URL: https://linuxfr.org/users/denisdordoigne/journaux/j-ai-teste-devenir-secouriste-en-sante-mentale Title: J'ai testé : devenir secouriste en santé mentale Authors: Denis Dordoigne Date: 2023年10月23日T10:08:04+02:00 License: CC By-SA Tags: violence et santé Score: 44 Je suis secouriste depuis mes 15 ans, et si j'ai vu les pratiques beaucoup évoluer (on demande aux secouristes de faire des sessions de rafraîchissement), les sujets abordés n'ont pas changé : la victime saigne, s'étouffe, fait un malaise, est brûlée, écorchée, fracturée... l'idée est essentiellement de savoir mettre en sécurité, alerter et prodiguer les premiers secours. Ce que je regrette est que, bien que mes formations soient payées par mon employeur, rien n'est prévu pour aborder les risques psycho-sociaux qui sont pourtant de plus en plus pris en compte par la société. Or, en écoutant une interview d'un psychiatre (je ne me souviens plus ni dans quel podcast ni à quel sujet), celui-ci a rapidement formulé à la fin de l'émission, alors que l'animateur le congédiais, « vous pouvez vous former aux premiers secours en santé mentale, renseignez-vous ». D'après mes recherches, le programme *Mental Health First Aid* a été créé en Australie dans les années 2000 et revendique être uniquement basé sur des savoirs scientifiques. La conception est faite avec la [méthode de Delphes](https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9thode_de_Delphes) en associant des professionnel·le·s, de la recherche, de la médecine, des soins et autres interventions cliniques en santé mentale. Les relectures et réévaluations sont faites en continu pour prendre en compte l'état du savoir universitaire et/ou pratique. Le programme est décliné en France par une association qui ne se contente pas de traduire le contenu, puisqu'elle dispose elle-même d'un conseil scientifique et pédagogique composé de représentant·es de la recherche, de la médecine, et des proches de patients. La formation est délivrée par des formateurs agréés par l'association française. Lorsque j'ai décidé de participer à cette formation, j'ai voulu la financer avec mon CPF, et malheureusement celle-ci n'est pas éligible... ce qui me semble incompréhensible alors que certaines formations aux fondements parfois très douteux le sont. Un calendrier des formations est disponible dans le [site web de l'association](https://pssmfrance.fr/), et on peut y trouver la liste des prochaines sessions, leur formateur et le prix de la formation (de 250 à 800€). N'ayant peur de rien, j'ai fait le choix de suivre une session animée par une sophrologue, prenant le risque que celle-ci cherche à défendre les prétentions ésotériques de sa pratique professionnelle plutôt que la science. La formation dure 14 heures sur 2 jours, le contenu est très copieux. La première journée commence par un état des lieux des troubles psychiques en France (statistiques, présentation du rôle des différent·es intervenant·es) puis est présenté le modèle « AÉRER », soit « **A**pprocher la personne pour évaluer et l'assister, **É**couter activement et sans jugement, **R**éconforter et informer, **E**ncourager à aller vers des professionnels et **R**enseigner des autres ressources disponibles (on voit qu'ils ont galéré à trouver un acronyme) La formation permet d'étudier un large spectre de symptômes de maladies mentales (dépression, bipolarité, troubles anxieux, troubles psychotiques, addictions aux substances et aux jeux, troubles du comportement alimentaire). Pendant ces 2 jours, nous procédons donc à la déclinaison du modèle AÉRER pour chacun de ces troubles, ainsi nous avons l'objectif de savoir détecter des maladies mentales avant qu'il y ait une urgence, et on passe en revue l'état du savoir scientifique pour chacun de ces sujets avec des pointeurs vers des ressources disponibles pour en savoir plus nous-même, voire qu'on peut conseiller au malade. Le tout est adapté à la France, donc on a des ressources francophones et on découvre à qui peut s'adresser le malade localement. Contrairement à mes craintes la formatrice n'a pas cherché à nous vendre de la sophrologie, même quand elle exposait son expérience. Enfin, on apprend à gérer les urgences (idées suicidaires, automutilation, attaque de panique, événement traumatique, état psychotique sévère, effets de consommation d'alcool ou de drogues) et les conduites agressives, pour lesquelles on doit quitter le modèle AÉRER si on veut agir efficacement pour mettre hors de danger le malade et son entourage. Faut-il faire cette formation ? Je pense que c'est comme le secourisme physique : plus il y aura de personnes formées, mieux ce sera. Si vous travaillez dans un contexte où vous accueillez tous types de publics, vous devez suggérer à votre employeur de vous payer cette formation, ce sera une occasion de vérifier si ses promesses d'inclusivité passent la barrière de la dépense d'argent. En plus du prix, il y a un autre problème avec cette formation : tout ne peut pas tenir en 2 jours, on aimerait passer plus de temps à étudier certains points : lors de ma formation j'ai eu l'impression de détecter parfois la frustration de la formatrice obligée d'avancer pour tenir le programme. Malgré tous ces efforts on n'a pas vraiment eu le temps d'étudier l'addiction au jeu et les troubles du comportement alimentaire. La formation vient avec un guide de 150 pages reprenant tout, je n'ai presque pas pris de note parce qu'il s'avérait vraiment complet pour tous les sujets abordés, d'ailleurs j'ai commencé à le lire en entier depuis et c'est un complément indispensable à cette formation (cependant ce guide ne remplace pas la formation, lâchez cette photocopieuse). Conclusion : si vous avez la possibilité de dépenser 250,ドル faites cette formation. Si vous ne l'avez pas, parlez-en au moins autour de vous, peut-être que quelqu'un voudra la financer (par exemple j'ai appris cette semaine que la ville de Brest proposait des sessions gratuites aux bénévoles des associations locales). Pour les personnes en Île-de-France je peux recommander ma formatrice, contactez-moi en privé pour avoir ses coordonnées. À noter qu'il existe aussi une déclinaison « PSSM jeunes » spécialement développée pour les adultes vivant ou travaillant avec des adolescents (collège et lycée) et jeunes majeurs.