URL: https://linuxfr.org/news/vivre-du-logiciel-libre-mediaarea-net-trois-ans-plus-tard Title: Vivre du logiciel libre - MediaArea.net trois ans plus tard Authors: LeBouquetin ZeroHeure, Benoît Sibaud, palm123, Xavier Teyssier et NeoX Date: 2014年09月01日T23:47:48+02:00 License: CC By-SA Tags: entretien, modèle_économique, vivre_du_logiciel_libre, debian, interview, entreprise et entreprisell Score: 44 En décembre 2011, j'avais publié une série d'interviews de créateurs d'entreprise dans le domaine du logiciel libre. Près de trois ans plus tard, je relance une série qui apportera un regard neuf sur le sujet de la création d'entreprise et du logiciel libre. Ce sera - je l'espère, l'occasion de découvrir de nouveaux entrepreneurs ; ce sera également l'occasion de voir comment ont pu évoluer certaines entreprises. À l'époque, [la première interview de la série](//linuxfr.org/news/logiciel-libre-et-cr%C3%A9ation-dentreprise-entretien-avec-le-cr%C3%A9ateur-de-mediaareanet-sarl) était une interview de Jérôme Martinez, créateur du logiciel [MediaInfo](http://mediaarea.net) et fondateur de la société à responsabilité limitée MediaArea.net SARL. *Note pour ceux qui ne connaissent pas Jérôme Martinez : vous le connaissez sans le savoir. Cherchez mieux ;)* Nous commencerons la série 2014 avec la même personne et une société résolument tournée vers l'international, société qui semble [plutôt bien tourner](https://www.infogreffe.fr/societes/entreprise-societe/500291844-mediaarea-net-730107B006860000.html). ---- [Interview de décembre 2011](http://linuxfr.org/news/logiciel-libre-et-cr%C3%A9ation-dentreprise-entretien-avec-le-cr%C3%A9ateur-de-mediaareanet-sarl) [Le logiciel MediaInfo](http://mediaarea.net/fr/MediaInfo) [La société MediaArea.net sur Infogreffe](https://www.infogreffe.fr/societes/entreprise-societe/500291844-mediaarea-net-730107B006860000.html) ---- # Rappel de la série originale - [Jérôme Martinez - SARL MediaArea.net](http://linuxfr.org/news/logiciel-libre-et-cr%C3%A9ation-dentreprise-entretien-avec-le-cr%C3%A9ateur-de-mediaareanet-sarl), - [Guillaume ENGLERT et Jean-Michel ARMAND - SARL Hybird](http://linuxfr.org/news/logiciel-libre-et-cr%C3%A9ation-dentreprise-entretien-avec-2-des-cr%C3%A9ateurs-de-hybird) - [Guillaume Libersat- CAE Grands Ensemble](http://linuxfr.org/news/cr%C3%A9ation-dentreprise-entretien-avec-guillaume-libersat-ind%C3%A9pendant-au-sein-dune-cae) - [_personneAnonymisée_ - Admin système en auto-entrepreneur](https://linuxfr.org/news/creation-d-entreprise-entretien-avec-personneanonymisee-admin-systeme-en-auto-entreprise) - [Pierrick Le Gall - SAS PigoLabs](http://linuxfr.org/news/cr%C3%A9ation-dentreprise%C2%A0-entretien-avec-pierrick-le-gall-cr%C3%A9ateur-de-la-sas-pigolabs) _Note : si vous êtes intéressé(e)s pour une interview, contactez-moi par courriel - damien point accorsi arobase free point fr._ # Introduction - début de l'entretien ## Le précédent entretien date de décembre 2011... Que s'est-il passé du côté de ton entreprise depuis ? Ça commence bien, c’est le genre de question où on doit enrober la réponse, avec de grands mots pour dire que c’est trop génial la vie tout ça, et ça j’ai du mal à faire ;-). Alors je vais répondre en bottant pas mal en touche : plein de choses et rien en même temps, ça dépend du point de vue. * Rien dans le sens où mon site web n’a pas bougé d’un pouce (toujours aussi moche :-D ), où je fais presque la même activité ; * Plein de choses dans le sens où j’ai une vision plus à long terme de mon projet, une vue sur la pérennité de mon activité, des rencontres qui m’ont fait comprendre que ce que je fais est très utile pour beaucoup de monde, où j’ai augmenté mon nombre de contacts professionnels, et où le logiciel supporte de plus en plus de formats « bizarres » à peine sortis ou pas encore sortis (par exemple, [IMF](http://mandetech.com/2014/04/25/update-on-the-interoperable-mastering-format/) qui n'a même pas encore sa page Wikipedia...). # Logiciel libre, modèle économique et stratégie ## Il y a deux ans et demi, ton modèle économique était majoritairement centré sur le service. Aujourd'hui ton positionnement a-t-il changé ? Il y a changement du côté de la proportion prise par le service : elle est passée de majoritaire à très majoritaire. La crise financière a beaucoup pesé sur le marché publicitaire qui me finançait pas mal au début, le monde change avec Adblock qui est de plus en plus utilisé, et surtout je n’ai pas le temps de tout faire. J’ai eu de belles opportunités dans la prestation de service et donc ai pour le moment priorisé cette partie. ## La visibilité de ton activité économique repose sur le logiciel MediaInfo ; est-il toujours au coeur de ton activité ou bien t'apporte-t-il principalement de la visibilité en tant qu'expert des technologies vidéo ? MediaInfo m’apporte clairement beaucoup de visibilité : il est maintenant très rare que j’assiste à un meeting orienté média numérique sans qu’une partie non négligeable des participants réagisse lorsque je me présente « ha mais bien sûr que je connais MediaInfo, il me sauve souvent la vie », les premières fois ça fait bizarre. Bon, le fait qu’il soit utilisé autant dans le milieu professionnel que non professionnel aide aussi, beaucoup de professionnels que je rencontre ne l’utilisent pas dans leur métier mais ailleurs ;-), mais ça fait toujours un plus que d’être une personne dont on utilise le logiciel même à titre privé. Le fait de viser très large, en passant des besoins d'amateur à des besoins professionnels, de Windows à Linux en passant par Mac, me semble aider beaucoup à être connu, car le professionnel qui travaille dans le domaine multimédia utilise souvent des logiciels orientés multimédia à titre privé, et donc les gens ont déjà une idée de ce que je peux proposer. Pour parler Open-Source, le fait que le logiciel soit Open-Source est reçu très différemment suivant le type d’entité avec qui je travaille, c’est assez binaire par type d’entité : c’est soit super car les gens en face ne jurent que par l’Open-Source et donc je suis « compatible », soit ça alimente beaucoup en questions sur le pourquoi je le fais, sur comment je peux en vivre, il y a encore beaucoup d’éducation à faire sur le libre et rassurer que le libre n’est pas en opposition avec le commercial et peut très bien cohabiter avec du non libre (malheureusement, vu qu’un partie des personnes se disant libristes s’amusent toujours à opposer une supposée pureté d’un tout libre non commercial fantasmé au commercial ou à la cohabitation avec le non-libre, il a des peurs sur le libre à enlever, c’est un travail long), mais ce genre de discussion sur l'Open-Source permet de créer un premier contact. ## Plus de 97% de ton CA à l'export... est-ce une question de choix ? D'opportunités ? Ça doit même être 99% en 2013. Pas de ségrégation anti-France, non ! Peut-être parce que la France c’est 1% de la population mondiale ? Le monde de l’Open-Source (ou de l’informatique en général) que je connais n’est pas limité par les frontières physiques mais plutôt par des frontières économiques (il ne faut pas se leurrer, je n’ai jamais eu de contact professionnels avec des pays d’Afrique par exemple...). C’est plutôt donc des opportunités aidées par ma façon de gérer : je ne fais pas de publicité à part le logiciel Open-Source MediaInfo donc de manière « passive », je ne suis pas « pro-actif » et ne vais pas « vendre » ma solution, c’est plutôt les utilisateurs qui me contactent pour me proposer du business, et je pense que ce n’est pas trop dans la mentalité française que de contacter un projet. Par exemple, je reçois beaucoup de courriels venant de Grande-Bretagne ou des USA pour me dire « super ton logiciel, continue, j’espère qu’on pourra faire du business bientôt » ou « j’ai besoin d’intégrer ton logiciel, faisons du business ensemble », et quasiment pas de France, et quand je rencontre des Français (ou Européens en général) ils me disent plutôt qu’ils l’utilisent passivement, sans idée de faire évoluer et de l’intégrer plus dans leur workflow, qu’ils « n’ont pas de budget » ou qu’ils font plutôt appel à des SSII qui leur font un joli paquet avec des gros outils. De plus, ça n’étonnera pas les connaisseurs, mais voilà : l’argent dans l’informatique, il est majoritairement aux USA, les entreprises aux USA ont aussi beaucoup moins de problème à travailler avec des gens qui n’ont pas une belle plaquette publicitaire mais font un truc utile qui marche, et ne demandent pas de remplir 30 pages de réponse à appel d’offre pour un petit besoin (ne pas rigoler, mais il m’est déjà arrivé en France de facturer 5 jours de travail comprenant 3 jours de paperasse pour réponse à l’appel d’offre / réussir à faire accepter une petite boite par la compta / réunion de lancement / réunion d’avancement etc), du coup case « export » pour moi dans la majorité des cas. ## Un CA qui grossit d'ailleurs... ton activité s'est bien développée. À quoi attribues-tu cela ? Marketing ? Expertise technique ? Marché de la vidéo en vogue ? Marketing ? Tu plaisantes j’espère, tu as vu la gueule de mon site web ? ;-) Plus sérieusement : c’est aujourd’hui majoritairement dû à une unique entreprise qui ne fait pas de libre elle-même mais qui m’achète plein de jours de travail du fait de mon expertise technique, et dont une bonne partie de mon travail est autorisé (ça a été négocié) à être dans la version libre. Ça se passe très bien avec cette entreprise donc le CA grossit en conséquence. Et à force d’être de plus en plus expert, je peux augmenter mon taux journalier. Si je n’avais pas cette grosse entreprise cliente, le CA serait pas mauvais non plus (pour le moment, je dois refuser des demandes) mais sans aucun doute bien moindre. Après, je pense que ça vient toujours du fait que je ne refuse rien « par principe » : tu veux du non Open-Source en étant prêt à payer plus cher ? Je fais. Tu veux de l’Open-Source sur Mac car l’Open-Source pour le logiciel est obligatoire pour le long terme mais tu n’es pas prêt à sacrifier ton confort ni demander à tous tes utilisateurs de changer d’OS car ça on s’en fout complet pour le long terme? Je fais. J’en profite pour faire une remarque : mon expertise, je la matérialise par du code (le code n’est pas super en lui-même, je ne suis pas très doué la dessus, ma plus-value est dans la capacité à lier mon expertise en analyse à du code et à adapter le code à la demande client), et force est de constater qu’en France faire du code « expert » n’est pas bien valorisé : par curiosité, j’ai passé quelques entretiens d’embauche en France, et pour la partie technique ça allait mais dès qu’on parlait rémunération on me répondait « ça ne va pas la tête, vous demandez n’importe quoi, ça va pas être possible » alors qu’on m’aime bien outre atlantique parce que je suis... pas cher. Il y a un souci. Je comprends beaucoup quand les codeurs « experts » partent aux USA, ils sont plus valorisés. C’est dommage de perdre les compétences en France. ## Du coup tu travailles toujours seul comme fin 2011 ou bien tu as recruté des collaborateurs ? Pour le moment, toujours seul. Je suis encore cette année plus sur l’idée de vendre mon expertise que de monter une grosse boite avec plein de gens dedans. Le projet de monter quelque chose autour de la communauté d’utilisateurs mûrit, mais c’est quelque chose de moins « naturel » pour moi : je suis assez individualiste, j’ai du mal à déléguer et prendre des risques sur ce que je ne maitrise pas : si je plantais mon projet seul, je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même tandis qu’avec une autre personne d’une il y a le risque financier plus important et de deux je peux avoir choisi la mauvaise personne et ça se transforme en argent jeté à la poubelle. Je ne suis pas non plus forcément compatible avec une certaine vision du libre (l'avantage du libre est qu'il accepte différentes visions), celle "communautaire" où les décisions sont plus "démocratiques", je veux garder la main sur le projet. Donc le projet mûrit avec des personnes en qui j’ai fortement confiance et qui sont prêtes à partager les risques financiers avec moi : je ne compte pas recruter mais avoir des partenaires. Tout comme je travaille en tant que partenaire avec d'autres personnes sur d'autres projets qu'ils me proposent mais qu'ils dirigent. Je me sens plus proche d'une vision américaine (je me trompe peut-être) du travail avec pleins d'indépendants qui bossent ensemble sur des projets suivant les besoins et les opportunités de financement qu'une entreprise avec les mêmes salariés (le véritable nom plutôt que la belle présentation "collaborateurs" ;-) ) sans liberté de choix dans le temps. ## Bientôt sept ans d'activité... Quel regard portes-tu sur ton parcours, les difficultés et les réussites que tu as vécues ? Mmm... Encore une question où il faut bien présenter ;-). Bon essayons. La principale difficulté est la gestion du temps : les projets et les _hotfix_ à faire, je n’en décide pas le planning. Et l’expertise est concentrée sur une seule personne, des fois ça fait un peu mal (surtout avec les nuits blanches car le projet est bloqué et t’attend). La deuxième difficulté est la conséquence d'une énorme bêtise de jeunesse : ne pas avoir, quand j'avais le temps, avant de travailler, ou pendant que j'avais un travail relativement tranquille, correctement appris... l'anglais! Les jeunes (oui, je me fais vieux et dit "les jeunes" maintenant), bougez-vous, allez faire un tour à l'étranger (pas forcément dans des pays de langue anglaise, la plupart des capitales ont maintenant un grand nombre de réunions informelles entre informaticiens et ça se passe en anglais car les capitales sont remplies d'étrangers venant des quatre coins du monde et c'est la langue commune), passez-y 1 an, 2 ans, mais ayez un niveau d'anglais correct. Mon niveau est fidèle à la réputation des français, et ça me joue beaucoup de mauvais tours car toutes les discussions professionnelles sont en anglais, la langue commune de tous les interlocuteurs américains et européens. Et ce n'est pas plus tard qu'on apprend facilement une langue (l'âge n'aide pas, le temps disponible non plus). Ma plus grande réussite ? Réussir certaines rétro-ingénieries, les vendeurs de solutions audio/vidéo n’étant pas toujours des plus ouverts mais les clients voulant un outil qui analyse tout de la même manière même sur du fermé de chez fermé. Concernant le regard sur le parcours, c’est surtout voir que ce que j’avais prévu il y a 7 ans n’est absolument pas ce que je fais aujourd’hui, et de voir le monde de l’Open-Source évoluer dans un plus grand professionnalisme, avec des individus portant un intérêt particulier sur la notion de long terme (dans lequel l’Open-Source excelle, par définition). C’est particulièrement vrai dans mon domaine, qui est passé d’un monde hyper fermé (spécifications des formats vidéo et audio cachées) à beaucoup d’ouverture (c’est bardé de brevets payants certes, mais n’importe qui peut implémenter car il a accès aux spécifications), les formats aujourd’hui majoritaires étant tous aux spécifications disponibles. Ce n’est pas encore des formats ouverts dans le sens UE (donc sans brevets payants dessus), mais c’est un pas. ## Tu dis que ce que tu fais aujourd'hui n'est absolument pas ce que tu imaginais... en quoi est-ce différent ? Comment se sont déroulées la ou les phases de "pivot" (comme on dit en mode lean) ? La grosse différence se situe entre le business plan que j'avais à l'époque et ce que je fais aujourd'hui : * Le business plan était orienté "pages vues", apporter un site pour particuliers autour de MediaInfo, avec des "extra" dans le service aux professionnels. * Aujourd'hui, je ne fais que du service aux professionnels et le site vivote, n'a pas bougé depuis longtemps, les utilisateurs particuliers se plaignent que je ne pense pas assez à eux. Le pivot s'est passé il y a 4 ans : * Avant (les 3 premières années de l'entreprise), j'avais quelques contrats professionnels et remplissait le reste du temps en répondant aux besoins des particuliers * En 2010, j'ai rencontré cette entreprise qui me sponsorise aujourd'hui beaucoup, ça a commencé par un besoin super méga urgent d'expertise technique puis un autre (tout aussi urgent), puis un autre (pas moins urgent), jusqu'à ce qu'il y ait une liste d'attente et j'ai naturellement abandonné la partie besoins des particuliers. De mon point de vue, l'important est d'avoir une idée sur comment on voit la rentabilisation d'un projet, mais de ne pas refuser une occasion si elle se présente. Une occasion s'est présentée, je l'ai prise, même si elle n'était pas 100% libre, et en bonus elle fait aussi vivre la partie libre. Pas sûr que j'aurai pu vivre avec uniquement accepter des contrats dans le libre, faute d'un assez grand marché (mon domaine est très spécialisé et très non libre, même si ça change au fur et à mesure). ## Beaucoup de sociétés ne déposent pas leurs comptes pour cacher leur véritable santé financière (dans un sens ou dans l'autre). Ce n'est pas ton cas ; peux-tu nous expliquer ta position ? Euh... Je ne m’étais jamais imaginé cette question. Il est vrai que certaines entreprises [ne diffusent jamais leurs comptes](https://www.infogreffe.fr/societes/entreprise-societe/424761419-ovh-591099B208650000.html), d’autres [arrêtent étonnamment](https://www.infogreffe.fr/societes/entreprise-societe/431473669-linagora-920110B041950000.html), mais perso je ne m’étais pas vraiment posé la question : officiellement, c’est obligatoire, mon comptable m’envoie la liasse pour le greffier, je signe (les papiers, et le petit chèque qui va avec pour le greffier, faut pas déconner c’est payant ça) et basta. Du coup, ma position... Pas facile à savoir moi-même. On m’a déjà parlé des chiffres publiés, pour discuter de la viabilité de l’entreprise (à l’époque, les nombres étaient petits), donc j’imagine que publier me permettra un jour de rassurer des entreprises françaises sur la viabilité de mon entreprise. Et je ne vois pas spécialement de raison de cacher, donc je ne cache pas. Sans pour autant m’interdire de ne pas obéir à la loi dont la violation n’a pas l’air de déranger, si j’en éprouve le besoin. # Logiciels libres, licences et services en ligne ## Tu as récemment changé de licence sur MediaInfo. Peux-tu brièvement rappeler les raisons de ce changement de licence ? Quel est la licence aujourd'hui ? Comment as-tu opéré ce changement de licence et en es-tu satisfait ? Pour les raisons, je me permets de rediriger vers [le journal que j’ai fait à ce sujet](https://linuxfr.org/users/zenitram/journaux/mon-evolution-vis-a-vis-du-copyleft). La licence est aujourd’hui [BSD 2-Clause](https://mediaarea.net/MediaInfo/License). J’ai eu peu de contributeurs extérieurs, et ils n’étaient pas morts donc ça a été facile de leur demander, et comme ils n’étaient pas intégristes du copyleft ils ont signé le [CLA](http://en.wikipedia.org/wiki/Contributor_License_Agreement) vite fait. À noter qu’il y a quelques gardiens des changements de copyrights, j’ai dû envoyer les CLA de mes contributeurs au mainteneur Debian qui voyait d’un mauvais œil le diff de changement de nom dans l'assignation de copyright. Maintenant je suis comme d’autres projets avec une demande décriée par certains de signature de CLA avant contribution. Ça fait bondir des gens, il parait que je perds des contributions, mais c’est moins prise de tête et si jamais je veux passer à la licence [ISC](http://fr.wikipedia.org/wiki/Licence_ISC) (ou [[WTFPL]]) un jour car c’est plus à la mode ben je pourrai. Je suis satisfait dans le sens où je n’ai plus à gérer les courriels demandant si on a le droit de faire ci ou ça et ça me correspond plus (je suis pour que les gens aient le plus de libertés possibles, sans jugement sur leur position sur le libre, chacun y vient à sa vitesse). ## En parlant de MediaInfo, le projet est toujours hébergé chez SourceForge... qui est désormais plutôt controversée. Pourquoi n'as-tu pas basculé sur une autre forge ? En fait, j’ai plus ou moins basculé : le site web et les sites de téléchargement principaux sont maintenant sur mes propres serveurs. Je laisse un miroir des fichiers sur Sourceforge pour les sites tiers pas doués qui ne mettent pas à jour les liens (ils ont des robots qui testent la présence de la version N+1) et les gens qui veulent rester sur Sourceforge. Plus de téléchargement officiel chez eux, donc je n’ai pas à me taper leur installeur bourré de pub ni afficher leur pub (je préfère afficher la mienne, c’est plus rentable :-D ). Mon installeur Windows a de la pub aussi certes, mais il est bien moins violent que le leur (sur le mien, il faut faire un choix actif pour installer le logiciel en pub, sur celui de Sourceforge tout est fait pour te tromper). Reste le SVN, mais comme c’est que pour moi et qu’il marche toujours, c’est la fainéantise. Un jour je passerai à Git (un jour !), [ça vient doucement](https://github.com/MediaArea). ## Tu as une vision plutôt pragmatique du logiciel libre ; contrairement à certains ici, tu utilises des logiciels propriétaires sans hésiter si tu les juges meilleurs. Utilises-tu pour ton activité professionnelle des logiciels propriétaires commercialisés en tant que service (SaaS - Software As A Service) ? Quelle est ta position générale sur ce sujet ? Pourrais-tu en utiliser, et si oui quelles seraient les conditions requises pour que tu acceptes de les utiliser ? Exact. Visual Studio est bon ? Je l’utilise, point. Qu’on me propose un IDE libre qui est bon, et je le prendrai (je rigole pas mal quand on me parle d’IDE libre « performant » avec plein de noms pour dire d'en avoir, ça montre surtout une méconnaissance de Visual Studio). SaaS ou pas, l’important pour moi est la liberté des données générées. Un produit non libre, il sait faire du code libre et il sait faire des binaires libres. Pour le SaaS en lui-même, c’est surtout un mot « hype » pour désigner une façon de faire pas si nouvelle, Sourceforge dont on a parlé précédemment c’est du SaaS depuis 15 ans. Pour l’idée de céder à la mode du SaaS, l’important pour moi est la liberté des données qui en sortent : format standard. Que ce soit libre ou pas, ce n’est pas mon problème (mais de celui qui me fournit le service. Et si le service disparait, je regarderai alors ce que je fais de mes données libres). Je suis un « vieux » qui n’utilise pas tant que ça le SaaS parce que surtout il n’en voit pas toujours l’intérêt à part le hype et le fait de ne pas avoir à installer de logiciel (mais comme je sais faire ça, ce n’est pas vendeur pour moi). Je l’utilise surtout pour le collaboratif, travailler à plusieurs sur un Google Document est quand même très très pratique (et c’est ça l’important). À noter que ton « contrairement à certains » me fait bien sourire, la quasi-totalité de ces personnes ont un BIOS (donc du logiciel) non libre, par pur confort, ou des pilotes non libres, ou un Steam non libre, suivant leurs propres limites et leurs envies du jour, et leur stigmatisation des gens ayant un peu plus de logiciel non libre qu’eux est bizarrement mis avec une limite qui exclut des gens tout en les incluant eux. Tout le monde utilise du propriétaire qui peut contenir des méchantes portes dérobées, les gens qui se croient plus libristes que les autres car n’ont pas les mêmes trucs proprios que les autres qu’ils critiquent ne trompent qu’eux-même. Tout le monde priorise son confort au libre, c’est juste le placement de la limite qui change. Si les libristes qui ne veulent pas utiliser de logiciels non libres car c’est caca étaient cohérents sur leurs arguments, ça ferait longtemps qu’on aurait des processeurs (CPU et GPU) libres faits à partir de fonderies libres. Ce n’est pas le cas. ## Un projet libre dont tu as envie de parler ? MediaInfo bien évidemment :-D. Plus sérieusement, je suis surtout consommateur d’autres projets libres, sans forcément avoir de coup de cœur sur un projet précis. Si il fallait en citer un, je dirais [CentOS](http://www.centos.org/) qui propose une version professionnelle de distribution Linux, et qui me perme de décider quand je migre grâce à sa maintenance de 10 ans et de plusieurs versions en parallèle, et non pas quand les distributions m’obligent à faire les migrations quand ils arrêtent rapidement le support. ## Un mot à ajouter ? J’ai essayé de mettre un maximum de trolls dans mes réponses, spécialement pour LinuxFr, lequel prendra le plus ? :-D **Merci Jérôme pour ton temps et tes réponses ! :)**

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