URL: https://linuxfr.org/users/aldoo/journaux/le-libre-et-le-libre Title: Le libre et... le libre Authors: Aldoo Date: 2007年11月23日T17:09:05+01:00 Tags: licence, agpl, vaccination et richard_stallman Score: 0 Cher journal, Je m'interroge de plus en plus sur ce que veut dire "le libre". On parle toujours de la distinction free beer/free speech... qui n'a pas franchement de pertinence en ce qui nous concerne, car notre belle langue dispose de deux termes différents : "libre" et "gratuit". Pourtant, au risque d'en choquer beaucoup ici, on pourrait de manière plus utile distinguer libre (comme dans "liberté d'opinion"), et Libre (comme dans "logiciel libre"). Pourquoi dire cela, alors que ça ne manquera pas de lancer de multiples trolls ? Premièrement, aujourd'hui, j'ai le droit. Deuxièment, il faut être aveugle pour ne pas voir tous les débats qui se cachent (voire pas du tout) dans les recoins d'une pièce qu'on pensait entourée de murs aux contours simples, appelés "liberté" (désolé pour l'oxymore, mais quitte à être iconoclaste, autant se lâcher !). **0 — Du libre au Libre** Des débats ? Ah ? Oui, cela était sans doute déjà en germe dès que notre gourou, après avoir senti le besoin de logiciels libres, a formalisé la liberté des logiciels, par ses 4 fameux critères. Pourquoi 4 ? Pourquoi ceux-là ? Ce n'est pourtant pas ce que je trouve dans le Robert, à "liberté"... Enfin, quoiqu'il en soit, il était bon de préciser, et ces critères sont une réponse appropriée et pragmatique au problème soulevé par RMS. **1 — Les licences d'utilisation** Enfin voilà, après cette histoire de pilotes d'imprimante, la grande aventure du Libre a commencé et, aussitôt et concomitamment, la démulitiplication des licences libres. En particulier, à ce moment naît un de nos plus vieux trolls : la BSD contre la GPL. Ce troll correspond en fait à un désaccord sur ce que signifie être libre : est-ce que la liberté, c'est laisser faire ce qu'on veut, ou bien interdire (!) d'empêcher autrui de faire ce qu'il veut ? (un peu soixante-huitarde, en fait, la GPL !) Le premier point de vue semble une traduction directe du concept de liberté, le second est une position pragmatique visant à garantir plus de liberté in fine. Le parallèle avec la vaccination est frappant : on injecte des antigènes (des restrictions) afin de protéger d'une vraie maladie (la propriétarisation). La principale restriction de la GPL est la redistribution des travaux dérivés sous la même licence, à savoir le principe du copyleft, qui est lui aussi une philosophie à part entière. Ce désaccord a été ravivé dernièrement avec la l'AGPL, qui pousse encore plus loin la "vaccination", en forçant la distribution du code source non seulement à toute personne à qui on fournit le binaire, mais aussi, à toute personne l'utilisant indirectement au travers d'un réseau. Du coup, même de fervents GPListes peuvent penser que l'AGPL est trop restrictive. Au point qu'on peut se demander si cette licence est libre. (Le point sujet à débat concernerait la liberté d'utilisation et de modification, vu qu'on force l'utilisateur côté serveur qui aurait modifié le logiciel à faire quelque chose en particulier, à savoir mettre à disposition ses modifications. Ce qui est amusant ici, c'est que l'exercice de chacune de ces deux libertés prises isolément n'est pas restreint.) La FSF dit "c'est bon, mangez-en", n'empêche que les restrictions sont là (mais je ne dis pas que c'est mal, hein !). L'idée d'utiliser des licences libres pour diffuser du contenu soumis à droit d'auteur a par la suite été jugé intéressant pour d'autres domaines que le logiciel. Il y a eu la documentation techniques, puis un peut tout : écrits divers, musique, vidéos, dessins, photos... Pour ces usages là, des licences particulières ont été crées (GFDL, LAL, CC, ... ). Et dans tous ces domaines s'est créé un engouement pour [le/la/l'] [insérez ici votre forme d'art] libre, avec ce sentiment de participer au grand 1⁄2uvre, le tout encouragé par l'enthousiasme des libristes du logiciel voyant leur philosophie se répandre. Pourtant, quand on regarde de près les licences de ce mouvement (en particulier les CC), peu pourraient réellement être qualifiées de libre au sens FSF : en effet, de nombreux droits ne sont que rarement accordés à l'usager (droit d'utilisation commerciale, droit de modification), et il manque certaines obligations pour celui qui (re)distribue : à savoir fournir le matériel qui permet de fabriquer l'1⁄2uvre dans le format final (les sources dans le cas du logiciel). Quand les libristes logicielleux s'en sont rendus compte, il était déjà trop tard : le phénomène de la musique se disant libre avait pris une ampleur telle qu'il était impossible de corriger le tir et expliquer à tout le monde que non, le Libre, ce n'était pas cela (selon les logicielleux). C'est comme cela que naquit encore une autre conception de la liberté (se limitant cette fois-ci à la liberté de redistribution et d'usage privé). **2 — Aspects externes** Voilà, ça c'était pour les débats concernant les licences, qui s'appuient sur le droit d'auteur (c'est parce que le droit d'auteur confère un monopole sur les droits de distribution et d'utilisation, qu'une licence a le droit de dire "si vous voulez que je vous autorise à distribuer/utiliser, alors faîtes ceci ou cela"). Maintenant, bien que la question de la liberté d'un logiciel soit souvent focalisée sur sa licence, et que beaucoup ici s'en contentent, les quatre libertés ne parlent aucunement de licences. Donc si on appelle "libre" une licence permettant l'exercice de ces libertés, cela ne garantit aucunement que des considérations externes l'empêchent. Ces considérations externes sont soit d'autres considérations légales, soit des considérations techniques. Pour la légalité, que dire d'un logiciel sous licence libre utilisant une technique brevetée (dans les pays où c'est possible) ? Que dire d'un logiciel sous licence libre utilisant une technique sous NDA ? Que dire d'un logiciel sous licence libre utilisant une technique de contournement de protection interdite par la loi ? On peut encore imaginer plein de raisons légales pour lesquelles l'exercice d'une des 4 libertés peut se retrouver restreint en pratique dans une partie du monde. Peut-on considérer ces logiciels comme libres pour autant ? Comme libres ici, non-libres là-bas ? Comme non-libres tout court ? Est-ce du ressort d'une licence logicielle de préciser qu'elle ne peut pas être utilisée avec un logiciel tombant dans une de ces catégories (encore une restriction !!!) ? Là encore tous les points de vues peuvent se rencontrer, encore des trolls parce qu'on n'est pas d'accord sur ce qu'est la liberté. Pour les considérations techniques, est-ce qu'un logiciel sous licence libre conçu pour un équipement matériel empêchant l'exercice d'une des quatre libertés (exemple, somme de contrôle pour empêcher l'exécution de versions modifiées, tivoïsation) est un logiciel libre ? Est-ce le rôle d'une licence libre d'empêcher l'adaptation d'un logiciel pour une telle plateforme, comme le fait la GPLv3 ? **Conclusion** Pour conclure, j'ai l'impression qu'il y a comme un malentendu dans le monde du Libre. On a tous l'impression d'appartenir à une grande communauté défendant un modèle, une philosophie commune, que l'on considère comme Bien®, et on est prompt à critiquer voire huer ce qui ne rentre pas dans l'idée qu'on se fait de cette philosophie. Pourtant, il est flagrant qu'on ne partage pas tous la même conception du libre, mais on se bande facilement les yeux, on se bouche les oreilles, juste pour garder ce sentiment d'une grande communauté unie et forte (grand soir, toussa... ). Vous pourrez arguer que tout ça c'est du détail d'implémentation, et qu'au fond on a tous le même objectif... mais quel serait cet objectif au fait ? En êtes vous bien sûrs ? Alors que cela soit dit, il y a le libre (du dictionnaire), le Libre et le Libre (des différents courants du Libre). À vos trolls... partez !

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