URL: https://linuxfr.org/news/ysabeau-un-chouette-caractere Title: Ysabeau, un chouette caractĂšre Authors: Ysabeau đ§¶ BenoĂźt Sibaud, bobble bubble et Arkem Date: 2022ćčŽ08æ06æ„T19:33:31+02:00 License: CC By-SA Tags: police_de_caractĂšres, fonte, libreoffice, transimpressux et terry_pratchett Score: 60 Ceci est une invitation au voyage, dans le temps et dans lâespace. On commencera aux dĂ©buts de lâinformatique, tels que les [situe](https://fr.wikipedia.org/wiki/Stonehenge) Terry Pratchett dans _Le HuitiĂšme SortilĂšge_, ou mĂȘme avant, câest difficile de savoir. On fera un tour en Chine, en CorĂ©e, Ă Mayence, Ă Venise, Ă Bayeux, Ă Paris, bien sĂ»r, pour arriver lĂ oĂč tout a commencĂ© (ou presque) : Ă Plovdiv en juillet de cette annĂ©e. Oh, bien sĂ»r, il sera question du caractĂšre dâYsabeau, mais aussi, mais surtout de lâĂ©criture. En voiture, le Chemin de fer Transimpressux va bientĂŽt partir.  ---- [Ysabeau](https://github.com/CatharsisFonts/Ysabeau) [Catharsis Font](https://github.com/CatharsisFonts/Ysabeau) [Floss Manual : Fontes libres](https://fr.flossmanuals.net/fontes-libres/introduction) ---- # PrĂ©ambule Lâhistoire nâest pas un fleuve tranquille et nâa pas un dĂ©but et une fin qui passe dans un ordre purement linĂ©aire, celle de lâĂ©criture ne fait pas exception. Câest pourquoi la partie historique de la dĂ©pĂȘche dont lâun des angles est de placer lâĂ©criture numĂ©rique (Ă©lectronique, etc.) dans un contexte historique nâest pas dĂ©coupĂ©e en tranches temporelles. Et cela pas uniquement parce que lâhistoire est mouvante, mais aussi parce que cela nâaurait pas trop de sens. # Du trĂšs lourd Ă lâimmatĂ©riel : trois types de supports et trois Ă©volutions majeures Quand on se penche un tant soit peu sur lâhistoire de lâĂ©criture, on se rend compte rapidement quâun type de support et un type outil dâĂ©criture nâen remplace pas un autre, mais quâils sâajoutent les uns aux autres et continuent Ă coexister. ## Des supports lourds et rĂ©sistants Au commencement Ă©tait le support dur : pierre, argile, bois, mĂ©tal, etc. En fait, on nâen sait rien. Mais les supports durs comme la pierre Ă©tant trĂšs rĂ©sistants, ce sont les supports les plus anciens de lâĂ©crit qui nous soient parvenus. Ăvidemment, ce ne sont pas des supports trĂšs pratiques Ă utiliser, câest lourd, (la pierre de Rosette pĂšse 762 kg pour « seulement » 112,3 cm de haut, 75,7 de large et 28,4 dâĂ©paisseur, et en plus il en manque un bout) et, quand lâĂ©criture est gravĂ©e, ce qui est un processus lent, il est trĂšs difficile de corriger. La preuve sur cette tombe du cimetiĂšre du PĂšre-Lachaise Ă Paris.  ## Un peu de souplesse pour dĂ©lier les plumes et les pinceaux Câest avec les supports « souples », premiĂšre Ă©volution majeure, papyrus, papier, parchemin, et mĂȘme tissu que lâĂ©crit et lâĂ©criture ont pu rĂ©ellement sâĂ©manciper. Ces supports et leurs outils dâĂ©criture, pinceau, calame, plume, et mĂȘme aiguilles, voire navettes pour le tissu rendent lâaccĂšs Ă lâĂ©criture plus facile, et surtout plus mobile, mais plus difficile Ă conserver. Il reste tout de mĂȘme de beaux, et bons, tĂ©moignages du tissu comme support de lâĂ©criture. Lâexemple le plus connu Ă©tant sans doute la [tapisserie de Bayeux](https://fr.wikipedia.org/wiki/Tapisserie_de_Bayeux), un genre de bande dessinĂ©e. _Petit apartĂ©_, on a retrouvĂ© rĂ©cemment une piĂšce qui est, vraisemblablement, la fin de cette trĂšs longue broderie. Elle est, visiblement, lĂ©gĂšrement postĂ©rieure au reste de la « tapisserie » et a Ă©tĂ©, semble-t-il, confiĂ©e Ă un autre atelier de broderie.  _Le texte aurait dĂ» ĂȘtre brodĂ© avec deux fils au lieu de trois et surtout pas Ă main levĂ©e._ Plus sĂ©rieusement, pour en revenir aux supports de lâĂ©crit. Dans la sphĂšre europĂ©enne, tout au moins, au Moyen Ăge, les premiers supports de lâĂ©crit sur parchemin ont Ă©tĂ© le _rotulus_ qui fait dĂ©rouler le texte dans le sens vertical et le _volumen_ qui les fait dĂ©filer Ă lâhorizontale. Il est possible que cette derniĂšre façon de lire le texte en permettant, de facto, de faire des sĂ©parations de « page » a pu prĂ©parer lâavĂšnement du codex, Ă savoir des pages reliĂ©es sans lequel lâimprimerie nâaurait pas pu se dĂ©velopper. Aujourdâhui, on retrouve, dans la langue française, des traces du _volumen_ appliquĂ© au livre dans le mot _volume_ qui consiste en la sĂ©paration « intellectuelle » dâun ouvrage voulue par lâauteur ou lâautrice. On peut, de ce fait, publier un livre trĂšs long en plusieurs volumes ou rĂ©unir en un seul plusieurs tomes dâun mĂȘme livre.  Il est aussi intĂ©ressant de constater que les sites web ont, dâune certaine maniĂšre, actualisĂ© les notions de *rotulus* et de *volumen* et quâaujourdâhui, les pages qui dĂ©filent sans fin peuvent ĂȘtre lâĂ©quivalent numĂ©rique du rotulus. Mieux, WikipĂ©dia, sur sa page sur la [tapisserie de Bayeux](https://fr.wikipedia.org/wiki/Tapisserie_de_Bayeux), permet, quand on clique sur cette [image](https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/10/Teppich_von_Bayeux.jpg) pour lâagrandir, de naviguer dedans avec la souris en « mode volumen ». ## Lâimprimerie, seconde Ă©volution majeure Ăvolution majeure parce que lâimprimerie permet la reproduction de lâĂ©crit et sa diffusion et, de facto, le dĂ©veloppement de lâĂ©criture, lâimprimerie est, Ă notre connaissance, nĂ©e en Chine entre 300 et 600 de notre Ăšre. Les Chinois avaient recours Ă la xylographie, puis aux caractĂšres mobiles en bois ou en terre cuite. En CorĂ©e, vers 1200 de notre Ăšre, [les techniques dâimpression ont commencĂ© Ă se dĂ©velopper](https://actualitte.com/article/12391/numerisation/un-siecle-avant-gutenberg-le-recours-a-l-imprimerie-en-coree) et sont passĂ©es aux caractĂšres mobiles en mĂ©tal au dĂ©but du XIII^e siĂšcle. Le plus [ancien ouvrage imprimĂ©](http://www.typographie.org/gutenberg/coree/coree_0.html) avec des caractĂšres mobiles mĂ©talliques, du bronze en lâespĂšce, que lâon connaĂźt est le _Chiksimgyong_ (ou Jikji), un traitĂ© bouddhique que lâon peut tĂ©lĂ©charger sur le site de la [BNF Gallica](https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b100933766?rk=21459;2). Il a Ă©tĂ© imprimĂ© en 1377. En Europe, lâimprimerie avec des caractĂšres mobiles aurait commencĂ© Ă se dĂ©velopper Ă partir de Mayence, vers 1445-1450, insufflĂ©e par Gutenberg qui nâa rien inventĂ© de nouveau, mais, qui a considĂ©rablement amĂ©liorĂ© les techniques existantes avec la fabrication des caractĂšres en alliage de plomb (pas cher et ne nĂ©cessitant pas de grande tempĂ©rature pour fondre) et dâantimoine, la conception dâune nouvelle presse dâimprimerie et de nouvelles formules dâencre. Venise figurait parmi les importants foyers de dĂ©veloppement de lâimprimerie. Il convient de le relever parce quâon lui doit le caractĂšre romain[^1] (celui quâon utilise actuellement) dessinĂ© par [Nicolas Jenson](http://histoire.typographie.org/venise/chapitre2.html) un imprimeur et probablement espion français venu sâinstaller Ă Venise aprĂšs un passage Ă Mayence. Jenson met au point son style de caractĂšre vers 1470. Le crĂ©ateur du Times New Roman, Stanley Morison, aurait donnĂ© Ă sa police le nom de « New Roman » en hommage au caractĂšre romain de Jenson. La ville de Venise, Ă la mĂȘme Ă©poque, est aussi le foyer qui a vu lâitalique naĂźtre, un style de lettre plus lisible en petite taille et occupant moins dâespace, permettant ainsi lâimpression de livres de petits formats (les in-octavo). Elle a Ă©tĂ© inventĂ©e par [Alde Manuce](https://fr.wikipedia.org/wiki/Alde_Manuce) au tout dĂ©but du 16^e siĂšcle. LâItalie nâĂ©tait pas la seule terre oĂč lâimprimerie sâest dĂ©veloppĂ©e Ă partir du 15^e siĂšcle, en France, [Claude Garamont](http://www.typographie.org/gutenberg/garamond/garamond_3.html) va dĂ©velopper vers 1550, un caractĂšre, le Garamond (oui, avec un d) qui va connaĂźtre de nombreux descendants et sâimposer trĂšs largement. Claude Garamont a Ă©tĂ© considĂ©rĂ©, dans la sphĂšre typographique, comme « le plus grand des graveurs et fondeurs de caractĂšres de tous les temps ». ## LâavĂšnement de lâĂ©criture Ă©lectronique, la troisiĂšme Ă©volution majeure Et oui, on saute directement de la Renaissance Ă quasiment la derniĂšre dĂ©cennie (ou aux deux derniĂšres) du vingtiĂšme siĂšcle quand les ordinateurs sont devenus personnels et ont commencĂ© Ă vraiment envahir les bureaux et les foyers. Au dĂ©but, heureusement, cela a changĂ© depuis, les imprimantes personnelles ne pouvaient imprimer que selon les caractĂšres dont elles Ă©taient dotĂ©es. Le nombre (et le type) de polices de caractĂšres quâelles offraient Ă©tait un critĂšre dâachat. Avec lâĂ©criture Ă©lectronique, numĂ©rique, informatique, digitale (barrez les qualificatifs qui ne vous vont pas), puis internet, lâĂ©crit sâaffranchit du matĂ©riel. Il peut Ă©voluer, changer de forme, ĂȘtre diffusĂ© Ă un large public sans passer par un intermĂ©diaire spĂ©cialisĂ© et tout de suite immĂ©diatement. Il nâest plus figĂ© pour lâĂ©ternitĂ© et peut ĂȘtre amendable et enrichi Ă lâinfini (bon on ne parle pas des contenus de LinuxFr.org). Mieux, il peut plus facilement ĂȘtre communiquĂ© Ă des personnes qui ne peuvent pas les lire avec leurs yeux sans quâil soit nĂ©cessaire de faire des Ă©ditions, lourdes et coĂ»teuses, spĂ©cifiques. Mais, Ă©videmment, a contrario des supports matĂ©riels, lâaccĂšs Ă lâĂ©crit nâest plus « naturel » et il nĂ©cessite un intermĂ©diaire. # Un point sur les polices et le droit dâauteur Quâen est-il du droit dâauteur en matiĂšres de polices de caractĂšres ? Un petit tour qui ne se veut absolument pas exhaustif, notamment sur la question des licences oĂč ne seront Ă©voquĂ©es que la licence Adobe, essentiellement parce quâelle est sans doute lâune de celle les plus utilisĂ©es dans le secteur du graphisme, et les deux licences libres Apache et SIL OLF. ## Applicable ou non ? Le droit dâauteur ne sâest pas toujours appliquĂ© aux fontes. Ainsi ; en 2001, selon le site [PlanĂšte typographie](https://planete.typographie.org/infos/typo/typeright.html), le Bureau amĂ©ricain des copyrights (US Copyright Office) refusait de protĂ©ger officiellement les polices de caractĂšres. Lesquelles avaient Ă©tĂ© protĂ©gĂ©es de 1911 Ă 1976, date Ă laquelle il y a eu une rĂ©vision du droit du copyright (Copyright Revision Act). Actuellement, ce qui est le [fruit du travail de lâAssociation TYPographique Internationale](https://police.typographie.org/protection-juridique.htm) ([Atypi](https://www.atypi.org)), le droit de protection intellectuelle sâapplique, mais, pour la France, sur une durĂ©e de vingt-cinq ans. La police doit ĂȘtre : - vraiment nouvelle, - innovante, - personnelle. CritĂšres qui excluent les variantes dâune police plus ancienne. ## Les licences Grosso modo, quand on utilise une police non libre, on nâa le droit de lâutiliser que sur un poste de travail, ou, sur le nombre de postes en conformitĂ© avec le droit dâauteur ou la licence. Ăgalement, on ne peut pas utiliser nâimporte quelle police pour faire un logo, ni, Ă©videmment, une fonte dessinĂ©e Ă lâusage exclusif dâune entreprise ou de tout autre commanditaire dâailleurs. On se souvient des dĂ©buts fracassants de la [Hadopi et de son logo](https://www.nextinpact.com/archive/54893-hadopi-logo-contrefacon-copie.htm) qui utilisait une police créée pour France Telecom. [La licence Adobe](https://helpx.adobe.com/fr/fonts/using/font-licensing.html) est liĂ©e Ă lâabonnement. Elle interdit beaucoup de choses (les interdictions font 3 408 signes !) et se rĂ©serve le droit de « demander des preuves de votre conformitĂ© aux prĂ©sentes Conditions supplĂ©mentaires », le client devant accepter de leur « fournir celles-ci dans un dĂ©lai de trente (30) jours Ă compter de la rĂ©ception » de la demande dâAdobe. La [licence Apache](https://fr.wikipedia.org/wiki/Licence_Apache) qui est lâune des deux licences les plus utilisĂ©es, Ă ma connaissance, par les fonderies qui fabriquent des fontes libres nâest pas spĂ©cifique Ă ce secteur. Elle autorise la modification et la distribution du code (et donc des polices dans le cas dâespĂšce) tout en rendant obligatoire le maintien du copyright lors des modifications. La [licence SIL OFL (lien en anglais)](https://scripts.sil.org/cms/scripts/page.php?site_id=nrsi&id=OFL), OFL pour Open Font Licence est une licence spĂ©cifique pour les polices de caractĂšre. Ses objectifs sont clairement dĂ©finis : - permettre Ă dâautres personnes de participer aux projets de crĂ©ation de caractĂšres, - permettre Ă dâautres personnes de rĂ©pondre aux besoins pour lesquelles les fonderies nâont pas les ressources nĂ©cessaires (notamment la connaissance des glyphes nĂ©cessaires Ă une langue), - partager les connaissances et les expĂ©riences dans le domaine des systĂšmes dâĂ©criture et transmettre les outils, - donner Ă la communautĂ© les moyens de rĂ©pondre Ă ses besoins en matiĂšres de caractĂšres. La licence OFL (parfois appelĂ©e seulement SIL), permet dâutiliser, dâĂ©tudier, de modifier et de redistribuer les polices qui sont sous cette licence Ă condition quâelles ne soient pas vendues seules, mais elles peuvent ĂȘtre regroupĂ©es, intĂ©grĂ©es, redistribuĂ©es et/ou vendues avec nâimporte quel logiciel, Ă condition que leurs noms ne soient pas utilisĂ©s par des Ćuvres dĂ©rivĂ©es. Les fontes et leurs dĂ©rivĂ©es ne peuvent toutefois pas ĂȘtre distribuĂ©es sous un autre type de licence. Lâobligation pour les fontes de rester sous cette licence ne sâapplique pas au document qui utilise les polices ou leurs dĂ©rivĂ©s. Les autres licences libres Ă©tant, dâaprĂšs le Floss Manuals [« Fontes libres »](https://fr.flossmanuals.net/fontes-libres/introduction/), susceptibles de pouvoir sâappliquer au secteur. # Mais que vient faire Ysabeau dans tout ça ? [Ysabeau](https://github.com/CatharsisFonts/Ysabeau) est une collection de fontes dessinĂ©e et dĂ©veloppĂ©e par Christian Thalmann de [Catharsis Fonts](https://www.myfonts.com/foundry/Catharsis_Fonts) sous licence SIL OFL. Selon son auteur, Ysabeau combine : > la forme des lettres traditionnelles et extrĂȘmement lisibles hĂ©ritĂ© de Garamond avec la nettetĂ© dâune police sans empattement Ă faible contraste, ce qui la rend bien adaptĂ©e aussi bien au texte quâĂ lâaffichage. En clair, une police faite pour la titraille (ensemble des Ă©lĂ©ments entrant dans la composition d'un titre) comme pour le reste du texte qui s'affiche et sâimprime bien. Ce qui nâest pas toujours si Ă©vident. Il y a trois versions dâYsabeau (la police de caractĂšres) : - Ysabeau, - Ysabeau SC, qui est une version Ă petites capitales (Small Caps), tout Ă fait adĂ©quate pour la titraille, - Ysabeau infant dont le zĂ©ro est un vrai zĂ©ro et pas un o minuscule et dont, notamment, le dessin du « a » est diffĂ©rent. Les p et le q minuscules sont visiblement diffĂ©rents et pas le mĂȘme glyphe retournĂ©. Il en va de mĂȘme pour le b et le d minuscules. Elle propose en outre des fonctionnalitĂ©s intĂ©ressantes, comme, par exemple les ligatures historiques. Pour ce qui est de sa parentĂ© avec Garamond je vous laisse juge. Ci-dessous, les trois variantes dâYsabeau avec une Garamond.  Personnellement, je trouve quâelle est trĂšs proche de LinuxBiolinum G.  Christian Thalmann est aussi lâauteur de la trĂšs Ă©lĂ©gante police [Cormorant](https://www.1001fonts.com/cormorant-font.html) plus visiblement, Ă mon avis, inspirĂ©e de Garamond. # Câest une dĂ©pĂȘche ysabĂ©lienne donc... Donc, deux ou trois astuces pour vos documents sâils vous paraissent un peu tristounets. Vous ne les amĂ©liorerez pas par magie en changeant dâoutil de production, surtout si vous ne connaissez pas du tout lâoutil et les notions essentielles en typographie. ## AĂ©rer Le gris typographique, Ă savoir le rapport du texte, noir, sur la page, blanche est une notion essentielle. Il nây a pas de rĂšgle prĂ©cise parce que ça dĂ©pend du texte, mais un ensemble de facteurs sur lesquels veiller : - un bon rĂ©glage des marges, elles ne doivent pas forcĂ©ment ĂȘtre identiques sur les quatre cĂŽtĂ©s, notamment si vous avez des en-tĂȘtes et des pieds de page, dans LibreOffice, les marges du haut et du bas de la page sont la distance du texte par rapport au bord de la feuille (en-tĂȘte et pied de page inclus), - des espacements entre les paragraphes, plutĂŽt plus grand au-dessus et une valeur un peu plus petite en dessous, ne pas garder les valeurs par dĂ©faut la plupart du temps, - paramĂ©trer des interlignes plus grands que la simple ligne, dans LibreOffice par exemple entre 120 et 125 %, - au besoin mais cela peut dĂ©pendre, on peut envisager de modifier lâespacement entre les caractĂšres (dans LibreOffice câest dans la position des caractĂšres). ## Changer de caractĂšre Le choix de la police est, Ă©videmment, fondamental. Le simple changement de la police de caractĂšres peut modifier considĂ©rablement, en bien ou en mal, lâallure de vos documents. La seule vĂ©ritable rĂšgle Ă adopter est dâavoir des titres et des intertitres visuellement bien diffĂ©renciĂ©s du reste du texte. Cela peut passer, outre par les blancs entre les paragraphes, par : - une police de labeur et une de titraille, dans ce cas, il est prĂ©fĂ©rable dâopter pour une paire police empattĂ©e et police bĂątons, afin dâĂ©viter des assortiments malencontreux, on peut mĂȘme choisir des familles de polices qui ont des versions avec et sans empattements : DeJaVu (ou DejaVu LGC) ou Noto par exemple, - une seule famille de caractĂšres mais des titres en petites capitales, personnellement, jâaurais bien du mal Ă apparier Linux Libertine G, [Luciole](http://www.luciole-vision.com/), Garamond ou encore [Jost*](https://indestructibletype.com/Jost.html) avec une autre police, - adopter Ysabeau, non seulement elle a bon caractĂšres, mais elle propose aussi une version en petites capitales. ## Enluminer vos titres de chapitre, voire, vos pages On peut faire, effectivement, du trĂšs laid comme du superbe, du trĂšs ancien comme du trĂšs moderne. Cela dit, on nâest pas obligĂ© de faire moche. Il se trouve que depuis les versions 7.2 LibreOffice permet dâavoir des arriĂšre-plans qui dĂ©bordent sur les marges. Et, un arriĂšre-plan ce nâest pas forcĂ©ment un dessin qui va prendre toute la page. Ainsi dans ce [document enluminĂ© dâarabesques Ă fleurons](https://dutailly.net/des-enluminures-sans-stress-avec-writer), lâencadrement du titre principal est un arriĂšre-plan, les intertitres (Titre 1) ont un arriĂšre-plan (placĂ© en haut) et une ligne horizontale paramĂ©trĂ©e elle aussi avec un arriĂšre-plan donne lâillusion que le texte est encadrĂ© de fioritures. Et Ă©videmment, vous avez compris comment le pied de page est fabriquĂ©.  Mais on peut aussi ajouter simplement [une couleur dâarriĂšre-plan](https://dutailly.net/des-arrieres-plans-de-titre) aux titres de chapitre. # Dans la fabrique de la dĂ©pĂȘche Pour cette dĂ©pĂȘche outre les liens in-texte et hors texte, jâai lu, consultĂ© entre autres : - [La Venise de livres, 1469-1530](http://www.champ-vallon.com/catherine-kikuchi-la-venise-des-livres) de Catherine Kikuchi, Champvallon 2018, ISBN 979-10-267-0702-8, il existe en version papier (que je suggĂšre) et en PDF qui est une horreur sur le point technique, il a Ă©tĂ© composĂ© comme Ă lâĂ©poque traitĂ©e par le livre, plat sans table des matiĂšres cliquables ni lien dâappels de notes, câest dommage parce que câest un livre fort intĂ©ressant et agrĂ©able Ă lire qui traite plus des gens que des techniques ce qui le rend prĂ©cieux, - [Le Document Ă la lumiĂšre du numĂ©rique](https://cfeditions.com/pedauque/), de Roger T. PĂ©dauque, C & F Ă©ditions, mars 2011, ISBN 2-915825-11-4, il y a des passages un peu datĂ©s mais ça reste une analyse intĂ©ressante du statut du document, analyse menĂ©e par une Ă©quipe pluridisciplinaire (de divers domaines des sciences), - [Typographie et civilisation](http://www.typographie.org), un site, malheureusement plus mis Ă jour mais qui est une mine sur le sujet avec des textes bien rĂ©fĂ©rencĂ©s et sourcĂ©s. Un certain nombre des sources auxquelles jâai accĂ©dĂ© sur la typographie et lâimprimerie sont malheureusement assez anciennes et plus mises Ă jour. Et câest dâautant plus regrettable que les sites plus rĂ©cents mâont eu tout lâair de dĂ©livrer la mĂȘme soupe commerciale. Câest lĂ quâon voit une Ă©volution trĂšs triste du web. Il a fallu aussi que je fabrique deux-trois trucs : - si câest plutĂŽt le [point de Bayeux](https://aiguilles-magiques.com/Le-point-de-Bayeux?lang=fr) qui vous intĂ©resse, - si ce sont les enluminures, le train ou les diffĂ©rences entre les rotulus et les volumen, rendez-vous, ben dans mes [pictos et dessins](https://numericoach.net/-Picto-et-dessins-) ou sur open-clipart, je vous laisse deviner sous quel nom (il y a des indices dans la dĂ©pĂȘche), - et, Ă©videmment, si on peut dire, il y a le [tutoriel sur des enluminures sans stress avec Writer](https://dutailly.net/des-enluminures-sans-stress-avec-writer), que jâai rĂ©digĂ© en prĂ©paration de cette dĂ©pĂȘche. # Postambule Ce mot nâexiste pas et câest bien dommage. Ce voyage a plus ou moins commencĂ© dans la plus ancienne ville dâEurope encore peuplĂ©e, [Plovdiv](https://fr.wikipedia.org/wiki/Plovdiv) qui accueillait en mĂȘme temps une [exposition de typographie](http://www.visitplovdiv.com/en/node/11207) de son Ă©cole dâart _Prof. Asen Diamandiev_ et un [touriste de passage](https://linuxfr.org/users/oumph) Ă qui lâexposition qui prĂ©sentait des travaux dâĂ©lĂšves dont une trĂšs Ă©lĂ©gante affiche en Ysabeau, a, on se demande bien pourquoi, fait penser Ă LinuxFr.org. Câest donc Ă Plovdiv[^2] quâil se termine. Le [Chemin de fer](https://fr.wikipedia.org/wiki/Chemin_de_fer_(Ă©dition)) Transimpressux espĂšre que vous avez fait un bon voyage et serait heureux de vous revoir trĂšs prochainement pour poursuivre cette excursion qui se poursuivra notamment au Tibet, dans lâEurope mĂ©diĂ©vale et en Terre du milieu. [^1]: Les caractĂšres utilisĂ©s jusque-lĂ Ă©taient du gothique. [^2]: Plovdiv oĂč lâauteure de la dĂ©pĂȘche nâa, hĂ©las, jamais mis les pieds.