URL: https://linuxfr.org/users/_p4_/journaux/networks-2032-chapitre-1-la-rupture Title: Networks 2032 - Chapitre 1: La rupture Authors: _p4_ Date: 2007年02月27日T18:04:41+01:00 Tags: Score: 0 ---------------------------------------------------------------------- Ceci est le premier chapitre d'un petit essai d'anticipation. Il raconte comme il se doit l'histoire d'un futur sombre et inquiétant, qui concerne ici l'évolution du net. Je poste ca ici pour que des gens me donnent leur avis, et aussi parce que c'est une histoire de geeks. Aussi pour prouver que les geeks ne sont pas tous des matheux fanatiques d'équations, mais qu'il y a aussi des littéraires dans le tas. L'histoire est romancée, avec un privé qui fait une enquête dans une ambiance fin de monde. ---------------------------------------------------------------------- - "Connely? C'est le vieux là-bas", dit le barman avec un sourire en coin. Dans l'ambiance sordide de ce bouge miteux, Ripley se sentait oppressé. Faut dire qu'un rade délabré dans le quartier pauvre de Novossibirsk c'est pas ce qu'il y a de plus glamour. Mais bon, son enquête l'avait mené là, il fallait continuer. Et puis la Sibérie orientale en cette année 2032 était plutôt facile à vivre, comparé à d'autres coins. Il n'allait pas se plaindre. Se retournant vers la direction indiquée par le barman, Ripley aperçu un petit vieux tout au fonds de la salle, dans un coin peu éclairé. Il ne l'avait pas remarqué en entrant. Intérieurement, il exultait d'avoir enfin trouvé un type qui allait pouvoir le thuyauter correctement sur ce qu'il cherchait. Ou plutot sur la personne qu'il cherchait. S'approchant du la table en bois, il aborda le vieux en douceur: - "Bonjour Mr Connely, je suis détective et je souhaiterais vous poser quelques questions si vous le permettez." Le type n'avait pas l'air de toute première fraîcheur: un vieux décati et usé. Il n'était sans doute pas si vieux que ça cependant. Ce mec dégagait une impression bizarre. Au vu de son regard à la fois méfiant et interrogateur, Ripley décida de le mettre en confiance. - "Je cherche des infos sur Laurel Spachovsky. On m'a dit que vous l'avez bien connu. Je peut vous offrir quelquechose?" - "Qu'est ce que vous lui voulez à Laurel Spachovsky?" décrocha immédiatement le vieux avec un regard sombre. - "Je suis payé pour le retrouver. Des amis à lui qui doivent le voir au plus vite." D'un signe du menton le vieux désigna le tabouret en face de lui. Se retournant prestement vers le barman, il commanda immédiatement, en habitué; "Un double, Andreï!". Ripley se prit une bière. - "Laurel était un de mes amis, un de mes plus vieux amis." Le vieux semblait triste, morose. "Je croyais qu'il était mort." - "J'espère pas", dit Ripley. "Parlez moi de lui". La lumière basse, la moiteur de l'atmosphère et l'impression de se trouver dans un trou perdu rendaient Ripley nerveux. Le vieux semblait à son aise. - "Mon nom est Jeff Connely, appellez moi Jeff. Ah, on en a vu de toutes les couleurs avec Laurel, çà oui!" En bon professionnel, le détective remarqua tout de suite que le vieux semblait heureux de parler à quelqu'un, prêt à s'épancher contre quelques verres. Un peu comme un vieux militaire, qui raconte ses guerres. D'ailleurs c'était un peu ça au fonds. - "On était étudiant ensemble. Je l'ai rencontré en 2007. C'était mon ami." - "Il est peut-être encore vivant", nota Ripley. "Je cherche doit retracer son parcours, connaitre certains détails sur ses activités. Parlez moi de lui. Comment est ce qu'il en est arrivé là?". - "C'est à cause de l'évolution des choses. En 2008 on était étudiants, on codait déjà ensemble des logiciels libres. Tout allait bien." Crachant un bref soupir, le vieux enchaina immédiatement: "C'est vers 2009 que tout à commencé." Silencieux mais attentif, Ripley savait qu'il était tombé sur le bon numéro. Le vieux allait tout lui déballer. - "C'est à cette époque qu'est apparu le "Trusted computing", l'informatique de confiance qu'il disaient. Ils ont commencé avec les DRM: Digital Rights Management. Allié avec les majors de l'industrie du disque et du cinéma, Microsoft, société dominante sur le marché de l'informatique à l'époque, à crée un système de contrôle des données pour l'industrie des bien culturels. Enfin vous connaissez ca j'imagine." - "Ouais c'est de l'histoire ancienne." Impatient d'en savoir plus, Ripley s'efforcait de paraitre détendu. Il but une gorgée de cette bière chinoise amère. - " Oficiellement le but était de lutter contre le piratage des oeuvres multimédia. Enfin protéger les monopoles des intermédiaires existants en fait. Préserver l'ancien monde. Ils se sont vite aperçus que c'était en désepoir de cause: devant les limitations qu'imposaient les fichiers Drmisés, les gens préfèraient pirater, car plus simple et moins contraignant. Laurel et moi on s'inquiétait pas encore à l'époque, on faisait nos trucs online sans vraiment se poser de questions." - "C'était quand même assez primitif à l'époque!" - "Oui, et on s'amusait bien avec nos logiciels libres. Ensuite devant l'inneficacité patente des DRM, ils se sont mis à réfléchir, à s'associer. Gouvernements et industriels étaient tous d'accord pour que l'on trouve un moyen de controler cette circulation anarchique des données. Ils voulaient un truc imparable mais surtout qui passe en douceur. Ca a commencé de manière assez innocente. Les plus grands industriels et les grands pays ont crée un consortium pour réfléchir aux technologies de net: le groupe Future Net, une sorte de W3C privé. Pendant des années ce truc a tourné l'air de rien, sortant principalement des rfc sur des protocoles et languages designés essentiellement pour augmenter la sécurité des données, les possibilités de contrôle sur les données en circulation plutôt. Laurel et moi, on suivait ca de loin, on trouvait ca mauvais, mais on s'en foutait encore." - "Vous étiez pas encore dans l'illégalité", nota Ripley. - "Ouais on avait encore le droit de faire ce qu'on voulait sur le net, on pouvait coder tranquille, ca nous suffisait." Le vieux pris une inspiration, l'air grave. - "C'est avec IPv7 qu'on a commencé à s'inquiéter." S'interrompant, les interlocuteurs se tournèrent vers l'autre bout de la salle, où commençait une altercation violente. Une pétasse déjantée insultait les rares clients. _ "Vous inquiétez pas c'est juste Wei, une pute thaï qui supporte mal la fin de carrière. Elle fait toujours ca quand elle est défoncée: Lao Tseu (c'est son mac) va venir la récupérer..." - "Revenons à nos moutons", enchaina Ripley. "Quand est ce que Spachovsky a fondé son groupe?" - "C'est bien plus tard, une fois le désastre certain. On était des gars honnêtes nous, travaillant avec du libre tranquillement. On ne demandait que les moyens de continuer. Mais cela n'a plus été possible, une fois IPv7 généralisé." - "J'ai du mal à saisir, à partir de quand vous avez été concernés?" - "On a vu le point de rupture arriver de loin. IPv7 c'est un protocole proposé par le groupe Future Net, auquel de plus en plus d'institutions adhéraient. En gros le principe fondamental d'IPv7 c'est l'ajout de données supplémentaires dans les datagrames IP, données concernant l'utilisateur et l'application qui les produit. Une sorte de protocole IP décuplant les possibilités d'analyse et de traitement de la couche L7, la couche application. On peut savoir qui envoie les données, et comment." - "Mais ca ne changait rien pour vous?" - "Pas encore. Nous on avait juste fini nos études, on codait dans une petite SSLL. Mais on a commencé à sentir le truc venir, on était déjà dans les mouvements protestant contre IPv7 sur le net. Ca commencait à bouger dans les milieux informés. L'IPv7 fut adopté par les constructeurs, et mis en service: au fur et à mesure des années tous les nouveaux routeurs supportaient IPv7, sans que ca change grand chose pour les utilisateurs: les données circulait comme avant, en IPv6. Puis les fabricants de logiciels et de matériel se sont progressivement mis à exploiter les nouvelles possibilités du protocole." - "Vous voulez parler du matériel Trusted Computing et des 'logiciels associés'?" - "Ouais. A l'époque on était content pour autre chose: le monopole de Microsoft sur les OS a fini par être brisé, laissant la place à des concurrents, notamment dans le libre. Linux avait déja bien progressé à cette époque. Seulement les fabricants se sont unis. Grâce aux problématiques récurrentes du téléchargement illégal et de la sécurité, ils ont pu faire passer des trucs énorme. Faut dire qu'ils étaient à fonds soutenu par l'industrie officielle des médias. L'identification biométrique par exemple: le PC ne boote qu'après avoir vérifié votre empreinte rétine. La sécurité et le controle parental étaient là pour faire avaler ça en douceur au public. C'est à ce moment qu'on a crée notre groupe de résistance: avec Laurel on a commencé à féderer du monde, on était déjà en relation avec pas mal de gens grace aux communautés des logiciels qu'on développait." Un vieux juke-box crachait un air désuet au fonds de la salle enfumée. Ripley se répetat que cet endroit était vraiment merdique. Mais c'était ici qu'il avait trouvé la perle, celle qui allait lui en apprendre plus sur Spachovsky. - "Tous les PC n'étaient pas concernés: depuis la fin du monopole des OS, les fabricants n'avaient plus à obéir au doigt et à l'oeil. Il était ainsi impossible d'imposer des composants bridés et certifiés dans tous les PC. Paradoxalement, le libre avait plus de marge de manoeuvre: des PC sans Trusted Computing étaient toujours vendus, les logiciels libres n'avaient jamais connu un tel succès. Heureusement qu'il existait des processeurs, bios et autres composants libres." - "Parlez moi du groupe G." - "On appelait groupe G l'organisation qui se mettait en place progressivement. Laurel fit un boulot considérable pour réunir tous les opposants à cette informatique nouvelle vague. Le but à ce moment était essentiellement d'expliquer au public les dangers du Trusted Computing, et d'agir par tous les moyens légaux pour empêcher cette horreur de se propager. Peine perdue: le grand public s'en foutait. Pour lui le monde merveilleux de cette informatique protégée leur permetait de surfer sans risque, de protéger leurs enfants, du moins c'est ce que les médias martelaient pendant des années. C'est comme ça que ça a fini par être considéré comme normal, en douceur et avec le temps." - "Oui mais on avait le choix, pourquoi vous battiez vous alors?" s'étonna Ripley. Le vieux, amusé, le trouvait d'une naïveté touchante. - "Avec le Trusted Computing et IPv7, n'importe quelle autorité ayant accès aux routeurs pouvait analyser la totalité du trafic avec une précision incroyable. Plusieurs pays on commencé à officiellement mettre en place une tracabilité totale des données. Avec l'augmentation de la puissance de traitement des machines et des capacités de stockage, il devenait possible de tout logguer, absolument tout. Tout le trafic IPv7 était loggué de manière nominative, plus ou moins officiellement. Les firmes autorisées en tiraient des infos commerciales, pour les gouvernements je vous laisse imaginer ce qu'ils peuvent en faire..." - "Mais vous n'étiez pas obligé d'utiliser du matériel et des logiciels compatibles IPv7?" réplica Ripley. - "C'est en 2026 que la rupture eu lieu, la rupture définitive, la scission du réseau, la guerre quoi. C'est à ce moment que le groupe G est entré dans l'illégalité." Tirant une mine sombre, le vieux se mit à radoter sur les évènements de cette année là, que tout le monde connait. Ne voulant pas briser son enthousiasme, Ripley le laissa poursuivre. - "IPv7 était plutôt assez peu utilisé sur le réseau, le matériel Trusted Computing associé dominait le marché grand public, mais ne pouvait s'imposer vraiment du fait de la concurrence des offres matérielles et logicielles libres alternatives et fort prisées des initiés puis d'un certain public, plus attentif. Les 'maitres du monde associés', comme on les appelait, le groupe Future Net, décida de briser la compatibilité avec IPv6: ce fut la grande rupture: les routeurs IPv7 ne devaient plus relayer le trafic IPv6. Ceci dans le but de dominer le marché des données, qui se développa grandement depuis les primitifs web services du début du siècle. Alors le réseau se scinda. Ce grand coup de pied dans la fourmilière réveilla les milieux du libre, entrant dans une nouvelle ère de la lutte, comme Laurel l'avait prévu depuis longtemps d'ailleurs. De plus en plus de pans du réseaux se raliaient à IPv7, le matériel étant installés, les acteurs pouvant profiter des retombées financières de l'exploitation des données en circulation." - "On dis plutot dans les livres d'histoire que c'était un grand progrès entrainant une croissance économique sans précédent." souffla Ripley, tassé sur sa chaise. - "C'est cette année là qu'ils ont assassiné Tim Berners-Lee. Tout le monde sait que ce n'était pas un accident. Ca a mis le feu aux poudres. La guerre était déclarée: la grande guerre des protocoles." Le soir tombait sur Novossibirsk, toute cette histoire semblait loin, irréelle pour Ripley dans ce décor fané. Mais il n'oubliait pas que le réseau et ses dangers ne sont jamais très loin, même ici. Surtout ici. ---------------------------------------------------------------------- Si certains veulent imaginer ou écrire la suite c'est open (j'ai une guideline mais pas encore écrit la suite) ----------------------------------------------------------------------

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