes les campagnes de « sensibilisation » au sort des artiste pillés(que je traduis personnellement en « brainwashing festival »), je n'arrive toujours pas à pleurer sur leur sort. Ces gens-là ont réussi pendant des années à vendre des places de concert/spectacle à un prix très élevé, à vendre des albums relativement cher et se sont beaucoup enrichis. Tant mieux pour eux, c'est le jeu. Les gens ont été prêts à payer, et je ne suis pas sur qu'ils le soient encore. Que dont-on faire ? Mettre les gens en prison pour téléchargement illégal ? Leur infliger de lourdes amendes en cas de partage de fichiers ? Quid de la propriété intellectuelle ? Les artistes n'ont-ils pas le droit de gagner de l'argent et/ou de faire fortune ? Peut-on pirater les artistes et défendre la GPL, donc le droit d'auteur ? Je n'ai pas de solution, parfaite, mais il me semble qu'il y a des réponses de bon sens à ces questions. On ne peut évidement pas mettre des gens en prison ni leur infliger des amendes dissuasives pour des peccadilles. En tout cas, en tant que citoyen dans une démocratie, ce n'est pas ce que je veux. Sans faire appel aux grands mots et aux grands concepts, dans une démocratie, le gouvernement et les lois sont censées être l'émanation de la volonté du peuple. Je ne pense pas, que nous, le peuple, devions nous infliger de lourdes sanctions en cas de non respect du droit d'auteur, du moins dans le cadre privé, cela n'a aucun sens. Seule l'exploitation commerciale, par les radios, les télévisions, voire les boites de nuit devrait ouvrir droit à une redevance pour les artistes. Le simple particulier ne devrait pas pouvoir être inquiété pour la transgression du droit d'auteur. De la même manière que si un quidam distribue un binaire compilé à partir de code GPL sans donner les sources, c'est évident que ce n'est pas bien, mais le mettre en prison ou lui infliger une lourde amende me semble totalement démesuré. Je trouve que cela n'a aucun rapport avec une société qui prendrait du code source GPL pour en faire un produit commercial propriétaire. Non pas que les entreprises soient le mal en soit, ce qui est très éloigné de ma position, mais l'échelle ainsi que l'éventuel préjudice ne sont juste(3) pas comparables. Je suis donc pour la « dépénalisation » du droit d'auteur pour le particulier. Les artistes gagneraient surement moins d'argent, c'est vrai, mais il n'existe pas de droit naturel pour eux à exister au dessus de la masse, comme des demi-dieux. Rappelons-nous que leurs ancêtres, qui remplissaient la même fonction, le divertissement, allaient de château en château et travaillent pour un repas chaud. Et vous, qu'en pensez-vous ? (1) : Le terme Linux ne te plait pas ? Tu voudrais voir écrit GNU/Linux et tu tiens à ce que tout le monde le sache ? Ça m'est égal, bonne journée. (2) : Tu préférerais « pinaillage » ? Tu es un ayatollah de la loi Toubon ? Tu passes ton dimanche à militer contre les anglicismes ? Tu parles couramment l’espéranto et le Klingon ? Bien le bonjour chez toi. (3) : Voir (2).

AltStyle によって変換されたページ (->オリジナル) /