URL: https://linuxfr.org/users/blabla-2/journaux/vivre-en-fascisie Title: Vivre en fascisie Authors: blabla Date: 2016年03月28日T13:59:01+02:00 License: CC By-SA Tags: Score: -114 **_Avant-propos_** Je vais me proposer dans les prochaines semaines, de décrire cette espèce très particulière qu’est le commentateur moyen de Linuxfr. Pour sûr certains se chargeront de m’expliquer que tout est de ma faute que c’est moi qui insulte, et blabla et blabla. À ceux-là nous n’aurons qu’une question à leur poser : depuis combien de temps n’avons-nous pas vu de nouvelles têtes sur Linuxfr ? Quelques soraliens qui ne s’en cachent pas ? Que voilà un homme qui leur tient tête, qui ne fait rien d’autre que d’appliquer les méthodes dont il a été victime, qu’il se retrouve immédiatement _personna non grata_ (littéralement). Le fait est que l’espace des commentaires est trusté par une petit nombre de parfaits connards, dont le mode d’argumentation repose entièrement sur une manière bien à eux de te faire sentir que tu n’es qu’un _con_ si tu ne penses pas comme eux. Évidemment ce n’est pas dit crûment car il faut maintenir les apparences bourgeoises : je me propose donc d’examiner la rhétorique et par là-même de brosser un tableau des comportements humains dans une société qui devient de plus en plus ouvertement fasciste. Ce journal est la reprise de deux commentaires qui j’ai fait ces derniers jours, excédé que j’étais par les comportements auxquels je devais faire face. Comme ça fait un certain nombre d’année que ça me dérangeait je décidai de passer à l’action. **_Première partie_** Les commentaires imbéciles se distinguent par leur incapacité à penser les choses de manière non binaires. Mais il y a des commentaires d’une toute autre facture, qui incarnent l’idée même du mongolisme le plus avancé, ce sont les commentaires qui répondent à une critique en la catégorisant elle-même dans un manichéisme particulièrement puéril que seul un enfant en bas-âge ou une personne n’ayant pas eu un développement mental normal pourrait produire. Cette incapacité de penser les choses autrement que binaire, lorsqu’elle est prétée à l’autre, SURTOUT lorsqu’elle est prétée à l’autre, en dit plus sur le commentaire qui émet un tel énoncé qu’à celui auquel il prétend répondre. On pourrait longuement s’interroger, alors que la modernité produit tout ce qu’il y a de plus raffiné et de plus développé en terme de culture, de pensée, comment de tels écrits attardés, peuvent-ils encore être produits. Ce qui relève psychologiquement parlant d’un manque de maturité certain, je l’appelle le néo-barbarisme. Une certaine personne a parlé de banalité du mal. Car il y a ce refus propre, de penser l’altérité, mais aussi et surtout l’altérité chez l’autre : c’est toute la délicatesse du procédé qui participe à l’intolérance propre au néo-barbarisme. Toute critique à l’encontre de ses égéries, perçue comme signal négatif envoyé par l’autre, est systématiquement vécue comme une attaque malveillante qui ne se supporte pas. Je veux dire « ne se supporte pas » dans le sens que l’on n’attend pas : on perçoit immédiatement chez l’autre une binarité de pensé, perception qui n’est qu’une projection "empathique" de sa propre personnalité. Par projection empathique, je n’entends pas l’empathie propre à celle d’un adulte émotionnellement construit, mais celle d’un enfant qui ramène tout à lui, et imagine que les sentiments, les modes de pensée, les comportements de l’autre sont semblables, sinon identiques, à ce qu’il peut vivre lui-même. En ce sens il y a négation de l’altérité, donc par extension de l’indivudualité, ce qui se traduit politiquement par le totalitarisme, cf. banalité du mal : nous voilà bien aise de retomber sur les empreintes de nos pas. Pour aller plus loin, quoique le commentaire auquel je réponds n’atteigne pas ce stade (mais d’autre y parviennent aisément), une critique, forcément perçue négativement donc comme une attaque, se doit d’être méprisée et combattue avec toute la vigueur de circonstance, par anathèmes symétriquement opposés aux égéries alors remises en causes : c’est-à-dire par des catégories dont on devine assez aisément le caractère infamant, pour ne pas dire diffamant, à travers les écrits qui en font état, mais tout aussi vide de sens car employées sans plus d’à-propos, voir en contre-sens le plus élémentaire. Il faut vraiment prendre conscience de la symbiose, si je puis m’exprimer ainsi, qui existe entre la négation de l’altérité, la différence si vous préférez, et le manichéisme boulimique. La confrontation à l’autre n’est alors plus source d’enrichissement personnel (d’individuation dirait un certain philosophe, bien que son concept soit beaucoup plus large), comme moyen de se situer et donc de se vivre en tant qu’individu. Non ! Cela devient une frustration permanente où la radicalisation construit des catégories que tout oppose et où c’est l’autre (suprême anathème! qui fait l’objet du commentaire ci-devant) qui est accusé de ce grand mal de notre siècle qu’est le manichéisme, pour mieux s’en dédouanner soi-même. "L’adversaire", puisqu’il faut bien le nommer ainsi, devient responsable de notre propre refus à vouloir le comprendre. Par comprendre, je veux dire en premier lieu d’accepter à priori (et ce à priori est très important) qu’il puisse penser différemment, et ce sans le vivre comme un mal : c’est-à-dire sans immédiatement, et comme un réflexe pavlovien, en déduire que la vérité de l’un entraîne nécessairement la défaite de l’autre. Là où le principe d’individuation supposerait de se nourrir de la vérité de l’un, non pas pour se renier, mais au contraire se construire, se dépasser (ce qui suppose un effort et un capital intellectuel conséquent il faut bien l’avouer). Par «Se dépasser» j’entends au sens figuré, mais aussi et surtout au propre : seul l’autre permet d’établir une vision pleine et entière d’une société, c’est-à-dire non pas une masse uniformément conformiste (totalitarisme nous revoilà...) qui se vit à grand coups de mythes sociaux, préjugés et vulgaire projection de soi sur l’autre (projection immédiatement frustré, et conséquemment suivie d’un mépris de l’autre), mais une groupement d’individus lucides sur ce qu’ils sont en tant que personne et en tant que groupe, capables d’un regards rétrospectifs sur eux-mêmes tout à la fois dans ce qui les rend spécifiques et en tant que collectif. **_Seconde partie_** Le geek moyen, un peu autiste sur les bords, a du mal avec le concept ô combien! socialement élaboré de témoignage. Il va s’en dire que je prends un malin plaisir à pousser le témoignage jusqu’au bout en débarrassant mes commentaires de tout le superflu qui pourrait distraire un instant les réponses ridiculement caricaturales qui ne manquent pas de se faire. Comme je ne vais pas réécrire le long commentaire de hier soir, j’y renvoie. Bien sûr le commentaire auquel je réponds demanderait un développement supplémentaire propre. Notamment sur la notion de vérité, de faits, et d’objectivité. Mais il est question encore du même processus mental, de déconstruction et de mépris de l’autre, afin de ne pas avoir à prendre en compte ce qu’il dit. Je me contenterai d’ajouter, dans le cas du "témoignage" qu’il s’agit ici d’insister sur la notion "acceptation à priori" (j’avais dit hier soir que l’"à priori" est primordial). C’est précisément ce qu’est un témoignage : l’accepter en tant que fait (non pas ces assertions, qui peuvent éventuellement être revues, mais en lui-même) demande un développement mental propre qui nécessite de savoir distinguer le monde extérieur, les autres, de soi-même. Un développement qui apparaît en bas âge si l’on en croit Freud (se serait-il trompé ?). Pour résoudre ce conflit permanent et inhérent qu’il y a entre soi et le monde extérieur, le commentaire imbécile ne peut plus considérer l’autre comme d’égal à égal : on admettra pas qu’une opinion différente de la sienne puisse se construire sur des bases rationnelles, intelligente et il faudra nécessairement s’occuper de s’auto-persuader qu’elle est le produit d’un "moins-que-soi". On en revient aux fameux épouvantails des catégories diffamantes : ici "le complotisme" dont l’invocation tient d’autant plus d’une débilité profonde, qu’elle intervient en contre-sens le plus évident de mon commentaire, qui se proposait très précisément d’en construire une alternative, et par là-même de s’y opposer : mon commentaire était même pleinement voué à ce but. Ce n’était certes pas explicite, mais savoir détecter l’implicite dans un texte fait partie après tout des capacités culturelles de base (on apprend cela au collège) qui font défaut malheureusement trop souvent dans cette poubelle de vociférations, ce dépotoir des écrits minables et de rédactions profondément incultes qu’est Linuxfr (tout comme sur une bonne partie du web comme les skyblog, les commentaires youtube, etc. c’est le difficile apprentissage de la parole publique par une populace qui n’en avait pas la possibilité jusqu’il y a peu.) On appréciera tout autant le reproche qui est fait d’avoir "des convictions politiques", qualité pourtant essentielle de tout honnête citoyen d’une démocratie. Cela devient catégorie infamante parce que, très précisément, la démocratie est haïe par ceux-là même qui utilisent cette catégorie comme une tare. Là où la cible de ce reproche, votre serviteur et démocrate convaincu, ne peut que se réjouir de se voir ainsi reconnu et serait même prêt à prendre les armes pour pouvoir encore avoir des convictions politiques. Il pourrait combattre, jusqu’à la mort si besoin est, tout celles et ceux qui auraient la malencontreuse idée de penser qu’on peut impunément interdire à quelqu’un d’avoir ses propres opinions, surtout, quand celle-ci est basée sur des faits tangibles et bien réels c’est-à-dire tirés de l’expérience personnelle. Et le "personnelle" est important en tant qu’il est potentiellement non partagé par l’autre. Un célèbre auteur aurait dit que la liberté, la suprême liberté, c’est la possibilité de pouvoir dire que 2 et 2 font 4 (je parlais ci-précédent de la notion de [vérité et liberté](http://la-bas.org/la-bas-magazine/textes-a-l-appui/noam-chomsky-la-verite-dialogue-avec-jacques-bouveresse)). C’est cela un exemple même de l’expérience de l’altérité dont je parlais hier soir : on devine très bien qu’"avoir des convictions politiques" est perçue négativement à travers la pauvreté intellectuelle du raisonnement en faisant un trait du complotisme. Et ce alors même que des valeurs opposées (la liberté d’opinion, la démocratie) me rendent l’idée même de possession de convictions politiques hautement estimable et sensiblement souhaitable car ce n’est ni plus ni moins que ce que l’on appelle l’exercice de la citoyenneté. Or, et c’est précisément tout le truc j’admets la liberté et la démocratie comme n’allant pas de soi et cela me permet précisément d’appréhender que l’autre ne puisse y adhérer, mais aussi d’en comprendre les contours et les limites, pour mieux y remédier, et pour n’en pas faire une notion vide de sens une de ces fameuses "égéries" (cf. commentaire d’hier soir) dont aiment à se parer les idiots du village et autres bouseux (rassurés-vous campagnards je n’ai jamais autant rencontré de ploucs que depuis que je suis sur Paris).

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