URL: https://linuxfr.org/news/mais-ou-est-donc-la-revolution-des-imprimantes-3d Title: Mais où est donc la révolution des imprimantes 3D ? Authors: Oliver ZeroHeure, Excellence3d, Davy Defaud, BAud, palm123, Benoît Sibaud, M5oul, Nÿco, Jiehong, jcr83, lamiricore, Anonyme, thoasm, Jehan, ariasuni, Julien.D, Pierre Jarillon, bubar🦥, Anthony Jaguenaud et zurvan Date: 2014年06月07日T23:18:50+02:00 License: CC By-SA Tags: diy et imprimante3d Score: 40 Depuis quelque temps déjà on nous annonce la révolution des imprimantes 3D. Mais, dans notre vie quotidienne, toujours rien ! Mais où est donc cette révolution ? Ceux qui possèdent une imprimante 3D ont une approche un peu différente de la consommation. Par exemple, quelqu’un de chez [CKAB](http://ckab.com/) s’est fabriqué un autre bouton de pantalon, certains ont facilement réparé leur chasse d’eau ou un autre objet en plastique. La plupart des objets deviennent réparables. :-) Pour les professionnels aussi c’est une approche différente, par exemple en cuisine, remplacer le plastique par une pâte, comme la pâte à pain ou une [pâte de chocolat](http://www.lesimprimantes3d.fr/shapelize-imprimante-3d-chocolat-100-mag-m6/). Et cette révolution est d’autant plus importante qu’elle est animée par l’esprit du partage et de l’_open hardware_. ---- [Projet RepRap](http://reprap.org/wiki/RepRap/fr) [L’arbre généalogique des RepRap](https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Reprap_Family_Tree.png) [ IRC francophone](http://forums.reprap.org/read.php?110,150790) ---- La révolution en marche ======================= De plus en plus de particuliers s’offrent une imprimante 3D (≈ 1000 €), de plus en plus d’entreprises se créent sur ce secteur, les passionnés s’organisent en _fablabs_ et des objets libres peuvent être dupliqués : - [appareil photo](http://www.framablog.org/index.php/post/2013/08/13/libre-appareil-photo-impression-3d) ; - ... - et puis... - euh, non, rien. ;-) Il y a aussi la possibilité de faire du prototypage rapide pour les projets industriels, beaucoup plus facilement et rapidement. Par exemple, le projet de caméra cinéma ouverte [Apertus AXIOM a pu créer des prototypes de son futur boîtier en taille réelle](https://www.facebook.com/ApertusOSC/posts/978856845477230). Cela ouvre la création matérielle, même à objectif final professionnel et industriel, à bien plus de gens. Bientôt, au lieu de jeter un appareil électroménager, nous pourrons fabriquer la pièce défectueuse... À condition que les plans des objets soient librement disponibles (oui, c’est vrai : combien de fois un petit élément en plastique se casse, comme dans sa chasse d’eau, et plus rien ne fonctionne correctement). Et c’est bien cet esprit de matériel ouvert qui permet d’éviter que des industriels monopolisent l’innovation en brevetant les systèmes. Ainsi, le projet [RepRap](http://reprap.org/) partage sous licence libre des imprimantes 3D qui sont capables de s’auto‐dupliquer, excepté les tiges métalliques et circuits électroniques (mais cela viendra peut‐être). En pas libre, des sociétés proposent d’imprimer des objets proposés par des créateurs très _geeks_ matheux comme des [fractales 3D](https://www.shapeways.com/product/UDQ9ERSTA/fractal-cube-based-on-beta-function?li=search-results-1&optionId=2309156), des [polygones réguliers](https://www.shapeways.com/product/URGVLU4RG/inversion-of-225-truncated-octahedra?li=search-results-3&optionId=43834315) et autres [pavages hexagonaux projetés à la bougie](https://www.shapeways.com/search?q=stereographic)... Il devient aussi possibles d’imprimer des figurines pour les _geeks_ de types _board game_, etc., ouvrant la voix à un modèle économique pour le jeu de plateau libre ? Retour aux sources ================== Les RepRaps sont nées de l’idée d’un professeur anglais qui a décidé que cette impression 3D, inventée même avant le noyau Linux, devait l’être pour tous. L’engouement des passionnés a fait le reste et, devant ce succès, sont nées des machines grand public prêtes à l’emploi. Mais ce sont bien les RepRaps qui ont permis deux choses : - rassembler des citoyens pour défendre la liberté de créer des objets ; - définir les standards techniques. Dans ce domaine, le monde du Libre joue, avec des leviers considérables, de tous ces atouts (rapidité et flexibilité des modèles, contributions ultra‐actives, recherches pointues et audacieuses !), laissant souvent derrière les industriels les plus motivés. Et c’est tant mieux, car cela a déjà permis d’imposer le consommable sous forme de bobine et non pas en cartouches munies de puces ! Rien que ça, c’est une titanesque victoire ! États des lieux entre brevets et communautés libres =================================================== D’un côté, nous avons de plus en plus d’entreprises qui se créent pour répondre aux besoins d’autres entreprises et institutions de créer des objets décoratifs, intelligents et connectés. C’est le cas de la jeune _start‐up_ CKAB, qui a bien voulu répondre à nos questions. Il y a aussi les fabricants d’imprimantes 3D qui sont tentés de déposer des brevets pour affaiblir les marges d’innovation des concurrents, puis monopoliser le marché pour pratiquer ses propres tarifs, et ainsi pérenniser ou augmenter leurs revenus. Tous les industriels n’ont pas ce comportement, mais comme d’autres le pratiquent (et que c’est légal), pourquoi s’en priver ? Parmi les concurrents, de l’autre côté, nous avons les particuliers qui s’émancipent et partagent librement leur passion. Ce sont des communautés rassemblées le plus souvent en _fablabs_, mais aussi des particuliers qui s’équipent chez eux tels des artisans. Tous ne viennent pas du monde du logiciel libre (pour ne pas dire presque pas). Mais tous ont goûté la satisfaction de l’entraide, du partage des sources et des bienfaits de l’_open hardware_. # Entretien avec Romain Pouzol, directeur des opérations de la société CKAB **Cette jeune start‐up CKAB est revendeur officiel de la marque d’imprimantes 3D Makerbot et propose également la conception et la fabrication d’objets plus ou moins complexes.** ## D’où est venue l’idée de créer CKAB ? Lorsque le matériel _open source_ (ou libre, attention _#troll_inside_) est apparu, porté par l’émergence du financement participatif, non seulement on a relativement décloisonné certaines technologies, mais en plus et surtout, on a ouvert un univers d’usages collaboratifs, circulaires, inédits et virtuellement infinis. En d’autres termes, l’OSHW nous a donné le pouvoir de dématérialiser, de transformer et de re‐matérialiser notre environnement physique. Dès lors, nous avons commencé à explorer cet univers des possibles, d’abord par la voie de la petite électronique _open source_ par le biais de notre _e-shop_ _Hackable-Devices_ (transféré et intégré depuis sur _CKAB.io_), puis par la voie des imprimantes 3D de bureau. Pour être tout à fait clair, ce n’est pas la technologie en tant que telle qui nous intéresse au premier plan, ce sont les usages que l’on peut en faire. Et sur ce point, je ne vois pas comment le monde privatif pourrait rivaliser, à terme, avec le monde ouvert. À titre plus personnel, ce sont plus particulièrement les répercussions au plan politique — au sens strict du terme — qui m’intéressent. Je vois en l’impression 3D la même lame de fond d’« _empowerment_ » des masses que celle que l’on a connue avec les médias sociaux, à la différence près que, cette fois, on fait disparaître toute frontière entre environnement matériel et immatériel. Ma conviction est que si les ténors du secteur n’embrassent pas dès maintenant le phénomène de la fabrication numérique, les consommateurs le feront pour eux et, là, oui, les industriels souffriront. CKAB se définit aujourd’hui comme « l’agence de la fabrication numérique et des objets intelligents ». Et il suffit de nous rendre visite (1 place Saint‐Gervais — 75004 Paris) pour se rendre compte que, si nous sommes une entreprise commerciale et non un _FabLab_, notre environnement ressemble plus au laboratoire du professeur Tournesol qu’à de cliniques bureaux d’import‐export d’électronique. ## Quelle est la première activité ou l’activité la plus lucrative ? Au début de l’activité, les ventes d’imprimantes 3D portaient la société. Sauf erreur de ma part, CKAB a été, avec notre partenaire belge de l’époque, l’importateur historique de MakerBot en Europe. On a donc la petite fierté de compter parmi les rares à avoir mis les mains sur les cinq générations de machine... et à les avoir bien modifiées. Aussi fou que cela puisse paraître, je crois que nous sommes les seuls à avoir pris la peine de, par exemple, traduire l’interface de la machine en français. Ce n’était clairement pas un immense exploit, mais le plus cocasse est qu’aucun de nos confrères ne semble s’être donné la peine de reprendre notre travail pour un portage en allemand, espagnol, etc. C’est assez révélateur de l’état d’esprit du marché. Cela était prévisible mais reste dommage. Aujourd’hui, ce sont nos activités de conseil et d’évènementiel qui sont les plus importantes. Non pas que nous ne vendons plus de machines, mais plutôt que l’acquisition du matériel intervient en fin de parcours. Nous avons dorénavant affaire au responsable du bureau d’étude, au CTO, voire à des achats stratégiques décidés au niveau de la direction générale. Dans le secteur public, nous sommes passés d’achats isolés de tel ou tel collège ou lycée à des investissements portés par des régions, des académies ou encore des ministères. Les équipements sont donc plus réfléchis, mais ne nous y trompons pas, les entreprises restent très souvent perdues dans la jungle. C’est sur ce point que nous intervenons : établir la (non) pertinence directe de ces technologies pour l’entreprise, les accompagner dans une phase exploratoire en prototypant produit ou service et, enfin, si nécessaire, les équiper avec le matériel adéquat et former les collaborateurs. CKAB représente aujourd’hui une cellule de veille technologique qui performe parce qu’elle dispose d’un savoir et d’un savoir‐faire tant du côté _software_ que du côté _hardware_. Pour autant, si l’on a travaillé dur pour gagner la confiance de groupes tels que Safran, Air Liquide, Chanel, Auchan, Renault, etc., nous ne voulons surtout pas perdre les relations que nous entretenons avec les PME et les artisans, car ce sont aussi, voire surtout, ces entreprises qui, de par leur souplesse inhérente à leur taille, sont à la source de l’innovation dans notre cher pays. Et quitte à paraître un peu prétentieux, je pense qu’assez rares sont les entreprises qui peuvent se permettre ce grand écart, surtout quand on est une équipe qui vient tout juste de passer à trois personnes. :-) ## À quel point le secteur est‐il en croissance ? La recherche est très active, en particulier dans le domaine de la santé. L’avenir (15 à 25 ans) nous réserve de très belles choses. On parle d’impressions de tissus vivants, d’organes, de prothèses et si l’on a un peu d’imagination et que l’on associe la bio‐impression 3D aux nanotechnologies, on verse rapidement dans l’humain augmenté, le trans‐humanisme, la fameuse singularité. À ce niveau expérimental, l’_open source_ fonctionne à plein régime et m’est avis que si 2016 verra de nombreux _FabLabs_ et assimilés fermer, on verra également un essor de lieux tiers orientés biologie, tels que le _bio‐hackerspace_ _La Paillasse_ à Paris. La recherche un peu plus appliquée est également en ébullition depuis quelques années. Il reste de nombreux obstacles à lever et tous ne sont pas de nature technique mais, globalement, les efforts sont portés sur le passage du prototypage à celui de la production d’objets finis ; qu’il s’agisse d’outillage rapide ou de sous‐ensembles présents dans des biens de consommation. Au niveau des particuliers, certes les machines s’améliorent et peuvent se simplifier — ce qui est souvent synonyme d’un enfermement dans une prison dorée avec une perte de contrôle conséquente sur le matériel —, mais il n’y a pas de révolution. On reste par exemple toujours ou presque sur du dépôt de filament fondu, donc une seule matière et une seule couleur. À ce niveau, l’_open source_ est moteur avec tout ce que cela sous‐entend en termes de collaboration. Il suffit d’examiner [l’arbre généalogique du mouvement _RepRap_](http://reprap.org/wiki/RepRap_Family_Tree) pour s’en rendre compte : plus de 400 projets ; et encore, cela ne couvre que 2006-2012 ! Et je ne parle même pas des machines qui tirent parti du _firmware_ _open source_ [_Marlin_](http://reprap.org/wiki/Marlin), mais qui ne sont pas des _RepRap_ pour autant car pas [OSHW](http://www.oshwa.org/). À côté de cela, je fais partie des personnes qui ne pensent pas que chaque famille Michu aura une imprimante 3D chez soi à court voire à moyen terme. En effet, même si l’on pose l’hypothèse que le matériel sera accessible financièrement et techniquement parlant, même si l’on admet que les matériaux seront disponibles pour tous, reste la question de la CAO. Dessiner un objet véritablement utile en 3D est quelque peu plus complexe que d’ouvrir son traitement de texte... Certes des solutions logicielles apparaissent, mais ce n’est pas la panacée. En ce sens, les machines qui clament haut et fort un comportement _plug’n play_ sont soit de quasi‐jouets, soit sont techniquement capables mais tellement castrées par un logiciel privatif que leur usage est des plus restreints. Au niveau de cette dernière strate, on voit donc beaucoup d’agitation mais beaucoup moins de choses réellement innovantes, fonctionnelles et pérennes ; ce qui est normal, car elles appellent un marché qui ne répond pas. De là à dire que l’impression 3D n’impactera jamais le grand public, il y a un pas que je me garde bien de franchir. Nous avons quelques idées mais, ça, c’est une autre question... ;-) ## Y a‐t‐il de la place pour d’autres entreprises dans ce secteur ? Le marché de la distribution de matériel est devenu très concurrentiel, malheureusement parce que certains ont évidemment fait le choix de la chasse au dernier euro au détriment de la qualité du matériel et du service, ce qui a tiré une bonne partie du marché vers le bas. Démarrer aujourd’hui une activité de revente de machines me semble donc compliqué. En revanche, il y a encore de la place dans le secteur de la conception de machines, même si partir la fleur au bout du fusil avec un [produit minimum viable (MVP)](https://fr.wikipedia.org/wiki/Produit_minimum_viable) financé par _crowdfunding_ est aujourd’hui relativement illusoire. ## Quelle est la philosophie de Makerbot ? Avant son rachat par Stratasys (2^(e) acteur mondial) en 2012 pour 400 M,ドル Makerbot travaillait pour et avec les _makers_. Grosso‐modo, on peut dire que si l’on cherchait une machine de bureau qui fonctionne bien pour en faire un usage professionnel, il n’y avait que MakerBot qui comptait. Depuis le rachat, il y a eu de nombreux changements de stratégie et de direction générale, la ligne directrice est plus floue. Trop souvent les produits n’ont pas été en phase avec le marketing. En guise d’exemple, CKAB ne vend quasiment pas d’imprimantes 3D MakerBot de 5^(e) génération, nous préférons l’avant‐dernière génération : moins chère, plus silencieuse, plus rapide, plus évolutive, plus performante. Ces machines de 4^(e) génération sont par ailleurs toujours _open source_ au niveau du _firmware_, et nous les avons bien transformées au niveau matériel ; ce qui fait que, même 3 ans après leur sortie, les _Replicator2_ améliorées par CKAB comptent toujours parmi les meilleures machines du marché. Je ne vais pas m’attarder sur les dessous de l’affaire, je vous conseille de lire ces quelques articles : - [_MakerBot vs. Open Source – A Founder Perspective_](http://www.hoektronics.com/2012/09/21/makerbot-and-open-source-a-founder-perspective/) ; - [_Zach Hoeken on leaving MakerBot and his future_](http://www.hive76.org/hoeken) ; - [_Is One of Our Open Source Heroes Going Closed Source?_](http://makezine.com/2012/09/19/is-one-of-our-open-source-heroes-going-closed-source/) ; - et de regarder le documentaire [_Print the legend_](http://printthefilm.com/), [_N. D. M. : lien vers le site du film_]. ## Quelle est la part de marché de Makerbot ? Je ne saurais le dire précisément. Je pense qu’ils sont toujours les premiers au plan mondial, même si la 5^(e) génération de machines leur a fait du mal. Quoi qu’il en soit, ils ont les ressources pour atteindre leurs objectifs. ## Quelles relations avec l’_open hardware_, les licences libres, les forums d’entraide, les _fablabs_ ? Si l’on parle de MakerBot, plus aucune à ma connaissance depuis le rachat par Stratasys. Si l’on parle de CKAB, nous ne sommes pas des sectaires du Libre ou du propriétaire, mais tant que faire se peut, on essaye de travailler avec des composants ouverts, qu’il s’agisse de logiciel ou de matériel. Quand on développe des prototypes d’objets intelligents pour nos clients, il ne s’agit pas forcément de payer moins cher telle ou telle brique logicielle ou matérielle, mais plutôt de bénéficier de documentation, de souplesse d’utilisation, de partage... Bref, d’efficacité. Quant à donner en retour, on privilégie les actions concrètes sur le terrain plutôt qu’en ligne : atelier de soudure, prix doux pour _fablabs_, etc. ## Que conseiller aux lecteurs de _LinuxFr.org_ pour s’y mettre ? Tout dépend de ce que vous cherchez. Si vous souhaitez vous amuser à bidouiller — au sens noble du terme — une imprimante 3D, alors on pourra vous conseiller, mais CKAB ne sera probablement pas votre interlocuteur commercial. En revanche, si vous préférez avoir un outil stable bien qu’ouvert, donc évolutif, et vous concentrer sur les objets qui sortiront de votre machine, alors on sera probablement beaucoup plus en phase. En ce qui concerne l’électronique, nous avons quelques joyeusetés en boutique, mais nous ne cherchons pas à concurrencer Selectronics ou SparkFun. Nous avons des compétences de _sourcing_, de développement _soft_ et _hard_, donc on peut accompagner pas mal de projets. En tout état de cause, je recommanderais une bonne dose de patience enrobée de logique, quelques épices de passion, voire de folie, le tout baignant dans un nuage d’imagination. N’hésitez pas à nous rendre visite, sur rendez‐vous : - 1 place Saint‐Gervais — 75004 Paris, chez les Compagnons du Devoir ; - métro _Pont‐Marie_ ou _Hôtel de ville_ ; - tél : +33 1 85 09 96 42 ; - courriel : . Faire ses premiers pas, la communauté, les fablabs ================================================== - [Documentation libre sur l’impression 3D](//linuxfr.org/news/manuels-libres-sur-les-fablabs-et-l-impression-3d) (dépêche _LinuxFr.org_) ; - [Quel logiciel de DAO/CAO en 3D ?](//linuxfr.org/users/zragg/journaux/impression-3d-oui-mais-avant-il-faut-bien-dessiner-mon-enfant) (journal _LinuxFr.org_). # Avantages et inconvénients de l’impression 3D ## Technologies actuelles Les imprimantes 3D sont utilisées depuis plusieurs décennies pour la réalisation de prototypes. En effet, de manière générale, une pièce mécanique est d’abord conçue en CAO, prototypée, puis modifiée pour pouvoir la produire grâce aux méthodes traditionnelles (extrusion, moulage, etc.). Aujourd’hui, que ce soit par [[stéréolithographie]] ou SLA, [[frittage sélectif par laser]] ou SLS, ou tout autre procédé dit additif, voici les avantages : - possibilité de créer des pièces infaisables autrement (sphères internes, porosité pré‐calculée, etc.) ; - rapidité relative pour la création de pièces à petit tirage ; - coûts en chute libre. Néanmoins, les impressions 3D ne sont pas très utilisées pour produire massivement pour plusieurs raisons : - lenteur pour produire des pièces à la chaîne ; - consommation énergétique très élevée ; - sécurité particulière (atmosphère sous argon pour certains processus, toxicité des poudres nanométriques nécessaires en intrants, etc.). En outre, toutes les technologies additives fabriquent des pièces non isotropes, et mécaniquement peu viables. En effet, une pièce mécanique possède ainsi une résistance différente dans la direction perpendiculaire au plan d’impression par rapport au plan d’impression. L’état de surface est rugueux _par définition_, mais l’état interne est identique. Or, il est connu des mécaniciens que tout angle vif est le siège le plus propice d’un développement d’une fracture de la pièce : il est possible d’utiliser cette propriété pour faire en sorte qu’une pièce casse à un endroit privilégié, et ainsi augmenter la sécurité. Mais avec une pièce contenant des irrégularités internes partout, il est impossible de faire confiance à cette pièce. ## Demain Ne nous voilons pas la face : tant qu’il faudra plusieurs heures ou jours pour fabriquer un produit, il est peu probable que cette technique s’impose pour la production de masse. Néanmoins, on voit émerger de nouveaux produits tels ceux de l’entreprise [Carbon3D](http://carbon3d.com/), qui permettent de produire des objets en polymères quelconques (même élastiques), de manière continue (aucune strate affaiblissante), et surtout de 25 à 100 fois plus rapidement (inspiré par _Terminator 2_). Bref, les possibilités restent limitées par l’imagination humaine, mais j’attends personnellement que quelqu’un vienne avec une batterie où les anodes et cathodes sont des fractales tridimensionnelles pour faire un petit bond en densité d’énergie ! Conclusion : gare aux brevets ! =============================== Les années 90 ont vu le grand public s’équiper d’imprimantes 2D (encre sur papier). Un phénomène similaire peut aussi de se produire avec les imprimantes 3D, propulsant le grand public dans l’économie du partage. La révolution serait alors la possibilité de créer et partager pour un coût « abordable ». Comme pour le logiciel libre, le succès viendra des réseaux sociaux de partage des sources comme [_GitHub_](http://www.github.com). Mais, comme le logiciel libre, la menace est celle des brevets qui risquent de verrouiller l’innovation. C’est déjà le cas avec les codecs : nous en sommes toujours au JPEG standardisé en 1992 et le grand public ne profite pas librement des avancées majeures du [JPEG 2000](https://fr.wikipedia.org/wiki/JPEG_2000) ou du [H.265/HEVC](https://fr.wikipedia.org/wiki/H.265/HEVC "High Efficiency Video Coding"), car quelques pays puissants (États‐Unis, Japon) autorisent les brevets logiciels. Et dans le monde des imprimantes 3D, c’est pire, car les brevets matériels sont autorisés, même en Europe. Donc, ce sont les libertés des citoyens qui se jouent dans cette révolution. Est‐ce que le grand public s’appropriera ces nouvelles technologies des imprimantes 3D et entrera dans l’économie du partage. Ou est‐ce que nos gouvernements se laisseront séduire par les lobbys pour verrouiller le marché ?

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