URL: https://linuxfr.org/users/bubar/journaux/sars-cov-2-et-moi Title: Sars-CoV-2 et moi Authors: bubar🦥 Date: 2020年03月25日T09:51:06+01:00 License: CC By-SA Tags: covid-19, épidemie, virus, coronavirus et sars-cov-2 Score: 83 Bonjour Nal, Je suis infecté. Je vais raconter ici mon histoire avec cette saleté. [avertissement : ce journal n'est en aucun cas un journal médical, et le vécu relaté ici ne saurait même pas être considéré comme tenant lieu de conseils] J'ai ce matin bon espoir, très bon espoir, mais il me faut rester prudent jusqu'à vendredi : cela peut être un faux espoir. Ce texte est chronologique, je le déroule vraiment tel que je l'ai vécu et tel que j'ai appris les choses au fur et à mesure. A chacun d'en extraire l'intéressant pour lui-même. Tout est à la première personne. Comme beaucoup j'ai tout suivi du covid-19, comme peu j'ai lu le rapport préliminaire de l'institut Pasteur tout début janvier (et il y avait _tout_ dedans, tout s'est avéré exact par la suite) **Jeudi 19 mars 2020 :** je suis fatigué, très fatigué, rien de plus. Je viens de passer deux semaines particulièrement intenses en stress, en émotion et en travail, autant pour mon travail salarié que dans mes activités extra-professionnelles. **Vendredi 20 mars :** je suis en congés, mais j'en annule l'après midi afin de pouvoir être à une réunion à mon travail. En début de soirée, d'un seul coup, mon nez est pris. D'un seul coup, c'est à dire qu'en moins d'heure toute la narine droite est bouchée et la gauche à moitié. Le soir, je fais un repas normal. Très rapidement après le repas j'ai une montée, un pic. Je ressens une gêne digestive, légère mais bien présente. Je ressens la fièvre qui monte (il est 20h environ), une gêne dans la gorge, un petit mal de nuque. Tout cela en même temps, et qui se fait sentir d'un seul coup. Cela dure environ 2 heures. A la selle, rien. Je sens la fièvre persister sans qu'elle soit haute, et sans la vérifier. **Samedi 21 mars :** je me réveille enfariné, et plus que fatigué, mon nez est débouché. J'ai connu la grippe de 2005 et je n'avais pas été si fatigué si vite. Des pics de troubles digestifs se font sentir, le ventre semble "gargouillé" et mal, pendant environ une demi-heure, puis ça passe complètement. J'ai une légère sensation dans la gorge, qui perdure, et elle aussi augmente d'un seul coup par pic puis revient à son état d'avant. Le mal à la nuque à disparu. Le nez se rebouche rapidement. A midi je fais un repas normal. 20 minutes après, un pic de tout et de forte intensité, à laquelle s'ajout un énorme pic de tension (non mesuré) qui m'empêche de rester en place. C'est très impressionnant d'avoir des symptômes qui, lu ainsi paraissent banals, se manifester de la sorte : aussi vite et aussi forts. C'est là que je comprends "covid-19" : le seul symptôme que je n'ai pas est la toux : aucune toux ici. C'est vraiment très impressionnant, je pense important d'insister sur ce point : en 20mn tout se manifeste d'un seul coup, et encore plus fort que la veille. Il faut cooréler à cela l'aspect psychologique, à ne pas négliger : lorsque vous savez où cela mène (étouffement, détresse respiratoire, chute du taux d'oxygène dans le sang) vous en menez pas large, et je voudrais aussi insister sur ce point : il faut rester zen, et c'est très dur. Dès lors je décide de 2 choses : a) m'appliquer le même protocole qu'en cas de grosse fièvre ; b) définir ma limite aux difficultés respiratoires qui pourraient survenir. _Donc j'arrête de manger presqu'entièrement, je me couche et dors dès que possible, je bois beaucoup, et ne me lève que pour aller aux toilettes ou au ravitaillement en eau._ Le samedi soir me fera connaitre 5 heures d'intenses sensations, après un calme relatif l'après midi où seule la gorge me faisait un peu mal. S'ajoutera aux symptômes déjà présents dans les précédents pics des douleurs musculaires aux cuisses et des crampes aux cuisses et aux mollets. La fièvre est toujours présente, mais je la sens faible, ce qui m'inquiète pas mal. Je met le chauffage, assez fort, et me réveillerai en ayant dormi bouche ouverte. **Dimanche 22 mars :** après avoir dormi environ 4 heures d'affilés, je me réveille très mal, tout les symptômes sont présents en permanence maintenant, à l'exception des douleurs musculaires qui vont et viennent. Je m'offre un cookie au chocolat vers 10h, 20mn après le ventre est dérangé, immédiatement la selle sera quasi liquide, c'est la première fois. Je passe une journée infernale, mélée de peur du connu et de l'inconnu, d'épuisement, de douleurs. A midi j'opte pour les raisins secs : un poignée et c'est tout. Ils passent bien. Je bois au minimum 1,5l d'eau par jour depuis hier, je bois encore et encore, par petite lampée tout au long de la journée. J'essai de m'occuper l'esprit mais impossible de lire les nouvelles, c'est angoissant, impossible de regarder un film, j'ai mal aux yeux, impossible de lire un bouquin, la concentration ne suit pas. C'est donc un vrai épuisement, de celui où lire une mauvaise nouvelle vous fait mal physiquement, si certains ici ont connus ça le lendemain d'une lourde opération. Alors je vais faire ce que je sais faire : du shell, et je met enfin en place des logs propres et différenciées pour les iptables d'un de mes serveurs, grâce à ça je m'occupe l'esprit et cela fait beaucoup de bien. Pendant cet après-midi, je sens ma gorge se resserrée petit à petit, lentement, jusqu'au soir. Je sens maintenant nettement un point, un poids, dans le dos cental au bas des omoplates. Le soir j'abandonne le thé vert (léger) pour la tisane verveine. Elle ne me quittera plus. Je remet le chauffage pour dormir. A à peine 20 heures, je dors d'un profond sommeil, épuisé et aidé par la tisane. **Lundi 23 mars :** Je me réveille peu avant 03h du matin. Je suis bien. Vraiment bien. Je sens la fièvre présente, toujours légère, mais tout le reste à disparu. J'ai la même sensation qu'après une grosse maladie, que tout le monde connait "je vais mieux, je le sens, c'est net". Impressionnant. Je prends une poignée de raisons secs, que je machonne et avale assez vite. Une tisane, et me lance dans des parties du jeu le plus simple au monde : le klondike solitaire (f-droid) Vers 07h je prends pour la première fois ma température, afin d'avoir un chiffre précis : 38°c. Mon nez est encore bouché. Je prends le réflexe, quasi compulsif, de me laver les mains tout le temps, mon clavier, mon téléphone, ainsi que tout ce que je touche, avant et après chaque action, ça me quittera plus. A midi, une nouvelle poignée de raisins secs, et c'est tout. Ma température est la même que le matin : 38°c exactement. Habituellement j'aurai vraiment mangé, là non, je décide de continuer ainsi. Eau, tisane, et sommeil presque toute la journée. Vers 16h je décide de profiter de ce relatif bon état pour aller voir un toubib (dans ma résidence, même pas à sortir). Je l'informe illico de ma suspicion de covid-19, alors elle me dit faire un entretien téléphonique et que je passerai chercher l'ordonnance de paracétamol, mais sans monter dans son cabinet : elle descendra. Rendez vous pris pour 18h30 pour prendre mon ordonnance. Le rendez vous chez le médecin : elle sort, est équipée d'un masque et m'en tends un, qu'elle place elle même. Finalement elle me fait monter dans le cabinet médical. Examen complet, sans poser de questions préalable sur qui je suis, comment je vis, quels sont mes antécédents. Chaque centimètre du torse est écouté, épaules y compris. Relevé du taux d'oxygène. Elle me demande ce qu'est cette boule qui sort à droite de mon ventre, soupçonnant une cirhose alcoolique ou un rash, elle verra elle même à la palpation qu'il s'agit d'une simple éventration. Puis discussion. Je passe la discussion et vous livre les explications données sur la maladie et ce qu'elle me permet de comprendre dessus. **La maladie :** Pas besoin de revenir sur les symptômes, ils sont largement décrits partout. Par contre elle confirme que cet aspect de "poussées violentes", puis qui s'en vont, est déjà connu (perso j'avais rien lu dessus). La maladie est découpe en 2 phases d'une semaine chacune : - La 1ère peut être unitaire ou être découpée en 3 sous-parties : - Unitaire, où les symptômes vont s'installer petits à petits ; - Ou bien 1 à 3 jours de symptômes suivis d'une brusque sensation de guérison. La violence de la poussée des symptômes (pas eux mêmes mais la rapidité d'apparition, en pics) ne semble pas être le cas le plus courant, mais est donc connu. S'en suit cette période de "rémission", puis la vraie maladie arrive souvent. C'est la troisième partie de cette première phase : soit on retrouve les mêmes symptômes, soient en plus de nouveaux apparaissent, et soit ils sont stables en intensités, soit ils progressent. Dès cette troisième partie de première phase les conséquences peuvent être importantes : les difficultés respiratoires apparaissent en moyenne entre 3 et 5 jours après les premiers symptômes, et elles peuvent mener à un besoin d'assistance respiratoire. - La seconde phase n'a pas de coorélation directe à coup sûr avec la première : - On peut entrer dans une semaine où l'on va sentir une décroissance de la maladie ; - Où on peut en sévère aggravation. Elle me fixe vendredi midi un autre rendez vous, en me disant deux choses : «je vous appelle vers 11h pour savoir si vous pouvez venir, et en cas d'augmentation brutale de la fièvre, ou l'apparition de détresse respiratoire, c'est le 15» La seconde information est «il n'y a pas sur Toulouse de pénurie pour l'assistance respiratoire à domicile, sans intubation et avec surveillance du taux d'oxygène» Me voilà rassuré. ?!? Je comprends donc que mercredi sera une journée décisive. Et qu'à partir de mercredi, chaque jour aura sa peine. Nous sommes le mercredi 25 mars, c'est aujourd'hui. Vendredi sera le point clef. Je rentre et fait une vraie nuit complète pour la première fois. Reprenons la chronologie. Le soir, nouvelle poignée de raisins secs, nouvelle tisane verveine. Ma température est descendue à 37.5°c. Je n'ai pris aucun médicament, toujours pas. Je dors convenablement malgré l'angoisse, je n'ai plus aucun symptome à part un léger mal de gorge et une sensation de picotements dans la narine droite. Ma narine droite coule puis s'arrête rapidement, je ne fais qu'essuyer toujours sans me moucher. Elle se rebouche lorsque je me met au lit. Chauffage. Je dors toujours bouche ouverte. **Mardi 24 mars :** Réveil en état de fatigue, mais bien quant même. Ma température est de 37.2°c. Déjeuner d'une tisane et d'une ... poignée de raisins secs. Je me recouche et fini «Dégustez, gourmandes», San-Antonio, commencé la veille. Puis m'endors. Le midi ma tempé est toujours à 37.2°c. Nouveau "repas" et je décide de mettre à profit ce répit pour javeliser l'appartement, tout y passe : poignées, interrupteurs, etc .. Le soir j'informe mes proches que j'ai le moral mais qu'il faut rester prudent : rendez vous vendredi _(ce rdv avec le médecin est quasi symbolique, seul le planning compte)_ Ma température à 18h est à 37.5°c. **Mercredi 25 mars :** Je me réveille vers 03h et j'ai une quinte de toux, avec expectorations. L'angoisse me monte, fort, très fort. Je passe 3h à bouger : dans mon lit puis à faire les 100 pas, pour enfin reprendre le dessus avec une technique respiratoire classique mais que je n'avais pratiqué (n'ayant jamais été sujet à l'angoisse) Il est 6h, ma température est à 37.2°c. J'échange qq sms, et me rendors pour un peu plus d'une heure. Je reprends ma température : tjs 37.2°c. Et je me sent relativement bien, il ne subsiste qu'une légère douleur à droite dans la gorge (plus bas qu'une angine) Voilà, je ne dois pas croire que c'est terminé pour moi, même en entamant mon 3è jour d'accalmie, après moins de 3 jours de tempête. Maintenant c'est "à chaque jour sa peine", et je verrai ce soir, et je verrai demain matin, et je verrai demain soir. En attendant je continue de ne manger que 3 fois rien. Et de dormir, du repos. Me suis accordé ce matin deux vrais thés avec du miel. Rendez vous bientôt, chères moules< _notes_ _la fille d'une amie l'a aussi, est vient d'entrer dans sa phase 2 et pour elle les douleurs articulaires ont été diffilement supportables, d'autant que le paracétamol n'y est pas efficace._ _une autre amie qui l'a, et qui est en fin de seconde phase, a, elle, connue des douleurs de ventre très importantes, elle est en début de ménopause. Et une insuffisance respiratoire [traité par son médecin avec symbicort, si si je vous jure, c'est vrai]_ _l'aspect totalement nouveau/inhabituel des symptômes et de leurs survenues fait que quant vous avez ça, vous savez ce que vous avez : aucune doute n'est possible_ _merci d'éviter d'être personnellement désagréables dans les commentaires, ou pire : faire de l'humour noir, lire du négatif est difficile en état de fatigue_

AltStyle によって変換されたページ (->オリジナル) /