URL: https://linuxfr.org/news/je-cree-mon-jeu-video-e05-de-retour-de-la-paris-games-week Title: Je crée mon jeu vidéo E05 : de retour de la Paris Games Week Authors: rewind palm123, Benoît Sibaud et claudex Date: 2013年11月11日T13:22:02+01:00 License: CC By-SA Tags: gamedev Score: 37 «Je crée mon jeu vidéo» est une série d'articles sur la création d'un jeu vidéo, depuis la feuille blanche jusqu'au résultat final. On y parlera de tout : de la technique, du contenu, de la joie de voir bouger des sprites, de la lassitude du développement solitaire, etc. Vous pourrez suivre cette série grâce au [tag gamedev](http://linuxfr.org/tags/gamedev/public). Dans l'[épisode 04](http://linuxfr.org/news/je-cree-mon-jeu-video-e04-paf-les-collisions), on a parlé des moteurs physiques et de Box2D en particulier. Depuis, je n'ai pas eu beaucoup de temps à consacrer à mon jeu. Donc, pour cet épisode, on va parler d'un truc qui n'a absolument rien à voir : la Paris Games Week. ---- [Akagoria, la revanche de Kalista](https://gitorious.org/akagoria) [le tag gamedev](http://linuxfr.org/tags/gamedev/public) [Paris Games Week](http://www.parisgamesweek.com/) ---- Le 1er et le 2 novembre dernier, je suis allé à la Paris Games Week à Paris. Qu'est-ce qu'on en retire quand on est comme moi en train de faire un jeu vidéo sur son temps libre ? À la fois beaucoup et pas grand chose. # Confusion ## Un autre monde Autant le dire tout de suite, les jeux présentés à la Paris Games Week n'ont absolument rien à voir avec ce qu'un [amateur](http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeu_vid%C3%A9o_amateur) dans mon genre peut produire. Mais vraiment rien à voir, pas juste par les moyens mis en œuvre, mais aussi par l'esprit. C'est comme comparer la Ligue 1 de football avec une bande de copains qui fait un match le dimanche. Ce n'est pas le même monde, pas les mêmes codes, pas les mêmes contraintes : ce n'est simplement pas la même chose. Même si on va un peu plus loin et qu'on regarde les [développeurs indie](http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeu_vid%C3%A9o_ind%C3%A9pendant), ils vivent également dans un autre monde que celui des jeux vidéos commerciaux des grands studios. Et je pense qu'un développeur indie se rapproche plus d'un amateur que d'un grand studio par l'esprit. ## Les métiers du jeu vidéo Ce qui m'a le plus frappé, c'est une présentation des métiers du jeu vidéo, organisé par le [Syndicat National du Jeu Vidéo](http://www.snjv.org/). En guise d'introduction, on avait droit à une [vidéo présentant les métiers du jeu vidéo](http://www.youtube.com/watch?v=3_HVvBQqwhw), avec Marcus en guise de présentateur. Puis une sorte de témoignage avec des créateurs indépendants de jeu vidéo. Que dit cette vidéo ? Tout d'abord, Marcus nous replonge dans le passé des premiers jeux vidéo, le temps où les jeux étaient faits par des petites équipes, voire des personnes uniques, et n'étaient pas encore vus comme une industrie. Puis on revient au présent, où les tâches ont été découpées, rationalisées et spécialisées. Le SNJV a d'ailleurs produit un [référentiel où sont décrits les différents métiers du jeu vidéo](http://www.snjv.org/fr/industrie-francaise-jeu-video/metiers-jeu-video.html). Vient alors la question de l'embauche et des formations, puisqu'étant relativement nouveau, ce domaine n'est pas encore bien délimité et qu'il existe de nouveaux métiers (game designer, level designer, etc). Enfin, les principales qualités nécessaires pour travailler dans le jeu vidéo sont listées : implication, motivation, passion, créativité, curiosité, travail en équipe, flexibilité. Que veut faire comprendre cette vidéo ? Peu importe le nombre d'heures, peu importe les bas salaires, puisqu'on s'amuse en faisant un jeu vidéo, c'est fun, et on a la passion. Et ne pas hésiter à emmener son travail chez soi, pour continuer à se former et à faire de la veille ! Et commencer bien avant d'être embauché, hein ! Bref, vous vous en doutez, je n'ai pas beaucoup aimé cette manière de présenter les choses. Comme les majors du disque font appel à l'image d'Épinal du musicien seul dans son grenier en train de mourir parce qu'on télécharge ses œuvres, le SNJV joue sur l'image des pionniers qui étaient certes des passionnés mais qui évoluaient dans un monde totalement différent. Si on leur avait dit qu'on investirait [des centaines de millions d'euros](http://www.lefigaro.fr/jeux-video/2013/09/16/03019-20130916ARTFIG00229--gtav-le-jeu-video-le-plus-cher-de-l-histoire.php) dans un jeu dont la moitié en marketing, ils nous auraient sans doute pris pour des tarés. Et quand on sait que l'industrie du jeu vidéo est, en France et dans le monde, la première industrie du divertissement (oui, devant le cinéma et la musique), on se dit qu'il y a de l'argent et que ça paraît bizarre que ceux qui font le travail admettent qu'ils sont mal payés. On en revient à nos deux mondes. J'estime (et vous pouvez ne pas être d'accord) que les salariés des jeux vidéos croient travailler dans le monde des pionniers et des jeux indie alors qu'en fait, ils sont ailleurs et que le SNJV entretient cette confusion. Je ne leur jette pas la pierre, ils sont sans aucun doute de bonne foi en présentant leur métier, on est à mon sens dans un cas typique d'[aliénation](http://fr.wikipedia.org/wiki/Ali%C3%A9nation). Le final est d'ailleurs éclairant, après avoir montré les petites mains, on voit ceux qui sont derrière le fameux référentiel : le président du SNJV et le président de [Capital Games](http://capital-games.org/), qui se veut être le représentant des entreprises du jeu vidéo en Île-de-France. Ces deux personnes dénotent complètement par rapport au reste. Et il suffit de se rendre sur la page de Capital Games pour se rendre compte de la supercherie, on ne vous propose pas des formations techniques sur le jeu vidéo, on vous propose de [vous expliquer comment bénéficier du crédit d'impôt](http://capital-games.org/fr/2013/11/04/atelier-credit-impot-innovation-application-pour-le-jeu-video/) ! Vient alors le témoignage, dans la même veine. Et la question que toute l'assemblée se pose arrive alors naturellement : «quelle est la meilleure formation pour travailler dans le jeu vidéo ?» Et là, nos deux protagonistes de reprendre le couplet sur la passion et le travail à la maison, et ensuite aller voir une des écoles présentes sur le salon. ## Les «écoles» Les écoles m'ont autant plu que la vidéo du SNJV, c'est vous dire. J'avais, il est vrai, un à priori négatif sur ces écoles. Étant enseignant-chercheur en informatique dans une université, je vois toujours d'un très mauvais œil ces formations privées qui sont souvent de très mauvaise qualité. Mais quand bien même, j'ai rangé mon arbalète à trolls et je suis allé à la pêche aux renseignements auprès de ces stands. Une surprise parmi ces stands, une formation dans une université, à Polytech Nice : le [master MAJE (Management de projets en jeux vidéo)](http://www.master-maje.fr/). Pas vraiment une formation technique (développement ou graphisme) mais bon, je ne m'attendais pas à voir une formation universitaire classique au milieu. Et d'ailleurs, ils mettent bien l'accent sur le fait qu'ils sont une formation d'une université publique. Le reste, et bien, pas grand chose de vraiment surprenant. Des écoles privées, qui coûtent un bras à l'année, et qui proposent surtout de former des bons petits soldats aux dernières technologies en vogue. Les quelques lignes concernant les maths ne font pas illusion. Toutes ces formations proposent des stages intensifs d'une ou plusieurs semaines à temps plein sur des projets de jeux vidéo. Temps plein, ici, ça veut sans doute dire sans dormir, pour les habituer à leur futur métier. Honnêtement, qui peut faire du bon travail dans ces conditions ? Personne. J'affirme que pour faire du jeu vidéo, même la plus moisie des formations universitaires est bien mieux que n'importe laquelle de ces écoles. Parce qu'à l'université, on n'apprend pas (que) des technologies, on apprend à apprendre, on apprend des concepts réutilisables dans beaucoup de situations, peu importe la technologie. Et donc, on forme des gens qui, sur le long terme, sauront évoluer. Il est d'ailleurs étonnant de voir que la plupart des protagonistes de la vidéo sont jeunes, ce qui indique qu'il y a un gros [turnover](http://fr.wikipedia.org/wiki/Rotation_de_l'emploi) dans ces boîtes. Mais l'arnaque la plus grosse, c'est que quasiment aucune de ces écoles ne délivre de diplôme reconnu par l'État. Et oui, c'est bien une arnaque, surtout quand on vient de voir la vidéo du SNJV. Il ne faut pas être naïf, le SNJV sait ce qu'il fait. Son référentiel, ce n'est pas pour orienter les ado geeks du salon qui rêvent de travailler dans le jeu vidéo, c'est avant tout pour créer des grilles de salaires, comme dans n'importe quelle autre [branche professionnelle](http://fr.wikipedia.org/wiki/Branche_professionnelle). Et qui dit grille de salaire dit qualification et donc diplôme (reconnu par l'État). Je suis désolé de voir tant de jeunes se précipiter dans ces stands avec plein d'illusions. J'avais vraiment envie de leur dire : n'y allez pas, allez à l'université, ça vaudra mieux pour vous. Ces écoles vendent du rêve mais certainement pas un avenir. # Une belle vitrine Bon, allez, je vais arrêter d'être aigri. J'ai quand même passé un bon moment là-bas. Parce qu'au delà de ces choses très agaçantes, il y a quand même de beaux joujoux technologiques qui font plaisir à tous les joueurs. ## PS4 Une des attractions de ce salon était bien évidemment la PS4 avec un grand espace dédié et tout un tas de démos. Il faut le dire tout de suite, on voit la différence à l'œil nu au niveau graphique. La [profondeur de champ](http://fr.wikipedia.org/wiki/Profondeur_de_champ) est vraiment spectaculaire, les effets visuels sont bluffants, le réalisme des scènes commencent à se rapprocher des cinématiques. J'ai tout d'abord joué à Assasin's Creed 4, qui est déjà sorti sur PS3 et qui sortira également sur PS4. Niveau technique, il ne doit donc pas y avoir beaucoup de différence, et pourtant, la version PS4 rend beaucoup mieux, grâce à de nombreux petits détails visuels inexistants sur la version PS3. C'est tout simplement beau et fluide. Je crois que je me suis laissé convaincre d'investir dans une PS4 grâce à ce jeu mais peut-être [pas dès sa sortie](http://www.youtube.com/watch?v=2rIJmGj4g-s). Ensuite, j'ai joué à Lego Marvel, et là encore une sacré claque visuelle. On pourrait se dire qu'un jeu Lego, ça ne demande pas beaucoup de resources, et c'est sans doute vrai. Mais quand on voit le décor se refléter parfaitement dans la tête brillante d'un personnage, on se dit que la puissance est quand même utilisée. J'ai aussi pu tester Drive Club qui a l'air d'être un mauvais clone de Need For Speed, je n'ai pas grand chose à en dire de plus. ## Kinect Je ne voulais pas mourir idiot et je me suis donc prêté au jeu de me ridiculiser avec Kinect, plus particulièrement avec Kinect Star Wars. Dur, dur. Impossible d'avoir une maîtrise de ce qu'on fait. Que ce soit avec un sabre laser ou au volant d'un pod, on a vraiment l'impression de ne rien contrôler. On s'agite, on se bouge mais au final, rien ne se passe comme prévu et les choses arrivent plus par hasard que par une réelle volonté du joueur. Je vais repasser en mode aigri quelques instants, mais je trouve vraiment que le Kinect est une régression en matière d'interface de jeu vidéo. Certes, c'est techniquement plus avancé, mais ça n'a pas la richesse de ce qu'on peut faire avec un joystick, ou une manette. La WiiMote avait déjà pris cette voie, mais il restait quand même quelques boutons sur la WiiMote qui permettait un minimum de précision dans les commandes. Là, on n'a plus rien, les mouvements détectés sont grossiers. Ce qui fonctionne à peu près pour un jeu de danse ne fonctionne plus du tout pour un jeu de combat ou un jeu de course. ## Retrogaming Enfin, je vais finir par le stand qui m'a sans doute le plus amusé : le stand [retrogaming](http://fr.wikipedia.org/wiki/Retrogaming). Au centre, il y avait une version à dix joueurs simultanés de Bomberman, sorti à l'époque sur Saturn. La file d'attente ne désemplissait pas. J'ai pu rejouer au mythique Sega Rally, sorti également sur Saturn et sur borne d'arcade (il existe encore dans certaines salles de jeux vidéo). Il y avait également des NeoGeo, des Nes, toute en parfait état de fonctionnement. Bref, une retombée en enfance qui fait du bien au milieu des autres milliards de polygones par seconde. # Conclusion Quelle conclusion tirer de cette incursion ? Pour mon jeu, quasiment aucune, si ce n'est qu'un jeu n'est pas amusant parce qu'il est technique, et qu'un bon concept, même avec des graphismes datés, peut encore procurer du plaisir au joueur. Il va donc falloir s'y remettre maintenant.