URL: https://linuxfr.org/users/cb/journaux/self-serving Title: Self serving Authors: cedric Date: 2012年08月30日T08:59:14+02:00 License: CC By-SA Tags: franglais, prosélytisme et desktop_linux Score: 16 Je prends rarement le temps d'écrire un journal, mais cette fois-ci, j'ai un sujet qui me tient à cœur, l'avenir de Linux sur le Desktop, voire au-delà. La raison, c'est ce blog de Miguel de Icaza : http://tirania.org/blog/archive/2012/Aug-29.html qui est je pense complètement à côté de la plaque. Et une grande partie des commentateurs ne voient que le problème technique sans regarder plus loin et de plus haut. Donc je vais utiliser ce journal pour démarrer une discussion. On verra si plus tard ça vaut le coup de l'internationaliser en la mettant quelque part en Anglais. Désolé, ça va être long. Apple n'a pas gagné des parts de marché en assurant une API/ABI stable sur MacOS X. C'est juste oublier la partie la plus importante d'Apple. Leur stratégie a été d'attaquer au début des années 2000 un domaine moribond, l'électronique grand public avec l'iPod. Puis un autre domaine pas très innovant, voire complètement sclérosé avec l'iPhone. Enfin, ils ont créé leur propre niche avec l'iPad. Et tout ça, pour faire vendre par effet de bord des ordinateurs Apple au grand public. On en est à un point où pour avoir une expérience optimale, il faut utiliser du matériel Apple. Résultat des développeurs Linux migrent en masse vers Mac OS X. Il suffit d'aller à n'importe quel évènement libre et de compter le nombre d'ordinateurs Apple pour voir à quel point le mouvement est massif et terrifiant. L'environnement Linux ne répond déjà même plus au besoin de ses propres développeurs, alors pour le reste des utilisateurs ! Et le fait que l'un des créateurs de GNOME le dise, est la preuve d'un échec fondamental de mon point de vue... Google lui avait attaqué dans le domaine du "Cloud" et offre une expérience optimale quand on utilise tous ses services. Résultat la majorité du trafic email mondial passe par ses serveurs. Un grand nombre de PME/PMI a migré à Google Doc et consors. Il place progressivement Chrome sur le desktop et Android est définitivement un succès de cette stratégie d'intégration. Ils font du Linux, mais pas du GNU/Linux, et un nombre très important de développeurs préfère utiliser les services de Google plutôt que de faire de l'auto-hébergement. Encore une fois, on n'arrive plus à se fournir une solution pour nous même. Microsoft quant à lui a perdu de la vitesse durant la dernière décade, mais clairement pas face a GNU/Linux, uniquement face à Google et Apple qui ont eu une stratégie de contournement sur la principale force de Microsoft, les grandes entreprises. Et Microsoft l'a compris en contre-attaquant via son point fort pour faire venir ses tablettes dans les mains des départements informatique. Chacune de ces sociétés a une stratégie, dont j'ai volontairement forcé le trait, et Linux ? Et bien, je crois que au début des années 2000, l'idée était de copier Microsoft (surtout pour Miguel d'ailleur). Aujourd'hui, on ne fait pas mieux. Les _buzz words_ qui pilotent le développement, sont le "Cloud" et les réseaux sociaux. Et je pense vraiment pas qu'une attaque frontale sur Google ou Facebook pourra être une réussite. Je rajouterais aussi ici le cas de Jolla qui veut faire juste un smart phone, mais en utilisant mer/Qt/meego, ne part pas franchement avec une bonne stratégie. Ma conclusion est que si on continue à suivre la tendance de juste créer ce qui existe déjà, alors on va à l'échec et dans quelques années, on n'intéressera même plus les développeurs et GNU/Linux sera juste mort. Il est crucial de tout d'abord fournir un environnement performant pour les développeurs et ensuite d'avoir une stratégie à long terme. Mais je pense qu'il ne faut pas chercher à prévenir la fuite des développeurs actuellement en cours, car le seul moyen de le faire à court terme consiste à suivre Google et Apple. C'est-à-dire perdre de l'énergie dans une direction qui ne nous permettra jamais de faire de GNU/Linux une plateforme reconnue. Il faut exposer un objectif clair, une vision à long terme et attirer des développeurs qui sont prêts à faire l'effort d'être sur une plate forme en gestation. Maintenant quel peut être l'objectif à long terme pour les interfaces graphiques de GNU/Linux ? De mon point de vue, le monde se dirige de plus en plus vers une informatique mobile. Et il sera aussi difficile de se payer une nouvelle tv, un nouveau pc, une nouvelle console, un nouveau smartphone, une nouvelle tablette, une nouvelle voiture, des nouvelles lunettes, un nouveau frigo, un nouveau système domotique ... tous les deux ans parce que tout d'abord on est dans une crise économique mondiale colossale et ensuite parce que économiquement ce n'est vraiment pas efficace. La raison "théorique" que les commerciaux veulent nous faire avaler pour faire une mise-à-jour aussi fréquente, c'est que l'on a un CPU plus performant et plus de mémoire, et donc si l'on veut les nouveaux services, il faut tout upgrader. Joli plan commercial, mais va falloir être très riche. Quand on y réfléchit, la seule chose qui change, c'est la taille de l'écran, sa résolution et le périphérique d'entrée qui y est connecté. Et une fois qu'on a atteint une résolution "retina", il n'y a plus de raison de changer d'écran. Et tant que le périphérique d'entrée ne casse pas, ce n'est pas la peine non plus de le changer. Mais il est vrai qu'avoir une machine plus puissante tous les 2 ans, c'est quand même nécessaire. Pourquoi est-ce que l'on n'utilise pas le même CPU/GPU pour toutes les machines ? Aujourd'hui, c'est une limitation plutôt de facilité. Si il fallait débrancher puis rebrancher une "unité centrale" à chaque fois que je passe de mon PC a une tablette, ça serait vraiment pas drôle. Mais les technologies sans fil font de très gros progrès. Pour l'affichage, on a _Wireless Display_, le Wifi pour le réseau, le bluetooth pour les périphériques d'entrée et diverse technos de rechargement sans fil. On peut donc aujourd'hui réaliser une tel "unité centrale". En fait, cette "unité centrale" a besoin d'un écran pour pouvoir poser quelques questions à l'utilisateur lors de l'appairage à un ecran/périphérique d'entrée... Ça ressemble vaguement a un truc existant... Cette idée pose des contraintes : - il faut penser les applications pour qu'elles consomment le moins de ressource, donc les optimiser et avoir une architecture logiciel la plus optimale, car on ne sera pas toujours dans le champ d'un chargeur sans fil. - il faut penser les applications pour qu'elles soient utilisables sur des écrans et avec des périphériques d'entrée très différents. - il faut protéger le système en cas de vol, car toutes les données seront accessible depuis cette "unité centrale". - il faut un système de synchronisation/backup sécurisé et efficace. Si on veut permettre à des entreprises externe de contribuer aux systèmes : - il faut augmenter la sécurité de Linux (pour commencer à se débarrasser de X et passer à Wayland). - il faut garantir la stabilité des API/ABI pour plusieurs années (au minimum 5 ans). - il faut mettre en place un mécanisme de "store" permettant facilement à une société de déployer son application sur de nombreuses distributions (je pense que pour l'instant, Valve avec Steam est la mieux placée pour cette tâche). Si on veut être innovant : - il faut être capable de permettre à toutes les applications de lire des informations de manière pertinente et leur permettre d'extraire des informations enrichies par d'autres applications (dans l'idéal sans compromettre la sécurité du système). - il faut penser le système pour être extensible et ouvert (contrairement à un certain nombre de standards freedesktop). Cela représente déjà beaucoup de travail et je pense qu'il y en a pour quelques années avant d'atteindre un tel objectif. Pour ce qui est du matériel, ça ressemble franchement à un smart phone. D'ailleur un Galaxy S3 est plus puissant qu'un netbook d'il y a un ou deux ans, et il a déjà un port hdmi et usb. C'est déjà juste une question logiciel aujourd'hui, même si il faudra sûrement attendre quelques années, probablement plus de 3 ou 5 ans, avant d'avoir des téléphones vraiment capables de tout faire. Mais c'est en s'y prenant aujourd'hui qu'on peut avoir une chance !