URL: https://linuxfr.org/users/coin--2/journaux/le-cdi-doit-disparaitre Title: Le CDI doit disparaître Authors: coïn Date: 2013年01月04日T20:43:43+01:00 License: CC By-SA Tags: troll, libéralisme et medef Score: -16 Le marché de l'emploi est une chose bien complexe et l'un des sujets majeurs en cette période de ralentissement économique. Être salarié dans le privé est un choix professionnel et il existe en France plusieurs types de contrats et de situations. Du plus sécurisant au plus précaire, - CDI - Contrat temporaire (sous toutes les formes CDD, contrat de chantier, apprentissage) - Chômeur J'ai bien conscience que c'est assez simplificateur, car il existe en France 38 formes de contrats de travail différents, 27 régimes dérogatoires et une dizaine d'organisations du temps de travail, mais ce découpage à l'avantage d'être bien compris. Le CDI tel que nous le connaissons est une invention assez récente. Au XIX^e siècle, « les contrats de louage », sans détermination de durée, étaient considérés comme les contrats les plus précaires. En effet, avant la loi de décembre 1870, le Code civil n'imposait, ni d'indemnités, ni de préavis de licenciement en cas de rupture du contrat. Il a fallu attendre 1950 pour que les nouvelles lois inversent l'effet. Les CDD, bien que minoritaires en nombre, sont utilisés par la très grande majorité des entreprises. Principalement sur des emplois peu qualifiés et pour absorber les surcroîts d'activité mais aussi pour servir de canal de recrutement. Cette dernière assertion est de moins en moins vrai. En France, les chances d'évoluer d'un CDD à un CDI sont passées de 45% en 1995 à 12,8% en 2010 - alors que ce taux est à 25,8% en Europe. On peut douter de l'intérêt d'un CDD en remplacement d'une période d'essai, surtout sur des emplois moins qualifiés, mais la raison est probablement une question de management. C'est l'occasion de maintenir une pression et une motivation pour l'ensemble des contrats temporaires. Enfin, être chômeur est une situation dé-socialisante, dévalorisante et dure à vivre. Dans le genre précaire, c'est du haut niveau, surtout si c'est de longue durée. La répartition des actifs CDI/CDD/chômeur et sans emploi est d'environ 55/15/30%. Voilà, la situation est posée. D'un point de vue salarié, individuel et égoïste, il est évident que le CDI apporte une meilleure protection. Plus de formation, un accès au logement facilité, une stabilité financière, la possibilité de temps partiel choisi. bref, de la stabilité, bonheur et confiance dans l'avenir. Un salarié CDIiste aura tendance à acheter un logement, pas trop loin de son lieu d'habitation. Il finira sa carrière en meilleure santé, possédant plus de patrimoine qu'un intérimaire ou un chômeur. Mais pour la société, c'est moins évident. D'un point de vue sociétale, on voit bien que le CDI est aussi créateur d'inégalité de plus en plus criante. Comme beaucoup de strates de la société Française, une position de fait est privilégiée à la place d'une position d'avenir et cet immobilisme a un coût social, payé par la population des travailleurs précarisés. D'un point de vue économique, le CDI est aussi un non-sens, surtout en période de chômage croissant. En privilégiant la rigidité, il n'encourage pas l'initiative et les salariés ont la trouille de rechercher un boulot et de tenter une progression, ce qui empêche des gens "du dessous" de progresser aussi. En effet, pourquoi prendre le risque de perdre une place de privilégié ? La tentation est grande de dire « Puisque les contrats temporaires favorisent la précarité, il ne faut autoriser que des CDI ». Sauf que c'est économiquement un suicide. Parce que le CDD est considéré comme "plus précaire", des dispositifs législatifs ont été alourdis à l'extrême pour inciter les entreprises à CDIiser (prime de précarité, durée limitée, renouvellements limités). L'enfer étant pavé de bonnes intentions, ces dispositifs compliquent et précarisent encore plus les personnes ayant ce type de contrat. Ils savent qu'ils ne pourront pas faire 10 ans dans la même société et les banques aussi le savent. Qu'est-ce qu'il y aurait de mal d'avoir des gens faisant 10, 15 ans en CDD dans la même entreprise ? Entre parenthèse, l'état a une exception, il n'est pas tenu d'appliquer la durée maximale du nombre de renouvellement. Sans doute que c'est parce que c'est casse-couille pour la gestion du personnel. Et dans l'informatique alors ? Ben, le recours à des contrats temporaires est assez rares encore, mais c'est l'un des secteurs pionniers dans la flexisécurité. En effet, une SSII qui fait de la délégation de compétence est une entreprise privée qui maintient 100% du salaire, même pendant les périodes d'intercontrat. On retrouve chez les CDIstes des SSII d'ailleurs certaines ficelles des contrats précaires : mobilité géographique, manque de formation, salaire maintenu sous pression et la fameuse carotte de motivation, le saint Graal : "un CDI chez un client final". Pour résumer, le CDI est socialement, économiquement inégalitaire et contreproductif. J'ai fait ce journal car il faut sortir des idées préconçues sur le monde du travail. Doit-on privilégier le statut de 50% des actifs et laisser les 50% dans une précarité qui les fait souffrir ? On verra ce qu'en penseront les syndicats (il y aurait tant à dire sur les syndicats), lors des négociations qui arrivent. Mais on voit bien que nos pays européens se doivent d'être le plus inventif possible pour maintenir le niveau d'excellence auquel on est habitué. Revoir le pacte social du monde du travail pourrait aider. On aspire quasiment tous à avoir plus de revenus et je n'ai jamais considéré la rente et les acquis de faits comme étant moralement souhaitables, mais je trouve aussi injuste de laisser autant de gens en dehors du monde du travail. J'espère vous avoir intéressé.