URL: https://linuxfr.org/news/une-histoire-de-formats-il-n-y-a-pas-que-la-taille-qui-compte Title: Une histoire de formats : il n’y a pas que la taille qui compte Authors: Ysabeau đŸ§¶ BenoĂźt Sibaud, patrick_g et dourouc05 Date: 2024ćčŽ06月26æ—„T11:36:15+02:00 License: CC By-SA Tags: libreoffice, xml, calligra, epub, timeline, pdf et html Score: 53 Dans cette nouvelle excursion dans le temps et dans l’espace du Transimpressux, nous allons rendre une rapide visite Ă  ThĂ©otiste Lefevbvre (1798 - 1887) [prote](https://fr.wiktionary.org/wiki/prote) d’imprimerie et Ă  quelques-uns de ses confrĂšres ainsi que dans les magasins de quelques bibliothĂšques. Nous passerons aussi, un grand moment du cĂŽtĂ© de la Silicon Valley et de Redmond dans l’État de Washington, bien obligĂ© puisqu’on parlera beaucoup de formats numĂ©riques, sans oublier d’aller dire bonjour Ă  Donald Knuth, Tim Berners-Lee et John Gruber. On terminera notre exploration quelque part dans les archives numĂ©riques de la BibliothĂšque nationale de France (BnF). La climatisation du Transimpressux a Ă©tĂ© entiĂšrement rĂ©visĂ©e et le bar rechargĂ© en boissons fraĂźches et glaces en tous genres. On vous souhaite un bon voyage. ![Le transimpressux](https://img.linuxfr.org/img/68747470733a2f2f6e756d657269636f6163682e6e65742f494d472f706e672f747261696e2d64726f6974652e706e67/train-droite.png) ---- [L’écriture et l’image, des Ăąges farouches au texte Ă©lectronique](https://linuxfr.org/news/l-ecriture-et-l-image-des-ages-farouches-au-texte-electronique) [Comment Ă©crit-on les systĂšmes d’écriture aujourd’hui ?](https://linuxfr.org/news/comment-ecrit-on-les-systemes-d-ecriture-aujourd-hui) [OĂč il est question de conservation](https://linuxfr.org/news/ou-il-est-question-de-conservation) [Des histoires de caractĂšres](https://linuxfr.org/news/des-histoires-de-caracteres) [Ysabeau, un chouette caractĂšre](https://linuxfr.org/news/ysabeau-un-chouette-caractere) ---- # PrĂ©ambule Cette dĂ©pĂȘche ne se veut pas exhaustive sur les formats en tous genres ni trĂšs technique sur les formats informatiques. Pour les formats d’image, qui ne sont pas traitĂ©s ici, je vous renvoie Ă  [l’excellente dĂ©pĂȘche](https://linuxfr.org/news/des-formats-d-image) de Tanguy Ortolo qui a fait le tour de la question et au [journal](https://linuxfr.org/users/glandos/journaux/jpeg-xl-ne-fait-pas-consensus-au-sein-de-l-union-des-vendeurs-de-navigateurs) de Glandos sur l’intĂ©gration du JPEG XL dans les navigateurs. # Les formats matĂ©riels, entre coĂ»t et rangement Encore aujourd’hui, le format matĂ©riel d’un document, spĂ©cialement, s’il s’agit d’un livre, est important pas uniquement pour des questions de coĂ»t. Mais aussi Ă  cause d’eux. C’est parce que le papier coĂ»tait cher qu’[Alde Manuce a créé l’italique](https://linuxfr.org/news/ysabeau-un-chouette-caractere#toc-limprimerie-seconde-%C3%A9volution-majeure) au dĂ©but du 16^e siĂšcle. L’italique prenant moins de place que les autres styles de caractĂšres, il devenait possible d’imprimer des livres en petit format qui pouvaient ainsi ĂȘtre achetĂ©s par une clientĂšle impĂ©cunieuse. ![Une pile de livres](https://i.ibb.co/3FYdVfC/Pile-de-livres-de-formats-diff-rents.webp) _Des diffĂ©rences de taille et de tailles. Image retravaillĂ©e avec le filtre « Pencil Portrait » de Q’mic-Qt (et un peu Inkscape)._ ## Les rouleaux, volumen ou rotulus La taille de ces rouleaux varie beaucoup. Ils peuvent atteindre plusieurs mĂštres de long (ou de large, selon le sens de lecture). TĂ©moin cette remarque d’[Auguste Molinier](https://www.persee.fr/doc/anami_0003-4398_1904_num_16_63_3627), chartiste et bibliothĂ©caire, en 1892 :>On a Ă©tudiĂ© rĂ©cemment la longueur des volumina antiques. En Égypte, elle paraĂźt avoir Ă©tĂ© illimitĂ©e ; un rouleau trouvĂ© Ă  ThĂšbes a 43 m. 50, ce qui est excessif ; il est vrai que le moyen Ăąge a eu des rouleaux de parchemin, plus solides, mais encore plus lourds et infiniment plus longs. Pour les Ɠuvres littĂ©raires grecques et latines, un Ă©rudit moderne, M. Birt, a Ă©valuĂ© Ă  12 mĂštres la longueur extrĂȘme des volumina.[^1] Ces longueurs dĂ©mesurĂ©es ne sont pas propres aux Égyptiens. Les Archives nationales de Paris possĂšdent un [parchemin d’une longueur d’une vingtaine de mĂštres](https://www.radiofrance.fr/franceculture/un-parchemin-de-plus-de-20-metres-expose-les-confessions-sous-la-torture-des-templiers-2353464). DatĂ© de 1307, ce rouleau consigne les aveux, obtenus sous la torture, de cent-trente-huit Templiers. Il va sans dire que leur longueur et leur anciennetĂ© rend les rouleaux trĂšs difficiles Ă  manipuler, une difficultĂ© que la numĂ©risation Ă©limine. ## Des formats des livres Les noms des formats des livres en imprimerie traditionnelle sont liĂ©s au nombre de pages que l’on imprimait sur une feuille. Le mot « format » lui-mĂȘme pourrait venir des chĂąssis, ou « formes » dans lesquels on plaçait les pages Ă  imprimer. Ce procĂ©dĂ© s’appelait l’imposition. Les formats les plus usuels, du plus grand au plus petit : - in-folio : soit quatre pages par feuille, la taille la plus grande de livre, - in-quarto, huit pages, - in-octavo, seize pages, - in-douze, vingt-quatre pages, - in-dix-huit, trente-six pages. La rĂ©partition des pages sur la feuille Ă©tait Ă  la fois importante et dĂ©licate puisqu’une fois imprimĂ©e, la feuille Ă©tait pliĂ©e. Il fallait donc veiller non seulement Ă  la bonne rĂ©partition des pages sur la feuille, mais aussi Ă  leur sens. Dans son _Guide pratique du compositeur d’imprimerie_, ThĂ©otiste Lefebvre consacre plus d’un quart de son livre (119 pages sur 440) Ă  cette dĂ©licate question. Dans son petit guide sur la [Typographie](https://numericoach.net/La-Typographie-de-Charles-Lucien-Huard), Charles-FĂ©licien Huart y consacre aussi plusieurs pages. Un exemple de rĂ©partition des pages[^2] pour un volume in-douze, « cĂŽtĂ© de premiĂšre » indique le recto, « cĂŽtĂ© de seconde », le verso. La feuille est pliĂ©e en trois dans le sens de la hauteur et deux dans la largeur. ![rĂ©partition](https://i.ibb.co/HdPCPkn/R-partition-des-page-spour-un-format-in-douze.webp) _Recto : deux sĂ©ries de pages tĂȘte en bas, pages 12, 13, 16 et 9 (1^re sĂ©rie) et 8, 17, 20 et 5 (2^e sĂ©rie) et, en dessous pages 1, 24, 21 et 4. Verso : deux sĂ©ries de pages tĂȘte en bas, pages 10, 15, 14 et 11 (1^re sĂ©rie) et 6, 19,18 et 7 (2^e sĂ©rie) et 3, 22, 23 et 2 en dessous._ Cette diffĂ©rence de tailles peut amener les bibliothĂšques dont le fond n’est pas directement accessible au public Ă  opter pour un classement matĂ©riel des livres basĂ©s sur le format. On aura ainsi des cotes du genre « in12-numĂ©ro d’inventaire ». C’est un systĂšme trĂšs efficace et qui Ă©vite d’avoir un petit livre (littĂ©ralement) perdu au milieu de livres nettement plus grands. ## Les formats actuels, livre et papier L’indication de format Ă  partir du nombre de pages imprimĂ©es sur une feuille ne donne pas d’information prĂ©cise sur la taille effective des livres. Il faut signaler que les dimensions changent en fonction de celles de la feuille d’origine. Les appellations actuelles, cĂŽtĂ© Ă©dition, du style _Livre de poche_ (environ 10,5 cm x 17,5 cm), livre _brochĂ©_ ou encore _grand format_, utilisĂ©es en lieu et place d’in-folio, in-octavo, etc. rĂ©servĂ©s plutĂŽt au livre ancien ne sont pas plus prĂ©cises. En, revanche, la taille des feuilles de papier les plus utilisĂ©es a fait l’objet d’une norme, la norme ISO 216. Elle concerne les formats A, dont le fameux A4 qui est celui des feuilles standard des imprimantes de bureau et le format B. Le principe : plus le numĂ©ro est Ă©levĂ©, plus la feuille est petite. La numĂ©rotation commence Ă  0 qui fait un mĂštre carrĂ© (84,1 cm x 118,9 cm) pour le format A. La taille de la feuille du numĂ©ro supĂ©rieur devant ĂȘtre Ă©gale Ă  la moitiĂ© de celle du numĂ©ro infĂ©rieur qui la prĂ©cĂšde. En d’autres termes : le format A3 Ă©gal deux fois le format A4 qui, lui-mĂȘme, est deux fois plus grand que le format A5. Il en va de mĂȘme avec le format B. Cela explique au passage pourquoi le format A4 mesure 21 x 29,7 cm et pas 21 x 30 cm. # Les formats de texte Jusque dans les annĂ©es 1990, il y avait un nombre trĂšs important d’outils et de formats de textes. Writer de LibreOffice, d’aprĂšs mes comptes, peut ouvrir jusqu’à quarante-quatre formats de fichier diffĂ©rents, hors modĂšles et hors web, mais n’enregistre que dans des formats qui sont ceux encore utilisĂ©s Ă  l’heure actuelle. Ce qui rĂ©duit la liste Ă  treize formats incluant les modĂšles et l’HTML. Sur cette frise chronologique, on a, en haut, des formats de texte avec leur date de naissance plus ou moins approximative et, en dessous, des langages de balisage avec leur date de naissance Ă©galement. ![Formats de texte et langages de balisage](https://dutailly.net/IMG/webp/formats_de_texte.webp) _Les formats de texte : 1977 Texte brut, 1987-2007 RTF, 1990-2007 DOC, 2005 ODT, 2007 DOCX. Ils ont Ă©tĂ© choisis parce qu’ils sont les plus connus, voire, les plus utilisĂ©s. Dans cette liste deux formats ne sont plus maintenus, les formats RTF et DOC. Mais il existe encore des amas de fichiers dans ces deux formats._ ## Le texte brut, .txt Le texte brut, nait Ă  une date imprĂ©cise. Probablement vers la fin des annĂ©es 1950 ou au dĂ©but des annĂ©es 1960. Le premier RFC[^3] qui dĂ©finit un standard de protocole pour des messages en texte brut (_Standard for the Format of Arpa Network Text Messages_) date de 1977, il porte le numĂ©ro 733 et a Ă©tĂ© rĂ©digĂ© par l’agence amĂ©ricaine pour les projets de recherche avancĂ©e de dĂ©fense (DARPA pour _Defense Advanced Research Projects Agency_). Au dĂ©but, le format n’acceptait que l’Ascii, Ă  savoir les vingt-six lettres de l’alphabet, les chiffres, les ponctuations de base et les caractĂšres de commande Ascii. Ce qui en fait un format simple, mais trĂšs pauvre. L’Ascii est codĂ© sur 7 bits, ce qui ne permet d’avoir que cent-vingt-huit caractĂšres, en fait quatre-vingt-dix imprimables et trente-huit pour les codes de commande[^4]. Il accepte, depuis, l’Unicode. Depuis quand ? Difficile Ă  prĂ©ciser, mais la premiĂšre mention d’Unicode qui figure sur le site [rfc-editor remonte Ă  juillet 1994 (en)](https://www.rfc-editor.org/search/rfc_search_detail.php), RFC 1641, Ă  titre expĂ©rimental. On peut supposer, en tout cas, que le consortium Unicode qui rĂ©unit la fine fleur de l’informatique a dĂ» trĂšs tĂŽt faire en sorte que son standard puisse ĂȘtre acceptĂ© dans le format texte brut. Ce format se rĂ©vĂšle assez vite insuffisant de part sa simplicitĂ© mĂȘme, confinant Ă  la pauvretĂ© : pas d’enrichissement typographique, pas de notion de style ni de hiĂ©rarchie des paragraphes, pas de possibilitĂ© d’avoir des images. Il est, de fait, plutĂŽt infĂ©rieur Ă  ce que l’on peut avoir sur du papier. Il reste nĂ©anmoins trĂšs utilisĂ© et par toutes les applications qui traitent du texte : Ă©diteurs de texte, bureautique, etc. Il a pour lui l’avantage d’ĂȘtre simple, lĂ©ger et interopĂ©rable. C’est le format, par exemple, avec lequel la BnF Gallica dĂ©livre les documents « bruts de numĂ©risation » (il faut copier-coller le texte ailleurs pour le garder et le retravailler), et c’est, bien Ă©videmment, [celui des RFC](https://www.bortzmeyer.org/rfc-en-texte-brut.html). Il y a des personnes qui recommandent de conserver le texte en texte brut, compte tenu des limitations du format, ce n’est pas franchement conseillĂ© pour des documents un peu complexes Ă©tant donnĂ© qu’il y aura Ă©normĂ©ment de pertes d’information. ## Le RTF En 1987, Microsoft lance le Rich Text Format (RTF) qui permettait d’avoir du texte « enrichi » avec des attributs : gras, italique, soulignĂ© et de dĂ©passer le cadre du texte brut. C’est un format qui a Ă©tĂ© pendant un certain temps, un standard d’échange de fait pour ce type de fichiers. Il Ă©tait au moins lu par beaucoup de logiciels sur nombre de systĂšmes d’exploitation. C’était un format pratique d’échange, notamment avant l’arrivĂ©e du PDF et ensuite quand le PDF n’était pas encore un format ouvert et ne pouvait ĂȘtre gĂ©nĂ©rĂ© que via le (cher) logiciel d’Adobe. Et aussi parce que c’était l’époque de la « grande dĂ©mocratisation » de l’informatique, et, qu’à vrai dire, les utilisateurices finaux ne savaient pas trop comment, surtout sous quelle forme et ce qui se passait quand on Ă©changeait des fichiers. Aussi pratique que soit le format RTF, outre son absence de lĂ©gĂšretĂ©, il Ă©tait nĂ©anmoins trĂšs limitĂ© : pas de texte structurĂ© autrement que sur un plan purement visuel, par exemple. Microsoft arrĂȘtera de le maintenir en 2008 (il aura tenu vingt ans tout de mĂȘme !). C’est donc un format mort. Il existe cependant une variante du RTF toujours maintenue : le `.rtfd` utilisĂ© par Apple pour TextEdit. Cette variante a Ă©tĂ© modifiĂ©e pour inclure des Ă©lĂ©ments multimĂ©dias. ## Le .doc, un format propriĂ©taire incontournable Quand Microsoft lance sa suite bureautique dans les annĂ©es 1990 (la date sur la chronologie n’est pas tout Ă  fait exacte), il adopte pour le traitement de texte, Word, l’extension .doc qui avait Ă©tĂ© aussi celle de WordPerfect. Word avait pour lui de montrer le rendu du texte immĂ©diatement : le fameux _WYSIWYG_ pour « What you see is what you get » (ce que vous voyez est ce que vous obtenez). La suite finit par devenir quasiment incontournable et le format DOC de Word devenir un « standard de fait ». Microsoft abandonnera le DOC en 2007 pour le DOCX basĂ© sur l’Office Open XML. On produira encore longtemps aprĂšs des fichiers en .doc en vertu du « tout le monde n’a pas la version de MsOffice 2007 ». On trouve encore sur internet des modĂšles de fichiers Ă  ce format Ă  tĂ©lĂ©charger. Il Ă©tait reprochĂ© au format son poids, lourd, des problĂšmes de confidentialitĂ© (on pouvait, par exemple, retrouver du texte effacĂ© avant l’enregistrement ou le modĂšle de l’imprimante[^5]) et sa faiblesse devant les virus. Et, bien entendu, c’était un format propriĂ©taire et pas interopĂ©rable. Un autre dĂ©faut majeur du format Ă©tait qu’il Ă©tait modifiĂ© Ă  chaque nouvelle version de Word ce qui impliquait de devoir acheter la nouvelle version du logiciel pour pouvoir travailler sur les nouveaux fichiers en .doc. Microsoft dĂ©livrera les sources du format en 2006, mais les spĂ©cifications semblent ne plus figurer sur le site de la firme. Le code source de la version d’origine de Word, quant Ă  lui, [a Ă©tĂ© rendu public](https://www.futura-sciences.com/tech/actualites/informatique-microsoft-publie-code-source-origine-ms-dos-word-53054/) et versĂ© au [musĂ©e amĂ©ricain de l’histoire de l’ordinateur (en)](https://computerhistory.org/). Le .doc peut encore ĂȘtre ouvert et travaillĂ© d’un grand nombre de logiciels. Abiword par exemple ouvre les .doc mais pas les .docx. En revanche, il est de moins en moins possible de gĂ©nĂ©rer des fichiers Ă  ce format, et c’est une bonne chose. On ne saurait que trop vous suggĂ©rer de transformer tous les fichiers en .doc qui traĂźneraient encore dans vos ordinateurs en ODT (ou de faire le mĂ©nage). Il en va de mĂȘme pour le format de modĂšle .dot. ## L’ODT : un format ouvert En 2005 apparaĂźt un format bien intĂ©ressant : le format ODT, qui est une des composantes du plus gĂ©nĂ©ral OpenDocument Format (ODF) avec le O d’Open, le D de Document et le T de Texte, l’extension OTT Ă©tant pour les modĂšles avec le premier T pour Template (modĂšle en anglais). L’ODF est gĂ©rĂ© par le consortium OASIS, pour Organization for the Advancement of Structured Information Standards (Organisation pour l’avancement des normes d’informations structurĂ©es). OASIS est une structure Ă  but non-lucratif autorisĂ©e par l’ISO (International Standard Organization, l’organisation dont l’objectif social est l’élaboration et la publication de normes mondiales de produits et services), Ă  publier des standards dont les spĂ©cifications sont publiquement disponibles sans passer par les fourches caudines de l’ISO. Le consortium a Ă©tĂ© créé en 1993, il s’appelait Ă  l’époque _SGML Open_. Il Ă©tait constituĂ© de fournisseurs et d’utilisateurs d’outils informatique, son but Ă©tait le dĂ©veloppement de lignes directrices pour l’interopĂ©rabilitĂ© de logiciels utilisant le langage de balisage SGML. Il change de nom en 1998 pour devenir OASIS qui reflĂšte mieux les travaux du consortium. Parmi les cent-seize membres (l’adhĂ©sion est payante) : Ă  peu prĂšs toutes les grandes entreprises de l’informatique amĂ©ricaine et quelques chinoises ou japonaises (Alibaba, Hitachi, Huawei, Fujitsu...) mais aussi des organismes tels que le Parlement europĂ©en, l’Office des publications europĂ©ennes, le MinistĂšre français de l’IntĂ©rieur, le FBI, des universitĂ©s (Brno, Milan, Luxembourg, Oslo, Westminster, MIT, etc.), la Biblioteca del Congreso Nacional du Chili, TheDocumentFoundation, etc. Il existe en outre une fondation europĂ©enne Ă  but non lucratif [OASIS Open Europe (en)](https://www.oasis-open.eu/) affiliĂ©e au consortium et dont l’objectif est de soutenir le rĂŽle de l’Europe dans le dĂ©veloppement de l’open source et des normes ouvertes. La version 1.0 du format OpenDocument (ODF) pour les applications bureautiques a Ă©tĂ© approuvĂ©e le 1^er mai 2005 Ă  l’unanimitĂ© des soixante-dix-huit membres ayant votĂ©. La version 1.0 des directives pour l’accessibilitĂ© du format ODF, quant Ă  elle a Ă©tĂ© approuvĂ©e Ă  l’unanimitĂ© des onze membres ayant votĂ© le 1er mai 2008. La [derniĂšre version du format ODF est la 1.3 (en)](https://www.oasis-open.org/2021/06/16/opendocument-v1-3-oasis-standard-published), approuvĂ©e le 27 avril 2021. LibreOffice l’a intĂ©grĂ© Ă  partir des versions 7, pratiquement Ă  la sortie de la norme, c’est le format d’enregistrement par dĂ©faut. La norme ODF 1.3 a mis notamment l’accent sur la signature et le chiffrage des documents. Le format ODF est basĂ© sur le XML. C’est un fichier « compressĂ© » qui en contient plusieurs[^6] : - le fichier `meta.xml` contient des informations au sujet du document (l’auteur, la date de la derniĂšre sauvegarde), - le fichier `styles.xml` contient les styles utilisĂ©s dans le document, - le fichier `content.xml` contient le contenu principal du document (texte, tableaux, Ă©lĂ©ments graphiques...), - le fichier `settings.xml`, en gĂ©nĂ©ral spĂ©cifique Ă  une application, contient certains paramĂštres tels que l’imprimante sĂ©lectionnĂ©e..., - les fichiers `META-INF/manifest.xml` contiennent des informations supplĂ©mentaires sur les autres fichiers (comme le type MIME ou le chiffrement). Plus des dossiers : `Pictures`, `Thumbnails`, etc. Ce format est le format natif notamment de LibreOffice, OpenOffice[^7], Calligra, Collabora Online, GoogleDocs, [Zoho](https://www.zoho.com/fr/), il est aussi ouvert, travaillĂ© et enregistrĂ© par des logiciels tels que MsOffice depuis 2007 (2016 pour la version pour MacOS), Office365, OnlyOffice ou AbiWord (listes non limitatives). L’une de ses trĂšs grandes forces est, qu’à l’instar du format HTML, toute la mise en forme repose sur des styles. Ce qui rend trĂšs Ă©volutifs et adaptables les documents au format ODT (pour peu qu’ils le soient avec un logiciel qui le gĂšre bien). En France, le format ODF est le **seul** format bureautique recommandĂ© par le [rĂ©fĂ©rentiel gĂ©nĂ©ral d’interopĂ©rabilitĂ©](https://www.numerique.gouv.fr/publications/interoperabilite/). Le format ODT Ă©tant mentionnĂ© comme format Ă  privilĂ©gier par [nombre d’administrations de par le monde](https://fr.wikipedia.org/wiki/OpenDocument#Adoption). ## Le format DOCX et son OOXML L’annĂ©e 2007 est celle qui « rĂ©volutionne » la suite bureautique de Microsoft. En effet, la firme abandonne les vieux formats pour en adopter des nouveaux basĂ©s sur le XML d’oĂč le X de l’extension. Mais pas n’importe quel XML, le XML maison appelĂ© Office Open XML (OOXML pour faire court). Il est fort probable que, ce faisant, l’idĂ©e Ă©tait de court-circuiter le standard ODF. Microsoft a d’ailleurs livrĂ© une guerre fĂ©roce pour que son OOXML soit acceptĂ© par l’ISO en s’y reprenant Ă  deux fois. La norme, adoptĂ©e le 17 aout 2008, porte le numĂ©ro ISO/IEC DIS 29500. Il est possible (probable ?) Ă©galement que, Word Ă©tant ce qu’il est, se baser sur le XML de l’ODT aurait vraisemblablement nĂ©cessitĂ© un grand travail de refonte du logiciel. Il existe deux « variantes » de DOCX, le premier, celui de la version 2007 et celui de 2010. En effet, la norme ISO/IEC DIS 29500 n’est pas compatible avec Office 2007. Sur le plan technique, il est reprochĂ© Ă  l’OOXML [sa complexitĂ©](https://numericoach.net/Incompatibilites-et-incoherences-du) qui en rend difficile la mise en Ɠuvre. À tel point qu’il se dit que Microsoft lui-mĂȘme ne l’implĂ©mente pas correctement. La derniĂšre version d’OOXML est actuellement la rĂ©fĂ©rence [ISO/IEC 29500-1:2016 (en)](https://www.iso.org/standard/71691.html) de novembre 2016 (elle fait 5024 pages). Sur le plan juridique, le caractĂšre libre de la norme est flou, il en ressort une certaine instabilitĂ© sur ce plan. Avec les spĂ©cifications, Microsoft a distribuĂ© :>un document promettant de ne pas poursuivre les auteurs de l’utilisation d’Office Open XML dans un autre logiciel que ceux de Microsoft. Cette promesse de non-poursuite elle-mĂȘme laisse certains flous, notamment : ‱ s’appliquant Ă  la norme ECMA en l’état, s’applique-t-elle Ă  une Ă©ventuelle version finale de l’ISO ? ‱ s’applique-t-elle Ă  tous les brevets logiciels nĂ©cessaires Ă  la mise en Ɠuvre de la norme ? ‱ s’applique-t-elle Ă©galement aux extensions du format OOXML ? >La licence d’utilisation de OpenXML est incompatible avec les programmes sous la licence GPL.[^8] À l’instar des fichiers ODF, le DOCX est un fichier compressĂ© qui en contient plusieurs. On en trouvera [l’anatomie (en)](http://officeopenxml.com/anatomyofOOXML.php) par exemple sur le site [Office Open XML (en)](http://officeopenxml.com).[^9] Il est actuellement ouvert, voire travaillĂ© et enregistrĂ©, de la plupart des suites bureautiques. # Des langages de balisages Parler des formats de texte sans Ă©voquer les langages de balisage serait assez inepte puisque les formats modernes sont basĂ©s dessus. Pour rappel, un [langage de balisage](http://www.dicodunet.com/definitions/normes/langage-de-balisage.htm) est un langage servant Ă  dĂ©finir et Ă  structurer les informations dans un document. Il en existe de nombreux, mais on n’évoquera que ceux qui semblent les plus connus ou les plus utilisĂ©s. ## TeX le grand ancien TeX fait figure de grand ancien, puisque la premiĂšre version du langage de balisage date de 1978. Cela dit, on devrait peut-ĂȘtre plutĂŽt parler « d’écosystĂšme » car c’est Ă  la fois un format, le langage de balisage utilisĂ© par LaTeX et un logiciel libre de composition. TeX a Ă©tĂ© créé par Donald E. Knuth, professeur Ă©mĂ©rite Ă  l’UniversitĂ© de Stanford et considĂ©rĂ© comme l’un des pionniers de l’algorithmique. L’objectif de Donald E. Knuth en crĂ©ant TeX Ă©tait d’avoir des documents scientifiques et techniques de bonne qualitĂ© typographique, ce qu’il n’était pas possible d’obtenir avec les logiciels d’édition de l’époque. Le principe du langage TeX est la sĂ©paration du contenu de et la forme, ce qui Ă©tait innovant. TeX est complĂ©tĂ© par LaTeX qui est « un ensemble de macros permettant de faire beaucoup de choses »[^10], et, bien sĂ»r, par le langage de composition de polices vectorielles Metafont. [LaTeX](https://fr.wikipedia.org/wiki/LaTeX) a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ© par Leslie Lamport. La premiĂšre version est sortie en 1983. Ce n’est pas un traitement de texte, l’idĂ©e Ă©tant que l’auteur ou l’autrice :> puisse mettre son Ă©nergie Ă  rĂ©diger le contenu sans ĂȘtre distrait par l’apparence de son document. En Ă©crivant en langage LaTeX, l’utilisateur doit donc dĂ©finir sĂ©mantiquement le contenu de son document plutĂŽt que visuellement. [DMS, UniversitĂ© de MontrĂ©al](https://dms.umontreal.ca/wiki/index.php/LaTeX). On peut gĂ©nĂ©rer des fichiers TeX soit directement avec un Ă©diteur de texte, soit avec des logiciels comme Lyx ou encore Overleaf qui est un Ă©diteur LaTeX en ligne et collaboratif. Mais, pour en voir le rendu, il faudra soit faire un PDF, si on utilise un Ă©diteur de texte, soit passer par le visualiseur, quand il existe, dans un logiciel tel que Lyx. À ma connaissance la plupart des suites bureautiques ne l’acceptent pas, pas plus que Calibre d’ailleurs. La derniĂšre version de TeX, 3,143.141592653 date de janvier 2021. Le format est gĂ©rĂ© par le groupe des utilisateurs de [TeX ou TUG (en)](https://www.tug.org/). LaTeX quant Ă  lui est gĂ©rĂ© par le [projet LaTeX (en)](https://www.latex-project.org/). La derniĂšre version date de juin 2024. ## Le SGML et ses petits Le SGML, S pour Standard, G pour Generalized, M pour Markup et L pour Langage (langage de balisage gĂ©nĂ©ralisĂ© normalisĂ©) possĂšde le numĂ©ro de norme ISO 8879:1986. 1986 Ă©tant l’annĂ©e d’obtention du numĂ©ro ISO, la premiĂšre version du SGML Ă©tant sortie en 1978. Produit de l’industrie de l’édition, il a adoptĂ©, comme TeX, le principe de la sĂ©paration complĂšte du fond et de la forme. C’est, en fait, une norme permettant de dĂ©finir des langages de balisage gĂ©nĂ©riques pour des documents. SGML sera, dĂšs 1984, le format standard des publications officielles des CommunautĂ©s europĂ©ennes. Ce qui caractĂ©rise un document SGML : il doit possĂ©der une « dĂ©finition du type de document » (DTD ou _doctype_ en anglais). Cette DTD sert Ă  indiquer la structure du document. Et, Ă©videmment le systĂšme de balises que l’on va retrouver chez les membres de la famille. ### HTML, sans lequel, possiblement, LinuxFr.org ne serait pas Le langage HTML, pour HyperText Markup Language, est un langage de balisage pour l’hypertexte, cette fonctionnalitĂ© qui permet de naviguer sur internet. Il a Ă©tĂ© créé, ou plutĂŽt lancĂ© au dĂ©but des annĂ©es 1990 par Tim Berners-Lee qui en a profitĂ© pour concevoir au passage la forme des adresses Web que nous connaissons (les URL) et le protocole de communication HTTP. Le format HTML est gĂ©rĂ© par le World Wide Web Consortium (W3C) fondĂ© en 1994 par Tim Berners-Lee. L’objectif du W3C : Ă©mettre des normes et des recommandations pour le web. La premiĂšre version de HTML Ă©tait trĂšs limitĂ©e : cela n’allait pas plus loin que la structure du texte avec les balises de titres et de listes, et les liens hypertextes. En 1999, sort la [version 4 (en)](https://www.w3.org/TR/html401/) qui deviendra une norme ISO en 2000. La norme HTML 4 supporte pleinement le langage de mise en forme CSS (Cascading Style Sheet ou feuilles de style en cascade). Le HTML 4 existe en trois variantes, si on peut dire : - le HTML strict qui exclut les Ă©lĂ©ments de « prĂ©sentation » puisque qu’il revient au CSS de faire le travail de mise en forme, - le HTML transitionnel accepte quelques balises de prĂ©sentation obsolĂštes hĂ©ritĂ©es du HTML 3, - frameset qui normalise les jeux de cadre, les «frames ». La derniĂšre version de HTML est le HTML 5 publiĂ© en 2012. Il ne remplace pas le HTML 4.1 : les deux standards coexistent. HTML 5 apporte en plus des fonctionnalitĂ©s d’animations complexes, multimĂ©dia avec de l’audio et de la vidĂ©o, etc. jusque-lĂ  assurĂ©es notamment par le logiciel privateur Flash. HTML 5 s’est aussi Ă©loignĂ© du SGML. ### XML le futur du HTML C’est, en tout cas, ainsi que s’intitulait en 1998 un [article (en)](http://xml.coverpages.org/freter19980604.html) de [Todd Freter (en)](https://dssresources.com/papers/features/freter/freter09032004.html) directeur de programme chez Sun Microsystem. DĂ©fini comme un sous-ensemble de SGML, « le XML a Ă©tĂ© conçu pour ĂȘtre facile Ă  mettre en Ɠuvre et interopĂ©rable avec SGML et HTML »[^11]. De fait les syntaxes HTML et XML sont les mĂȘmes. L’une des diffĂ©rences fondamentales entre les deux Ă©tait, au dĂ©part, qu’il Ă©tait possible de dĂ©finir ses propres balises avec XML, mais pas avec HTML. Un comportement qui a Ă©tĂ© modifiĂ© en 2014 pour HTML avec les [Web Components (en)](https://www.w3.org/TR/components-intro/). XML (eXtensible Markup Language) a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ© par un groupe de travail pilotĂ© par le W3C Ă  partir de 1996, avec, comme prĂ©sident, [Jon Bosak (en)](https://www.ibiblio.org/bosak/cv.htm) de Sun Microsystems. Les objectifs, Ă  sa sortie en 1998, Ă©taient les suivants selon la [Recommandation du W3C du 10 fĂ©vrier 1998](http://xml.coverpages.org/xml10-french.html) : > 1. XML devrait pouvoir ĂȘtre utilisĂ© sans difficultĂ© sur Internet ; 1. XML devrait soutenir une grande variĂ©tĂ© d’applications ; 1. XML devra ĂȘtre compatible avec SGML ; 1. Il devrait ĂȘtre facile d’écrire des programmes traitant les documents XML ; 1. Le nombre d’options dans XML doit ĂȘtre rĂ©duit au minimum, idĂ©alement Ă  aucune ; 1. Les documents XML devraient ĂȘtre lisibles par l’homme et raisonnablement clairs ; 1. La conception de XML devrait ĂȘtre prĂ©parĂ©e rapidement ; 1. La conception de XML sera formelle et concise ; 1. Il devrait ĂȘtre facile de crĂ©er des documents XML ; 1. La concision dans le balisage de XML est de peu d’importance. Qu’en est-il aujourd’hui de ces principes ? En fonction de la syntaxe XML du document, s’il est transmis avec le type MIME text/html, il est vu par les navigateurs comme un fichier HTML. En revanche, s’il est transmis avec un type XML MIME, il sera traitĂ© comme un document XML. Dans le deuxiĂšme cas de figure, des erreurs de syntaxe mĂȘme mineures empĂȘcheront un document Ă©tiquetĂ© XML d’ĂȘtre correctement restituĂ© alors qu’elles seraient ignorĂ©es dans la syntaxe HTML. L’objectif 1, n’est donc pas atteint et XML ne remplace dĂ©finitivement pas HTML. En revanche, XML est effectivement trĂšs utilisĂ© : outre les formats ODF et OOXML, c’est le langage sur lequel est basĂ© le format SVG (Scalable Vector Graphics, ou, en français graphique vectoriel adaptable) et c’est le format de rĂ©fĂ©rence pour l’échange de donnĂ©es. Mais, pour ce qui est de la lisibilitĂ© du format par des yeux humains, elle n’est pas toujours au rendez-vous. XML est maintenu par le W3C. La [derniĂšre version (en)](https://www.w3.org/TR/2006/REC-xml11-20060816/) porte le numĂ©ro 1.1, elle est sortie le 29 septembre 2006. ## Langages de balisage lĂ©ger Les langages de balisage lĂ©ger sont conçus pour ĂȘtre facile Ă  utiliser avec un Ă©diteur de texte. La syntaxe en est simple. Le MarkDown, peut-ĂȘtre le plus connu d’entre eux, a Ă©tĂ© créé en 2004 par le programmeur amĂ©ricain [John Gruber](https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Gruber); aidĂ© d’[Aaron Swartz](https://fr.wikipedia.org/wiki/Aaron_Swartz). Il n’a pas subi d’évolution importante depuis. En revanche, il en existe des variantes. John Gruber le dĂ©finit comme :>un outil de conversion de texte en HTML destinĂ© Ă  la rĂ©daction Web. Markdown vous permet d’écrire en utilisant un format de texte brut facile Ă  lire et Ă  Ă©crire, puis de le convertir en XHTML (ou HTML) structurellement valide. [Daring Fireball (en)] (https://daringfireball.net/projects/markdown/). Pour en savoir plus sur la syntaxe MarkDown, on peut, trĂšs profitablement, se rĂ©fĂ©rer au [wiki de LinuxFr.org](https://linuxfr.org/wiki/aide-edition). Il en existe d’autres comme [txt2tags](https://fr.wikipedia.org/wiki/Txt2tags) créé en 2001 ou encore [AsciiDoc (en)](https://asciidoc.org/) dont la premiĂšre version date de 2002. [Txt2tags (en)](https://txt2tags.org/) est un logiciel gĂ©nĂ©rateur de documents Ă©crit en Python et qui utilise un langage de balisage lĂ©ger comme source. Quant Ă  [AsciiDoc](https://blog.oxiane.com/2018/06/13/asciidoc-documentation-as-code/), il se veut un langage particuliĂšrement adaptĂ© Ă  la rĂ©daction de documentations techniques. Il existe aussi le langage de balisage du CMS (gestion de contenu web) [SPIP](https://www.spip.net), nĂ© en 2001. # L’archivage et la conservation des textes Il est ici, Ă©videmment question des formats d’archivage des textes, avec ou sans images, tableaux, formules de mathĂ©matiques, etc. Avant d’aborder cette question : une dĂ©finition s’impose. Il ne s’agit pas des formats dits d’archives de type .zip, .rar, .tar etc. Archiver les textes c’est, dans ce contexte, pouvoir les conserver et y accĂ©der sans avoir besoin de l’application qui a servi Ă  les gĂ©nĂ©rer. Et ce soit en conservant la mise en page d’origine, comme pour le PDF, soit en laissant Ă  l’outil de lecture la main pour la mise en page. Chaque format a ses spĂ©cificitĂ©s. Mais de toute façon : >un bon format de prĂ©servation, c’est un bon format tout court. Outils open source nombreux, mĂ©tadonnĂ©es internes bien foutues, dĂ©marche collective de normalisation... [Bertrand Caron](https://digipres.club/@BertrandCaron/111839032056946571), archiviste numĂ©rique Ă  la BnF, janvier 2024. ## EPUB L’EPUB, pour Electronic PUBlication, est un format de document numĂ©rique qui n’est pas destinĂ© Ă  l’impression. L’une de ses spĂ©cificitĂ©s est, notamment, de laisser Ă  l’utilisatrice ou l’utilisateur le choix du rendu du fichier. Il existe, toutefois, un mode « fixed-layout » qui fige la mise en forme de l’EPUB. Ce mode a Ă©tĂ© conçu pour les publications qui nĂ©cessitent que la mise en page soit respectĂ©e, comme certaines publications scolaires. Mais cela rĂ©clame une mise en page adaptĂ©e aux tailles des Ă©crans des appareils de lecture. EPUB a succĂ©dĂ© au format OeB (Open eBook). Au dĂ©part, gĂ©rĂ© par l’International Digital Publishing Forum (IDPF) qui sera intĂ©grĂ© au W3C en 2017. La premiĂšre version sort en 2007, suivie, en 2010 par l’EPUB2 et, en 2011, par l’EPUB3. Il a Ă©tĂ© trĂšs vite adoptĂ©. Aujourd’hui les deux versions coexistent, l’EPUB2 prĂ©dominant encore sur l’EPUB3. Le format est basĂ© sur XML et sur HTML. Un fichier EPUB est un fichier zip qui contient plusieurs fichiers et rĂ©pertoires dont un dossier `META-INF` qui contient un fichier `container.xml`, ce dossier n’apparait pas quand on gĂ©nĂšre un fichier Ă  partir de Sigil d’ailleurs. Les fichiers de texte sont au format XHTML. Qu’apporte l’EPUB3 par rapport Ă  l’EPUB2 ? Les Ă©volutions concernent principalement l’accessibilitĂ© et l’intĂ©gration de contenus audio ou vidĂ©o. Ainsi les formules de mathĂ©matiques qui, en EPUB2 sont converties en images, donc illisibles sans yeux, sont gardĂ©es en tant que telles avec EPUB3. Les liseuses ne supportent pas forcĂ©ment toutes les fonctions, notamment multimĂ©dias. Il est possible d’y ajouter diffĂ©rents types de marquage ou de verrous : les DRM Adobe, chĂšres et complexes, les DRM LCP, trĂšs pratiques pour le prĂȘt des livres en bibliothĂšque ou encore des filigranes qui n’imposent aucune limitation aux EPUB. L’apposition d’une DRM a un EPUB est, en principe, une dĂ©cision Ă©ditoriale. Il semble nĂ©anmoins que [certaines librairies Ă©prouvent le besoin d’en rajouter](https://linuxfr.org/news/l-ecriture-et-l-image-des-ages-farouches-au-texte-electronique#toc-les-textes-et-documents-qui-ont-servi-%C3%A0-alimenter-cette-d%C3%A9p%C3%AAche). Il convient donc d’ĂȘtre vigilant quand on achĂšte un EPUB si on veut Ă©viter d’avoir un livre avec une DRM. [Le livre numĂ©rique reprĂ©sente 10,1 % du chiffre d’affaires de l’édition française en 2023](https://aldus2006.typepad.fr/mon_weblog/2024/06/le-format-numerique-du-chiffre-de-l-edition-2023.html), ce qui inclut les EPUB et les PDF. La version la plus rĂ©cente du format EPUB et l’[EPUB3.3](https://www.w3.org/fr/press-releases/2023/epub33-rec/) sortie en mai 2023. Elle est devenue une [Recommandation W3C (en)](https://www.w3.org/TR/epub/). ## PDF L’objectif du format PDF a contrario de celui de l’EPUB est le respect de la mise en page du fichier qui a servi Ă  le gĂ©nĂ©rer. De ce fait, il n’est pas trĂšs lisible sur une liseuse ou sur un tĂ©lĂ©phone. La naissance du PDF remonte Ă  1991 et elle est due Ă  John Warnock cofondateur d’Adobe. La premiĂšre version de ce format est sortie en 1992. À l’époque c’était assez fou de pouvoir accĂ©der Ă  un fichier avec sa mise en page d’origine sans qu’il soit nĂ©cessaire d’avoir l’application qui avait servi Ă  le gĂ©nĂ©rer. Il deviendra un standard ouvert gĂ©rĂ© par l’ISO en 2008, numĂ©ro ISO 32000. En fait il n’existe pas un, mais plusieurs formats PDF dont : - PDF/A pour l’archivage, - PDF/E pour les documents techniques, - PDF/X pour l’impression, - PDF/UA pour l’accessibilitĂ© universelle, - ou encore des formulaires FDF. La version PDF/A-3 permet d’incorporer le fichier d’origine au PDF : dans l’export PDF de LibreOffice, cela s’appelle un PDF hybride. Cela donne un fichier qui pĂšse deux fois plus lourd, grosso modo, minus le poids des polices embarquĂ©es, que le PDF « simple ». Et, si on ouvre le PDF Ă  partir de l’application qui a servi Ă  le crĂ©er, ou si on clique sur « Cliquer pour les afficher » (ou Ă©quivalent) dans un lecteur de PDF qui le permet, ici Okular, on ouvre le fichier d’origine. Mais, Ă©videmment, quand on le modifie ça ne modifie pas le PDF. Il faut soit gĂ©nĂ©rer un nouveau PDF soit l’écraser. À savoir, il n’y a que quatorze polices standard PDF, en fait **seulement** cinq fontes diffĂ©rentes avec leurs variantes, gras, italiques : Courrier, Helvetica, Times Roman, Symbol et Zapf Dingbats. Il est donc trĂšs important, quand on gĂ©nĂšre un PDF d’incorporer les polices au fichier **Ă  condition que cela soit permis par la licence des polices**. Pour ne pas alourdir le fichier, il est suggĂ©rĂ© de n’incorporer que les polices utilisĂ©es dans le document. Avec LibreOffice, vous pouvez configurer cela soit en gĂ©nĂ©rant le PDF, soit, de prĂ©fĂ©rence, la premiĂšre fois que vous enregistrez le fichier, c’est dans l’onglet « Police » des propriĂ©tĂ©s dudit fichier. Si vous utilisez un modĂšle, la case peut avoir Ă©tĂ© cochĂ©e dans le modĂšle et il ne sera pas nĂ©cessaire de le faire. # Kurinto une histoire de chasses La chasse, en typographie, est l’encombrement d’un caractĂšre : largeur plus approche (espace autour). Pour un mĂȘme corps de caractĂšre (sa hauteur), elle peut varier selon les polices, ce qui, Ă©videmment, peut changer, voire, chambouler, complĂštement un document créé avec une police et pour lequel on a changĂ© la typographie. La collection de polices [Kurinto (en)](https://kurinto.com/) a Ă©tĂ© dessinĂ©e Ă  la fois pour couvrir un large Ă©ventail de langues et de systĂšmes d’écriture et dans l’optique de pouvoir remplapcer les polices Microsoft avec des glyphes qui ont la mĂȘme chasse. Si vous cherchez des polices au dessin Ă©lĂ©gant pour remplacer des fontes comme le couple Arial/Times New Roman, avoir aussi des typographies Ă  chasse fixe ou lĂ©gĂšrement fantaisie, l’ensemble de polices Kurinto est un bon choix qui offre en prime une bonne cohĂ©rence entre les diverses polices. Elles sont sous licence SIL. ![DĂ©clinaison des noms des polices Kurinto permettant de voir leurs chasses respectives](https://i.ibb.co/mc7sBfC/kurinto.webp) # Les textes et documents qui ont servi Ă  alimenter cette dĂ©pĂȘche Les rĂ©fĂ©rences sont donnĂ©es Ă  peu prĂšs dans leur ordre d’apparition dans le texte. Ils sont tous accessibles en ligne et, de prĂ©fĂ©rence, en français. Volontairement, il y a un minimum de rĂ©fĂ©rences Ă  WikipĂ©dia. Ce n’est pas tout Ă  fait exhaustif, mais ça vous fera dĂ©jĂ  pas mal de lecture. Par exemple, je n’ai pas citĂ© le blog de [StĂ©phane Bortzmeyer](https://www.bortzmeyer.org/) qui m’a bien servi Ă  dĂ©fricher le terrain. ## Les formats matĂ©riels - Sur les [rouleaux](https://rotulus.hypotheses.org/?s=rangement) notamment leur rangement. Le site Rotulus est consacrĂ© aux rouleaux mĂ©diĂ©vaux. - [Guide pratique du compositeur d’imprimerie](https://archive.org/details/guidepratiqueduc00lef), ThĂ©otiste LefĂšvre, un guide considĂ©rĂ© longtemps comme une, si pas LA, rĂ©fĂ©rence en matiĂšre de typographie et d’imprimerie. Paru en 1855, il fera l’objet de multiples Ă©ditions, les derniĂšres en 2000. Aujourd’hui encore, ses pages sur la typographie peuvent servir de rĂ©fĂ©rences. ThĂ©otiste LefĂšvre Ă©tait le fils d’un apprenti compositeur. Il commencera comme ouvrier en imprimerie pour devenir une figure clĂ© du secteur. Sa fille deviendra correctrice. La version du guide donnĂ©e en tĂ©lĂ©chargement sur le site archive.org est d’assez mauvaise qualitĂ©. De toute façon, avec le texte brut ou la piĂštre qualitĂ© de la reconnaissance des caractĂšres on perd absolument tout ce qui fait l’intĂ©rĂȘt du livre qui donne beaucoup d’exemples. - Sur [les formats A](https://www.format-papier.fr/). Le site donne les dimensions des feuilles de papier en centimĂštres et en pixels. ##Les formats numĂ©riques (texte et archivage) - [Alignement, direction, sens du texte et Writer](https://dutailly.net/alignement-direction-sens-du-texte-et-writer), avril 2024, pour retrouver la chronologie qui sert d’illustration et d’ossature Ă  cette partie. Elle sert de base Ă  un tutoriel qui vous permettra d’en refaire d’autres [couplĂ© Ă  celui-ci](https://dutailly.net/et-si-on-faisait-des-chronologies-horizontales-avec-writer). - [About US (en)](https://www.oasis-open.org/org/) et [Membres d’OASIS (en)](https://www.oasis-open.org/members/), OASIS Open. - [Le standard ODF 1.3](https://www.oasis-open.org/2021/06/16/opendocument-v1-3-oasis-standard-published), OASIS, avril 2021. Il est Ă©galement possible d’acheter la version 1.2 au prix de 215 CHF sur le site de l’ISO. - [OASIS Open Europe Foundation (en)](https://www.oasis-open.eu). - [Le langage SGML : vue d’ensemble et derniers progrĂšs](http://xml.coverpages.org/charlebois.html), George Charlebois, Flash RĂ©seau, numĂ©ro 3, dĂ©cembre 1994. - [Court historique du HTML](http://www.gtro.net/historique.php), mars 2014. - [SpĂ©cifications HTML (en)](https://html.spec.whatwg.org/#introduction), WHATWG, juillet 2024. - [Fiches format BnF](https://github.com/hackathonBnF/FichesFormat/wiki), des fiches qui sont vraiment bien faites et elles donnent une indication des volumes des formats dans les collections de la BnF. - [Document de politique de conversation BnF (pdf)](https://bnf.hal.science/hal-03374030). - [Histoire de l’ebook #9 - L’EPUB devient le format standard] (https://actualitte.com/article/100989/reportages/histoire-de-l-ebook-9-l-epub-devient-le-format-standard), Marie Lebert, 23 juin 2021. - [PDF. Trois lettres qui continuent de changer le monde](https://www.adobe.com/fr/acrobat/about-adobe-pdf.html), Adobe. - [PDF hybride : LibreOffice, OpenOffice et PDF](https://www.abracadabrapdf.net/format_pdf/pdf-hybride/openoffice-et-pdf/), JR Boulay, juin 2024. ##La police - [RĂšgles et usages de typographie française (pdf)](https://orbi.uliege.be/bitstream/2268/298446/1/R%C3%A8glesTypographiquesSyllabus-Purnelle.pdf), GĂ©rald Purnelle, UniversitĂ© de LiĂšge, mai 2024. # Postambule La prochaine dĂ©pĂȘche de la sĂ©rie devrait ĂȘtre moins longue (pas difficile) et portera sur le code avant Unicode. Elle parlera donc aussi de football. Comme toujours, vos suggestions sont apprĂ©ciĂ©es. [^1]: MOLINIER A. « Les manuscrits et les miniatures », BnF Gallica: Librairie Hachette, 1892. Disponible sur : [BnF Gallica](https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k201347m.r=Auguste%20Molinier?rk=21459;2.) en PDF ou en texte brut. [^2]: L’exemple est reproduit Ă  partir du petit guide de Charles-Lucien Huard [La Typographie](https://numericoach.net/La-Typographie-de-Charles-Lucien-Huard). [^3]: Pour rappel, un RFC (Request For Comments) est un document qui dĂ©finit [les normes techniques sur les lesquelles s’appuient le rĂ©seau Internet](http://www.rfc.fr). [^4]: ANDRÉ Jacques, « CaractĂšres, codage et normalization. De Chappe Ă  Unicode », [Document numĂ©rique, 2002/3-4 (Vol. 6), p. 13-49. DOI : 10.3166/dn.6.3-4.13-49.](https://www.cairn.info/revue-document-numerique-2002-3-page-13.htm). [^5]: [Les formats de texte](https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=https%3A%2F%2Fwww2.ulb.ac.be%2Fcours%2Facohen%2Ftravaux_2006_infodoc%2Fformat_fichier%2Ftexte.html#federation=archive.wikiwix.com&tab=url), archives. [^6]: [Wiki de LibreOffice](https://wiki.documentfoundation.org/Faq/General/045/fr). [^7]: À noter qu’OpenOffice, compte tenu de son absence d’évolution [ne supporte pas la norme ODF 1.3](https://cwiki.apache.org/confluence/display/OOOUSERS/ODF+1.3+Changes). [^8]: [Office Open XML – DĂ©finition](https://www.techno-science.net/glossaire-definition/Office-Open-XML.html). [^9]: Pour tout dire, mon gestionnaire d’archives Engrampa est incapable d’ouvrir un fichier .docx et l’explication du site, qui n’est pas un site officiel, me semble trĂšs touffue. [^10]: LittĂ©ralement : « set of macros to let you do many things ».[What is the difference between TeX and LaTeX? (en)](https://tex.stackexchange.com/questions/49/what-is-the-difference-between-tex-and-latex). [^11]: [Langage de balisage extensible (XML) 1.0](http://xml.coverpages.org/xml10-french.html), Recommandation du W3C, 10 fĂ©vrier 1998.

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