URL: https://linuxfr.org/news/interview-de-sebastien-rohaut-auteur-de-livres-notamment-sur-linux Title: Interview de SĂ©bastien Rohaut, auteur de livres notamment sur Linux Authors: Ysabeau đŸ§¶ Davy Defaud et bubarđŸŠ„ Date: 2020ćčŽ07月11æ—„T15:42:16+02:00 License: CC By-SA Tags: opensuse, libreoffice, ubuntu, fedora, openoffice, firefox et compiz Score: 32 [SĂ©bastien Rohaut](https://linuxfr.org/users/slyce) est un « vieil habituĂ© » de _LinuxFr.org_ (vingt ans, mazette !), [IngĂ©nieur DiplĂŽmĂ© Par l’État](https://linuxfr.org/users/slyce/journaux/partage-d-experience-comment-je-suis-devenu-ingenieur-diplome-par-l-etat-a-44-ans) (fĂ©licitations, une fois de plus, pour ce titre). Il nous a gratifiĂ© rĂ©cemment d’un [excellent journal sur les systĂšmes embarquĂ©s pour voiture](https://linuxfr.org/users/slyce/journaux/tomtom-sdcard-et-systeme-embarque-acceder-au-systeme-de-fichiers). SĂ©bastien est aussi un auteur de livres sur l’informatique aux [Ă©ditions ENI](https://www.editions-eni.fr), un Ă©diteur cher Ă  notre cƓur puisqu’il est l’un de ceux grĂące auxquels les personnes qui contribuent au site peuvent gagner un livre. Il vient de mettre Ă  jour son livre _[Linux : maĂźtrisez l’administration du systĂšme](https://www.editions-eni.fr/livre/linux-maitrisez-l-administration-du-systeme-6e-edition-9782409025716)_, qui en est Ă  sa sixiĂšme Ă©dition. Il a, en outre, rĂ©cemment Ă©crit une mise Ă  jour (la sixiĂšme, elle aussi), de celui sur la [prĂ©paration Ă  la certification LPIC‐1](https://linuxfr.org/redirect/106599). Dans son catalogue, on retrouve Ă©galement des livres sur l’algorithmique, notamment avec Python. Pour tout dire, je crois bien que SĂ©bastien est un grand bosseur, et, s’il Ă©crit ses livres comme il a rĂ©pondu Ă  cette interview, ils doivent se lire facilement et agrĂ©ablement. ---- [La bibliographie de SĂ©bastien](https://www.editions-eni.fr/sebastien-rohaut) [Son dernier journal sur les systĂšmes embarquĂ©s](https://linuxfr.org/users/slyce/journaux/tomtom-sdcard-et-systeme-embarque-acceder-au-systeme-de-fichiers) [Le livre « Linux : maĂźtrisez l’administration du systĂšme »](https://www.editions-eni.fr/livre/linux-maitrisez-l-administration-du-systeme-6e-edition-9782409025716) [Le livre « Linux : prĂ©paration Ă  la certification LPIC‐1 »](https://www.editions-eni.fr/livre/linux-preparation-a-la-certification-lpic-1-examens-lpi-101-et-lpi-102-6e-edition-9782409024962) ---- **Qu’est‐ce qui t’a donnĂ© l’idĂ©e d’écrire ton premier livre ? Sur quoi portait‐il et est‐il toujours disponible ?** C’était en 2005. J’étais idĂ©aliste et quasiment certain, vu l’incroyable qualitĂ© des environnements de bureau (notamment KDE 3) et des distributions qui sortaient en cette pĂ©riode, que Le Grand Jour allait rapidement arriver : l’avĂšnement de Linux en tant que systĂšme d’exploitation pour poste de travail et PC Ă  la maison, Ă©tait proche, Windows n’avait qu’à bien se tenir ! J’avais créé un groupe d’utilisateurs Linux, appelĂ© Slyunix, autour d’un site Web communautaire qui fonctionnait plutĂŽt bien, j’avais organisĂ© une grosse _Linux party_ au sein d’une Ă©cole qui avait rĂ©uni plus de 250 personnes, et je mourrais d’envie de convertir le grand public. Alors je me suis dit qu’écrire un livre pour aider les gens Ă  passer de Windows Ă  Linux serait bien pratique. Je me suis basĂ© sur l’une des distributions les mieux intĂ©grĂ©es et faciles Ă  l’époque, SUSE Linux, et j’ai Ă©crit _SUSE Linux 10.1 — de Windows Ă  Linux par la pratique_, qui couvrait l’histoire de Linux, l’installation, la configuration de KDE, la bureautique, Internet, le multimĂ©dia, le shell, la personnalisation, le dĂ©pannage, mais aussi XGL et Compiz pour le bureau 3D. C’était la grande classe ! On trouve encore l’annonce sur _LinuxFr.org_ : . Outre l’idĂ©alisme, il y a une seconde raison qui m’a poussĂ© Ă  Ă©crire : le besoin de reconnaissance professionnelle. En 2005, je ne m’épanouissais pas dans mon travail (j’étais chef de projet dans l’informatique dĂ©cisionnelle, un peu contre mon grĂ©), je voulais ĂȘtre ingĂ©nieur systĂšme mais mon employeur (SSII) rechignait Ă  me changer de poste et les autres sociĂ©tĂ©s demandaient de l’expĂ©rience. J’ai alors forcĂ© le destin : j’ai passĂ© une certification Linux, j’ai Ă©crit mon premier livre, et mon prĂ©cĂ©dent boss chez mon client, ayant repris une Ă©quipe d’intĂ©gration systĂšme, m’a donnĂ© ma chance. Une de ces trois composantes aurait manquĂ©, que je ne serais pas lĂ  oĂč je suis aujourd’hui. Il faut aussi penser Ă  la logique financiĂšre, mĂȘme si les sommes perçues sont parfois assez faibles par rapport au travail fourni... **Comment as‐tu trouvĂ© un Ă©diteur ?** L’association Slyunix, dont j’étais le prĂ©sident, avait un emplacement au salon Solutions Linux 2005. C’est un grand et bon souvenir, ce village des associations. Les Ă©ditions ENI y Ă©taient aussi, et leurs reprĂ©sentants avaient fait le tour des stands avec une liste de sujets pour lesquels ils recherchaient des auteurs. J’ai donnĂ© mon adresse, puis ils m’ont recontactĂ©. AprĂšs un essai d’une vingtaine de pages, nous avons pu discuter sujet et contenu, c’est parti comme ça. Ça fait quinze ans de collaboration. **Qu’est‐ce qui fait que tu vas Ă©crire un livre sur un sujet ou un autre ?** Il y a deux possibilitĂ©s : soit je propose un sujet, soit l’éditeur pioche dans son vivier d’auteurs pour lui proposer la rĂ©daction d’un nouveau livre ou d’une mise Ă  jour. Le premier, sur SUSE Linux et le passage de Windows Ă  Linux, me tenait Ă  cƓur. Pareil pour le livre sur la haute disponibilitĂ© : c’était mon cƓur de mĂ©tier Ă  l’époque, j’ai proposĂ© le sujet et j’ai mis beaucoup de temps Ă  l’écrire. C’était compliquĂ©, trop peut‐ĂȘtre, il n’a pas eu beaucoup de succĂšs. Pour ceux sur l’algorithmique (j’ai Ă©tĂ© dĂ©veloppeur pendant de nombreuses annĂ©es) ou la mise Ă  jour du livre sur Ubuntu, c’est l’éditeur qui me l’a proposĂ©. Pareil pour mon pavĂ© sur la certification LPIC1 et l’administration systĂšme : c’est une proposition qui est tombĂ©e lorsque j’ai Ă©tĂ© certifiĂ© et ça tombait pile au bon moment pour eux. Et moi, qui Ă©tait aussi professeur d’Unix Ă  l’époque, ça m’a beaucoup plu. C’est devenu une rĂ©fĂ©rence dans plusieurs pays francophones et hispanophones. **Avec quels outils Ă©cris‐tu tes livres, est‐ce que cela a changĂ© au cours du temps ? Et pourquoi ces logiciels ? Est‐ce que l’éditeur t’impose un format particulier ?** J’ai Ă©crit des livres avec OpenOffice, puis LibreOffice, et Microsoft Word. Je fais mes schĂ©mas avec LibreOffice Draw ou draw.io. Depuis que j’utilise un Mac, j’ai tendance Ă  dĂ©laisser LibreOffice qui souffre de quelques soucis de performances m’empĂȘchant de l’utiliser dans de bonnes conditions (utilisation processeur avec les Ă©crans _Retina_), et c’est trĂšs malheureux tant cette suite bureautique est de qualitĂ©. L’éditeur est agnostique, il peut fournir des feuilles de style pour les deux suites. La relecture et les corrections se font avec le format PDF, donc n’importe quel bon lecteur PDF permettant les annotations et le surlignage suffit. Les feuilles de style sont rigoureuses, elles permettent d’avoir une vue du plan et du rĂ©sultat final. Le plus dur est d’arriver Ă  faire entrer les sorties de terminal dans la largeur indiquĂ©e, il faut rĂ©guliĂšrement tricher. Je dois tester tous mes exemples sur plusieurs distributions, parce j’ai rĂ©guliĂšrement de trĂšs mauvaises surprises selon les choix faits par les Ă©diteurs, surtout lorsqu’il s’agit d’une mise Ă  jour d’un livre, et c’est quelque chose qui m’énerve beaucoup, le manque d’homogĂ©nĂ©itĂ© selon les distributions, que ce soit pour des composants systĂšme comme les configurations de _systemd_, ou des commandes simples, comme _cal_ ou _nc_, dont les syntaxes varient. Sympa pour les scripts... J’ai donc soit des machines physiques en amorçage multiple (merci GRUB et [Clover](https://sourceforge.net/p/cloverefiboot/wiki/Home/)), soit plusieurs machines virtuelles VirtualBox ou KVM via libvirt, gĂ©nĂ©ralement une dizaine, avec plusieurs distributions (Fedora, CentOS, Ubuntu, openSUSE), parfois dans plusieurs versions. C’est aussi le souci avec certains livres : il faut garantir que le contenu s’applique Ă  des distributions vieilles de plusieurs annĂ©es mais encore supportĂ©es en entreprise, ce qui implique par exemple de devoir encore expliquer init System V ou [Upstart](https://fr.wikipedia.org/wiki/Upstart). **Tu as aussi coĂ©crit des livres. Dans ce cas, comment se passe le travail de rĂ©daction ? Qui dĂ©cide de qui va Ă©crire avec qui ? Toi ? L’éditeur ? Le hasard ?** Jusqu’à prĂ©sent, c’était le hasard. Quand un auteur ne souhaite plus mettre Ă  jour son livre, par exemple s’il manque de temps ou a changĂ© d’orientation professionnelle, l’éditeur va chercher quelqu’un pour le faire Ă  sa place. C’est ce que j’ai fait pour le livre sur Ubuntu. De mĂȘme, j’ai lĂąchĂ© les mises Ă  jour des livres d’algorithmique, quelqu’un d’autre a pris le relais. C’est ainsi que sur l’édition suivante, deux noms apparaissent : l’auteur original, et celui qui a procĂ©dĂ© Ă  la mise Ă  jour. Et si j’arrĂȘte, mon nom finit par disparaĂźtre lui aussi. En revanche, j’ai comme projet de réécrire le livre sur la haute disponibilitĂ©. C’est devenu tellement ardu que j’ai proposĂ© une double Ă©criture, avec un ancien collĂšgue et ami. C’est encore en projet, mais dans ce cas, ce sera la premiĂšre fois que je choisirai avec qui Ă©crire. Nous avons dĂ©jĂ  travaillĂ© ensemble sur de nombreux documents et prĂ©sentations (en _meet‐up_ par exemple), et soit nous travaillerons ensemble sur un mĂȘme chapitre, soit chacun Ă©crira le chapitre dont il aura la responsabilitĂ©. **En moyenne pourrais‐tu nous donner une estimation du temps que cela prend d’écrire un livre, ou le mettre Ă  jour ?** Trop ! En dĂ©marrant de zĂ©ro, il faut compter quatre Ă  six mois pour environ cinq cents pages une fois en rayon. Ce n’est pas du temps plein : je travaille et j’ai une vie de famille. Je m’y colle gĂ©nĂ©ralement le soir et les week‐ends. Disons, une trentaine d’heures par semaine. Je m’accorde aussi des jours de repos. Et c’est selon la complexitĂ© du sujet. Une mise Ă  jour est plus rapide, disons deux mois. Je trouve que c’est plus compliquĂ© de mettre Ă  jour que de partir d’une page blanche : il faut rĂ©installer tous les environnements, tester Ă  nouveau et rĂ©actualiser la plupart des exemples, en trouver des nouveaux, creuser chaque nouveautĂ©, etc. Surtout, surtout, il ne faut pas Ă©crire d’ñneries, avec une date limite Ă  tenir. Et Ă  chaque fois, j’hĂ©site Ă  supprimer du contenu, que je trouve toujours pertinent, et le livre grossit Ă  chaque nouvelle Ă©dition. C’est ainsi que de cinq cent cinquante pages Ă  l’origine, le livre de certification a largement dĂ©passĂ© les neuf cents pages. C’est long et parfois dĂ©courageant, mais il faut s’accrocher, jusqu’à la sortie finale. **Comment es‐tu rĂ©munĂ©rĂ©, perçois‐tu des droits d’auteurs en fonction du nombre de vente, un forfait ? Est‐ce que cela rĂ©munĂšre le temps passĂ© Ă  la rĂ©daction, par exemple si on se base sur le montant horaire du SMIC[^1] (il faut bien donner une base, et celle‐ci est objective) ? Peux‐tu nĂ©gocier le montant de ta rĂ©munĂ©ration ?** Tout d’abord une prĂ©cision : on ne devient pas riche en Ă©crivant des livres techniques. En tout cas, pas moi. Il y a trois formules de rĂ©munĂ©ration disponibles : une commission sur chaque livre vendu, disons n % du prix de vente hors taxes, une formule mixte avec une partie forfaitaire et un pourcentage, n/2 % sur les ventes, ou un forfait fixe, dont le montant est dĂ©fini selon la collection. On est mieux rĂ©munĂ©rĂ© dans une collection sur les certifications, par exemple. Que le livre fasse quatre cents pages ou neuf cents pages, c’est le mĂȘme tarif. Depuis le dĂ©but, je privilĂ©gie le forfait, partant du principe qu’il vaut mieux tenir que courir : on ne sait pas si le livre va bien se vendre et ça fait un revenu complĂ©mentaire. Disons qu’un livre complet va prendre quatre cents heures Ă  Ă©crire, sur quatre mois. Au SMIC horaire actuel (10,15 euros), si je prends le forfait, alors ça va me rapporter un peu plus que ça pour la collection _Certifications_, mais moins pour une collection _Ressources Informatiques_. Avec le recul, les livres sur l’administration et la certification se sont vendus Ă  plusieurs dizaines de milliers d’exemplaire sur les dix derniĂšres annĂ©es. J’aurais dĂ» prendre la commission sur chaque livre vendu... **Est‐ce que c’est toi qui dĂ©cides de quel livre Ă©crire ou est‐ce ton Ă©diteur ?** J’ai dĂ©jĂ  rĂ©pondu dans la troisiĂšme question. Les deux. :) **Apparemment, tu n’as qu’un seul Ă©diteur ? Est‐ce un choix dĂ©libĂ©rĂ© ?** Je n’ai jamais cherchĂ© Ă  changer d’éditeur. Aucun autre Ă©diteur (de livres) ne m’a d’ailleurs approchĂ©. Jusqu’en 2013, j’écrivais des articles pour _[PlanĂšte Linux](http://www.dppresse.com/)_, et d’autres magazines m’avaient approchĂ©, j’ai dĂ©clinĂ©. Je reste fidĂšle Ă  ceux qui m’ont accordĂ© leur confiance. **Sous quel rĂ©gime tes livres sont publiĂ©s : droits d’auteur « classiques », licence de type Creative Common par exemple ? Est‐ce un choix dĂ©libĂ©rĂ© de ta part ?** Ce sont des droits d’auteur classiques. Je n’ai pas choisi, je n’ai jamais rĂ©flĂ©chi Ă  la question, d’ailleurs. Et je ne pense pas avoir le choix. Il faudrait voir directement avec l’éditeur. **Peux‐tu nous dire quel est l’état de ta rĂ©flexion sur le droit d’auteur et les licences de type Creative common ?** Tout ce que je publie hors Éditions ENI est soit sous licence Creative Commons (comme les dĂ©pĂȘches de _LinuxFr.org_, non ?), soit, s’il s’agit de code, sous GPL : ce qu’il y a sur mon dĂ©pĂŽt GitHub, mes contributions Ă  des projets existants comme des modules Ansible, etc. Si le public trouve un quelconque intĂ©rĂȘt Ă  rĂ©utiliser mon travail, alors tant mieux. Il arrive aussi que je tombe sur des parties complĂštes de mes docs (notamment mes supports de cours de PHP, de shell et d’administration systĂšme) sur divers sites, alors que je n’avais pas spĂ©cifiĂ© de licence particuliĂšre, mais gĂ©nĂ©ralement ce sont des PDF et mon nom y est prĂ©sent, je n’y vois aucun inconvĂ©nient. Si je devais choisir une licence, ce serait CC BY‐SA : on garde son nom sur l’Ɠuvre, et chaque personne est libre de l’adapter en y ajoutant son nom. Concernant ce qui est publiĂ© par les Editions ENI, il s’agit d’une Ɠuvre commerciale. Tout ce que j’écris et mets Ă  jour pour eux reste dans ce cadre. Cependant, il est possible que pour les ouvrages non rééditĂ©s, tombant en dĂ©suĂ©tude, je puisse rĂ©clamer la restitution de mes droits et, dans ce cas, je pourrais envisager d’en libĂ©rer certaines parties. Tiens, il va falloir que j’en parle avec mon Ă©diteur... **Si l’on regarde ton catalogue, on voit que tes livres ne sont disponibles que sous deux formes : papier ou en ligne, pas de format EPUB par exemple. Est‐ce un choix de ta part ?** Non, c’est le choix par dĂ©faut de mon Ă©diteur. Cela dit, on peut imprimer la version en ligne au format PDF. En tout cas, ça fonctionnait il y a quelques annĂ©es. Je ne pense pas que l’éditeur apprĂ©cierait de voir les PDF ou EPUB diffusĂ©s sur divers canaux alternatifs (mĂȘme si c’est parfois le cas). **Comment cela se passe avec l’éditeur ? Par exemple, est‐ce qu’il te tient au courant du nombre de ventes ? Est‐ce qu’il te demande de participer Ă  des opĂ©rations de promotion des livres ; es‐tu rĂ©munĂ©rĂ© pour ce faire ?** Ça se passe trĂšs bien. Nous avons des contacts rĂ©guliers, par courriel ou tĂ©lĂ©phone. J’ai aussi eu l’occasion de me dĂ©placer dans leurs locaux (Ă  cĂŽtĂ© de Nantes) et de les rencontrer sur les salons. Le nombre de vente ne m’est communiquĂ© que si je le demande, avec parfois de bonnes surprises, mais aussi des dĂ©ceptions. L’éditeur a une Ă©quipe trĂšs performante de personnes dĂ©diĂ©es aux relations avec les auteurs, et assure un suivi rĂ©gulier avant, pendant et aprĂšs l’écriture d’un livre. Pareil pour les correcteurs : certains ont la capacitĂ© d’analyser en profondeur les exemples et de trouver des coquilles, comme ce fut le cas lors de ma derniĂšre mise Ă  jour oĂč j’avais recommencĂ© plusieurs fois une manipulation et mĂ©langĂ© les rĂ©sultats... La promotion est effectuĂ©e par l’éditeur auprĂšs des organes habituels (presse, vente en ligne, chaĂźnes de librairies, grandes chaĂźnes, etc.) mais demande aux auteurs de diffuser aussi de leur cĂŽtĂ©, par exemple sur les rĂ©seaux sociaux ou les sites spĂ©cialisĂ©s. J’ai aussi participĂ© Ă  une sĂ©ance de dĂ©dicace. Tout ceci n’est Ă©videmment pas rĂ©munĂ©rĂ©. Mais, j’ai eu aussi la chance d’organiser une formation pour l’institut de formation ENI qui, elle, a Ă©tĂ© rĂ©munĂ©rĂ©e. **Tu nous a rĂ©galĂ© rĂ©cemment d’un trĂšs intĂ©ressant [journal sur les systĂšmes embarquĂ©s pour voiture](https://linuxfr.org/users/slyce/journaux/tomtom-sdcard-et-systeme-embarque-acceder-au-systeme-de-fichiers), lequel s’est, de surcroĂźt, comme souvent sur _LinuxFr.org_, attirĂ© des commentaires intĂ©ressants. Quand tu Ă©cris un livre, tu n’as pas ce genre de retour immĂ©diat, est‐ce frustrant ? As‐tu nĂ©anmoins des contacts avec tes lecteurs ?** Les visiteurs sur _LinuxFr.org_ sont gĂ©nĂ©ralement des gens techniques, comme la plupart des passionnĂ©s de Linux et de logiciels libres, et les journaux techniques attirent les commentaires. Et le plus surprenant, c’est que les commentaires, eux, ne sont gĂ©nĂ©ralement pas techniques, ouvrent souvent des dĂ©bats (ou des trolls) ou fournissent des anecdotes. Le partage se fait souvent dans les commentaires. C’est enrichissant. Je poste peu, mais j’apprĂ©cie beaucoup les retours d’expĂ©rience, sur les miennes et celles des autres. Je pense que je vais Ă©crire d’autres journaux. Pour les livres, c’est Ă©videmment diffĂ©rent. En fait, c’est stressant, car les commentaires qui me sont remontĂ©s le sont soit quand un lecteur trouve une coquille (ce qui arrive, malheureusement), soit via les commentaires sur les sites de vente en ligne, comme Amazon ou la FNAC. Et c’est stressant ! Quand je tombe sur des commentaires Ă  trois Ă©toiles ou moins, je suis perturbĂ©... jusqu’à ce que je m’aperçoive que c’est une critique sur un dĂ©faut d’impression ou le format du livre imprimĂ©... J’ai eu la chance jusqu’à prĂ©sent d’avoir de bonnes critiques. Il y a aussi de bonnes surprises, comme ce lecteur qui m’a attendu une fois Ă  la sortie de l’école oĂč je donnais cours pour me remercier, ceux qui me contactent directement par courriel pour me poser des questions, ceux qui m’ajoutent sur LinkedIn, ceux qui laissent des remerciements sur mon livre sur un article de mon Ă©diteur, ceux que j’ai pu croiser sur des salons... Ceux qui me touchent le plus et qui me rendent fier sont les personnes qui me remercient car ils ont obtenu un job ou leur certification Ă  l’aide de mon livre. **Au niveau professionnel, quels logiciels libres utilises‐tu, sur quel systĂšme d’exploitation ?** Depuis 2006, de passionnĂ© de Linux « Ă  la maison » j’ai basculĂ© dans le systĂšme Unix professionnel : ingĂ©nieur systĂšme, Ops, DevOps, Tech Lead d’une plate‐forme « digitale », dans cet ordre. Jusqu’en 2013, mon poste de travail Ă©tait sous Linux, avec bien Ă©videmment tous les outils qui allaient avec. Depuis 2013, mon employeur me fournit un Mac. Je dois avouer qu’Aqua est exactement le bureau que je voudrais sur un Linux, mais j’utilise Thunderbird, Firefox, iTerm2 et le gestionnaire de paquets [Brew](https://brew.sh/index_fr) qui sont libres. CĂŽtĂ© serveur maintenant, ce n’est que du Linux, Ă©videmment ! La plate‐forme numĂ©rique que je gĂ©rais Ă©tait constituĂ©e d’environ deux cents serveurs, essentiellement sous Ubuntu LTS, et sous Red Hat (pour [OpenShift](https://fr.wikipedia.org/wiki/OpenShift)), avec des outils libres : HAProxy, NGINX, Jenkins, [Quagga](https://quagga.net/), [Keepalived](https://keepalived.org/index.html), Ansible, Docker, Kubernetes, [Pacemaker](https://fr.wikipedia.org/wiki/Pacemaker_(logiciel)), etc. Seules entorses au Libre : l’achat de licences OpenShift pour le support ([PaaS](https://fr.wikipedia.org/wiki/Platform_as_a_service "Platform as a service — Plate‐forme en tant que service") basĂ©e sur Kubernetes), et [F5](https://fr.wikipedia.org/wiki/F5_Networks) BIG‐IP (pour le [WAF](https://fr.wikipedia.org/wiki/Web_application_firewall "Web Application Firewall"), mais c’est sous Linux aussi). **Quelle est ta distribution GNU/Linux prĂ©fĂ©rĂ©e et pourquoi, quels sont tes logiciels libres prĂ©fĂ©rĂ©s ?** openSUSE et Fedora, sans aucune hĂ©sitation. openSUSE, c’est de la grande qualitĂ©. J’utilise beaucoup Fedora en ce moment, parce que c’est la seule qui ne casse pas ma configuration UEFI Ă  l’installation. Ubuntu est sympa au premier abord, mais quand on creuse... AĂŻe... Ubuntu a tout de mĂȘme rĂ©ussi Ă  flinguer ma NVRAM, ça m’a bien refroidi... CĂŽtĂ© logiciels libres et poste de travail, outre les classiques (Firefox, Thunderbird, LibreOffice, etc.) j’apprĂ©cie Ă©normĂ©ment Kodi, que j’installe partout (macOS, Linux et Android), [HandBrake](https://handbrake.fr/), VLC, le bureau KDE, draw.io, KeePassXC, htop, Kid3, GIMP, Horos, Dolphin (l’émulateur) et Wine. Il en manque. CĂŽtĂ© serveur, ce serait trop long, mais j’en ai citĂ© une partie dans ma prĂ©cĂ©dente rĂ©ponse. **Quelle question aurais‐tu adorĂ© qu’on te pose (Ă©videmment, tu peux y rĂ©pondre) ?** Est‐ce que Linux a changĂ© ma vie ? Oui : depuis que je l’ai dĂ©couvert en 1994 (pour avoir un compilateur C gratuit), c’est Ă  la fois la source de ma passion et de mon mĂ©tier, je n’aurais jamais pu m’épanouir dans ma vie active sans Linux, les logiciels libres, et mĂȘme _LinuxFr.org_, phare durant les tempĂȘtes. **Quelle question aurais‐tu dĂ©testĂ© qu’on te pose (en espĂ©rant que je ne l’ai pas posĂ©e) ?** Pourquoi ai‐je abandonnĂ© Linux sur mon _desktop_ ? La rĂ©ponse prendrait plusieurs pages d’arguments parce que c’est un sujet qui me fout vraiment en rogne tant c’est un Ă©norme gĂąchis. J’ai rĂ©pondu en 2013 dans un article sur _PlanĂšte Linux_ ; je me suis fait allumer par quelques fanatiques m’accusant de trahison Ă  la Cause, mais je ne changerai pas ma rĂ©ponse d’une virgule. **Merci beaucoup SĂ©bastien.** [^1]: Le SMIC ou salaire minimum interprofessionnel de croissance, est, en France, le salaire minimum horaire en dessous duquel aucun salariĂ© de plus de 18 ans ne peut ĂȘtre payĂ©.

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