URL: https://linuxfr.org/news/hommage-a-frances-allen Title: Hommage Ă Frances Allen Authors: Ysabeau đ§¶ Davy Defaud, palm123, ZeroHeure, BenoĂźt Sibaud, Xavier Teyssier et Nils Ratusznik Date: 2020ćčŽ08æ18æ„T18:52:14+02:00 License: CC By-SA Tags: biographie, compilation, histoire, frances_allen, turing, bronsonisation et wikipedia Score: 92 Frances Allen est la premiĂšre informaticienne Ă avoir reçu en 2006, la plus haute rĂ©compense en informatique, le prix Turing, pour ses travaux sur lâoptimisation des compilateurs. Elle vient de dĂ©cĂ©der, le jour de son anniversaire, Ă 88 ans. Frances Allen a conçu et Ă©crit des compilateurs indĂ©pendants des machines et des langages rendant ainsi possible la crĂ©ation des compilateurs optimisĂ©s modernes. Le secteur entier de lâinformatique lui doit Ă©normĂ©ment. Toute sa longue carriĂšre, 45 ans, sâest exclusivement dĂ©roulĂ©e chez IBM ou elle est entrĂ©e le 15 juillet 1957 pour prendre sa retraite en 2002. Avec elle, câest un pan important de lâhistoire de lâinformatique qui disparaĂźt. PlutĂŽt quâune banale nĂ©crologie qui va, forcĂ©ment, faire un peu plagiat, la forme dâune interview imaginaire, donne lâoccasion dâaborder lâhistoire de lâinformatique et des thĂšmes qui lui Ă©taient chers, principalement la place des femmes en informatique, sujet quâelle a abondamment abordĂ© dans un discours aprĂšs la remise de son prix Turing. ---- [Notice WikipĂ©dia en français](https://fr.wikipedia.org/wiki/Frances_Allen) [Lâinformaticienne Frances Allen, connue pour ses travaux sur la compilation, dĂ©cĂšde Ă 88 ans](https://www.fr24news.com/fr/a/2020/08/linformaticienne-frances-allen-connue-pour-ses-travaux-sur-la-compilation-decede-a-88-ans.html) [Frances Allen, pionniĂšre de lâinformatique, est morte](https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2020/08/10/frances-allen-pionniere-de-l-informatique-est-morte_6048608_3382.html) [Notice WikipĂ©dia en anglais](https://en.wikipedia.org/wiki/Frances_Allen) [Notice Britannica](https://www.britannica.com/biography/Frances-E-Allen) [IBM Fellow Frances Allen ](https://www.ibm.com/blogs/research/2020/08/remembering-frances-allen/) [Oral-History: Frances Allen](https://ethw.org/Oral-History:Frances_%22Fran%22_Allen) ---- # Avant IBM **Quel Ă©tait votre environnement familial ?** Je suis nĂ©e le 4 aoĂ»t 1932 Ă Peru dans lâĂtat de New York et jâai grandi dans la ferme de mon pĂšre qui Ă©tait agriculteur, ma mĂšre Ă©tait institutrice. Je suis lâainĂ©e de six enfants, deux filles et quatre garçons. Lâun de mes frĂšres a repris la ferme qui est toujours dans la famille. Je suis la seule de la famille Ă mâĂȘtre tournĂ©e vers le domaine scientifique et technique. La ferme nâavait ni eau courante, ni Ă©lectricitĂ©, mais ce nâĂ©tait pas si rare Ă lâĂ©poque. **Aviezâvous une prĂ©disposition pour les matiĂšres scientifiques ?** PrĂ©disposition, je ne sais pas, mais jâai toujours aimĂ© les matiĂšres scientifiques et les maths. Bien que je pense que mon tout premier intĂ©rĂȘt a Ă©tĂ© la langue et lâĂ©criture. **Quelles Ă©tudes avezâvous faites ?** Je me suis orientĂ©e vers les mathĂ©matiques. Tout dâabord Ă lâuniversitĂ© dâAlbany, dont je suis sortie diplĂŽmĂ©e en 1954. Jâai ensuite obtenu, en 1957, un master en sciences. Mais, entre les deux, jâai commencĂ© Ă enseigner les mathĂ©matiques dans ma ville natale, Ă Peru. **Pourquoi avezâvous arrĂȘtĂ© lâenseignement ? Cela ne vous plaisait pas ?** Oh si, beaucoup. Jâai adorĂ© enseigner et pas uniquement les maths. Dâailleurs, par la suite, au cours de ma carriĂšre chez IBM jâai pris des annĂ©es sabbatiques : en 1970-1971 dâabord, en 1977 ensuite, pour enseigner en tant quâ_adjunct professor_[^1] Ă lâuniversitĂ© de New York puis Ă celle de Stanford. Le problĂšme, câest quâil fallait un master en sciences, que je nâavais pas, pour ĂȘtre titularisĂ©e. Donc je devais poursuivre mes Ă©tudes. Jâai enseignĂ© deux ans, puis je suis allĂ©e parfaire mes Ă©tudes Ă lâuniversitĂ© du Michigan. CâĂ©tait lâune des premiĂšres qui enseignait lâinformatique, et jâai donc aussi suivi les cours dans cette matiĂšre et jâai eu mon master, câĂ©tait en 1957. Il se trouve quâĂ lâĂ©poque IBM recrutait des gens sur les campus. Il avait mĂȘme fait une brochure « *My Fair Lady* » invitant les femmes Ă les rejoindre, je ne me souviens pas avoir vu passer ce document, mais il est fort probable que jâai Ă©tĂ© recrutĂ©e dans le cadre de cette campagne. CâĂ©tait une Ă©poque de forte extension pour IBM et il avait besoin de beaucoup de monde. Jâai passĂ© un entretien, et jâai Ă©tĂ© embauchĂ©e. Jâai commencĂ© Ă travailler chez IBM le 15 juillet 1957. Au dĂ©part, jâavais lâintention de nây rester que le temps de rembourser les emprunts que jâavais contractĂ©s pour mes Ă©tudes, puis de reprendre lâenseignement. Jây suis restĂ©e, tout le reste de ma carriĂšre professionnelle, 1957-2002, 45 ans. # Les dĂ©buts chez IBM, un peu dâhistoire de lâinformatique **Comment avezâvous commencĂ© chez IBM ?** Jâai commencĂ© comme professeur ! Une toute nouvelle version du langage Fortran venait de sortir, en avril 1957. LâidĂ©e Ă©tait que les Ă©quipes de recherche scientifique laissent tomber le langage assembleur et migrent vers le nouveau Fortran, et, comme jâavais enseignĂ©, on mâa demandĂ© de leur apprendre le langage. Le Fortran est un langage fabuleux. Câest un langage tout Ă fait performant pour programmer, et, notamment, pour faciliter et rendre plus efficace la programmation informatique elleâmĂȘme. Mais, il a Ă©tĂ© difficile dâarriver Ă en convaincre les chercheurs, qui, dans lâensemble, nâĂ©taient pas enchantĂ©s dâapprendre ce langage. Cela a changĂ© par la suite et il est encore largement utilisĂ© chez les scientifiques. **Sur quel ordinateur travailliezâvous Ă votre arrivĂ©e ?** Le tout premier ordinateur que jâai utilisĂ© Ă©tait lâ[IBM 650](https://fr.wikipedia.org/wiki/IBM_650), qui a Ă©tĂ© commercialisĂ© de 1954 Ă 1962. Il avait une mĂ©moire Ă tambour rotatif pour stocker les donnĂ©es et les instructions. CâĂ©tait une grosse machine encombrante et lourde qui avait une capacitĂ© de 1 000 Ă 2 000 *mots*. Un mot Ă©tant, Ă lâĂ©poque une donnĂ©e de mesure constituĂ©e de dix chiffres et dâun signe algĂ©brique[^2]. Il Ă©tait composĂ© de deux gros blocs sur roues de mĂȘme taille (Ă peu prĂšs de la hauteur et de la longueur dâun homme ou dâune femme de taille moyenne), lâalimentation et la console. Celleâci sans Ă©cran ni clavier dâaucune sorte, mais avec un plateau sur lequel on posait les manuels dont on avait besoin pour utiliser la machine. On manipulait les boutons du panneau de la console pour travailler. Il y avait un troisiĂšme bloc moins haut pour la lecture des cartes perforĂ©es. Lâensemble formait lâordinateur au complet. **Comment se faisait lâĂ©criture dâun programme Ă lâĂ©poque ?** On utilisait des feuilles de codage. CâĂ©tait du papier imprimĂ© de lignes, chaque ligne Ă©tant convertie en carte perforĂ©e, rangĂ©e ensuite trĂšs soigneusement dans des boĂźtes avec les autres cartes composant lâensemble du programme. La longueur des lignes dĂ©pendait du programme, par exemple pour le Fortran elles Ă©taient de 72 caractĂšres maximum. Une fois le programme Ă©crit sur le papier, on donnait les feuilles Ă des opĂ©ratrices spĂ©cialisĂ©es, câĂ©tait un secteur trĂšs fĂ©minisĂ©, qui perforaient les cartes. Les cartes Ă©taient vĂ©rifiĂ©es par dâautres opĂ©ratrices. On entrait ensuite le programme dans le lecteur de carte, et on utilisait la console pour travailler avec lâordinateur. Les cartes perforĂ©es ont Ă©tĂ© utilisĂ©es jusquâaux dĂ©buts des annĂ©es 1980. Juste avant que les ordinateurs personnels (PC), ne commencent Ă envahir tous les bureaux. En fait, la carte perforĂ©e, en elleâmĂȘme, nâest pas une invention liĂ©e Ă lâinformatique. Il me semble que la premiĂšre fois que lâon a utilisĂ© une carte perforĂ©e pour automatiser une tĂąche câĂ©tait au dĂ©but du 18^(e) siĂšcle, avec lâinvention du mĂ©tier Ă tisser [Jacquard](https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9tier_Jacquard) qui utilisait ce genre de carte pour former les motifs des tissus. **AprĂšs lâenseignement du Fortran sur quel programme avezâvous travaillĂ© ?** En 1959, jâai Ă©tĂ© affectĂ©e au projet [Harvest (en)](https://en.wikipedia.org/wiki/IBM_7950_Harvest). CâĂ©tait une commande de la NSA (United States National Security Agency). Je travaillais sur un langage de programmation appelĂ© *Alpha*. CâĂ©tait, dĂ©jĂ , un langage de haut niveau. # Le travail sur la compilation **Vous ĂȘtes connue comme une des pionniĂšres de la compilation. Comment ĂȘtesâvous tombĂ©e dedans ?** Alors, la vraie pionniĂšre, celle qui a vraiment conçu le premier compilateur, câĂ©tait [Grace Hopper](https://fr.wikipedia.org/wiki/Grace_Hopper), en 1951. Elle est aussi Ă lâorigine du [[COBOL]]. Elle dĂ©fendait lâidĂ©e dâun langage plus prĂšs du langage humain. Elle a commencĂ© Ă travailler chez IBM la mĂȘme annĂ©e que moi, en 1957. Pour en revenir Ă la question, je travaillais en mĂȘme temps pour le projet Harvest et pour le projet _[Stretch](https://fr.wikipedia.org/wiki/IBM_Stretch)_. On a appelĂ© cela le programme MAD (_Monitored Automatic Debugging_)[^3]. Ce que jâavais Ă faire, câĂ©tait dâĂ©tudier le programme dâassemblage pour en modifier le format et, par contrecoup, de me familiariser avec son fonctionnement. Au bout du compte, je lâai entiĂšrement modifiĂ©. CâĂ©tait un programme qui avait Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ© par [Roy Nutt (en)](https://en.wikipedia.org/wiki/Roy_Nutt) avec qui jâavais gardĂ© des contacts jusquâĂ la fin. Lâordinateur Stretch Ă©tait une machine un peu plus « compacte » que lâIBM 650 et sa console Ă©tait plus grande. LâidĂ©e Ă©tait de faire une machine extraordinaire aux performances informatiques extraordinaires, donc avec un compilateur extraordinaire. Jâai fait partie de lâĂ©quipe qui travaillait sur la compilation. Et câest comme ça que jâai fait mes premiers pas en compilation. **Comment dĂ©finiriezâvous le travail dâun compilateur ?** *Je pense quâun compilateur est une application qui fait le lien entre la personne qui utilise lâapplication, par exemple pour obtenir des prĂ©dictions mĂ©tĂ©orologiques, et la machine de façon Ă obtenir la bonne rĂ©ponse (cela, gĂ©nĂ©ralement en utilisant un langage de haut niveau, le Fortran par exemple) tout en utilisant au mieux les ressources de la machine. Câest lĂ que rĂ©side lâoptimisation. On pourrait se contenter de mettre en correspondance les diffĂ©rents Ă©lĂ©ments et ne pas utiliser les registres et beaucoup dâautres unitĂ©s de calcul, mais ce ne serait pas aussi efficace. Lâoptimisation consiste donc Ă tirer parti des ressources de la machine et Ă trĂšs, trĂšs bien la connaĂźtre. Il faut donc combler cette lacune pour que lâutilisateur nâait pas Ă tout connaĂźtre luiâmĂȘme.*[^4] **Vous avez rĂ©ussi Ă imposer un langage de haut niveau pour les programmes de compilation estâce que cela a Ă©tĂ© facile ?** Houla, non. Au dĂ©but, tout le monde Ă©tait trĂšs dubitatif sur les capacitĂ©s dâun langage de haut niveau comme le Fortran Ă Ă©crire des programmes de compilation. En fait, on pensait gĂ©nĂ©ralement quâun langage de haut niveau ne pouvait pas Ă©crire du bon code. Finalement, jâai rĂ©ussi Ă montrer que câĂ©tait faux avec Fortran. En fait, je crois bien que personne ne pensait que je serais capable de le faire. **Aujourdâhui que diriezâvous des compilateurs ?**[^5] *Il y a encore beaucoup de discussions actuelles sur « lâimportance de lâoptimisation des machines puisquâelles sont devenues trĂšs rapides ». Je ne suis absolument pas dâaccord avec ce point de vue. Je pense quâactuellement nous nous trompons de problĂšmes : nous nous concentrons toujours sur la rĂ©solution de certains des mĂȘmes problĂšmes sur lesquels nous travaillions Ă lâĂ©poque. Et les goulots dâĂ©tranglement causĂ©s par lesdits problĂšmes se sont dĂ©portĂ©s vers la mĂ©moire et dĂ©placent les donnĂ©es pour quâelles soient prĂȘtes au moment du calcul. Mais, de la sorte, nous ne faisons pas du tout un bon travail avec les compilateurs.* Nous sommes arrivĂ©s Ă un tournant en informatique avec des changements Ă venir. *Je pense que nous sommes arrivĂ©s dans le creux de la vague pour les compilateurs. Tous les secteurs ont des hauts et des bas. En gĂ©nĂ©ral, les hauts interviennent lorsque lâon a fait une belle percĂ©e ou que lâon modifie les problĂšmes sur lesquels on travaille ou la vision quâon en a. Et je pense quâil ne fait aucun doute que nous avons besoin dâun grand changement maintenant.*[^6] # Les femmes dans lâinformatique **On voit souvent des femmes sur les photos de centres informatiques des annĂ©es 1950 â 1960, estâce que cela correspondait Ă la rĂ©alitĂ© ?** Oui, quand je suis entrĂ©e chez IBM, ainsi que je lâai dĂ©jĂ dit, la firme avait une politique de recrutement ciblĂ©e sur les femmes. JâĂ©tais donc loin dâĂȘtre la seule. Dans lâĂ©quipe du projet Stretch, par exemple, il y avait beaucoup de femmes. Sur les quatre cadres qui pilotaient le projet au niveau du compilateur, trois Ă©taient des femmes. Mais, de mon point de vue, lâinformatique nâexistait pas encore. CâĂ©tait une Ă©poque prĂ©âinformatique et nous travaillions sur des machines plutĂŽt primitives. **Quand les femmes ontâelles commencĂ© Ă disparaĂźtre du secteur ?** Je ne mâen suis pas rendu compte tout de suite, mais peutâĂȘtre dĂšs la fin des annĂ©es 1960. Il nây avait pas de femme par exemple dans le projet [IBM 360](https://fr.wikipedia.org/wiki/IBM_360_et_370). Dans la pĂ©riode qui a suivi, jâai donc accompli deux annĂ©es sabbatiques en tant que professeur Ă lâuniversitĂ© de New York et Ă Standford. Jâai embauchĂ© beaucoup de jeunes, et pendant dix ou quinze ans nous avons surtout beaucoup Ă©crit sur les technologies de compilation. AprĂšs cette pĂ©riode, au dĂ©but des annĂ©es 1980, je me suis aperçue que toutes ces femmes avaient disparu ! **Ă quoi attribuezâvous ce changement ?** Il mâa fallu beaucoup de temps pour le comprendre. Mais je pense que lâune des raisons est que, dans la pĂ©riode prĂ©âinformatique, donc Ă peu prĂšs jusquâau dĂ©but de la dĂ©cennie 1960, on recrutait des personnes brillantes, enthousiastes et qui avaient de bonnes notes, mais pas sur la base de diplĂŽmes prĂ©cis. Vers le milieu des annĂ©es 1960, lâinformatique est devenue une science Ă part entiĂšre, et avec cela des prĂ©requis en matiĂšre professionnelle et donc des formations spĂ©cifiques. Et les Ă©coles dâingĂ©nieurs sâen sont emparĂ©es ; elles Ă©taient, Ă lâĂ©poque, presque essentiellement masculines. Et donc, au dĂ©but des annĂ©es 1970, il y a eu ce changement crucial qui a fait quasiment disparaĂźtre les femmes de lâinformatique. **Vous ĂȘtes impliquĂ©e dans le projet [Anita Borg](https://fr.wikipedia.org/wiki/Anita_Borg), comment cela sâestâil fait ?** Anita a Ă©tĂ© une de mes Ă©tudiantes en compilation Ă New York, et nous sommes restĂ©es en contact aprĂšs ses Ă©tudes. Un soir que jâĂ©tais restĂ©e Ă travailler tard, jâĂ©tais dâhumeur plutĂŽt morose, un coup de fil dâAnita. Elle me demande « que pensesâtu de 50/50 en 2020 ? ». Sur le moment, jâai rĂ©pondu que ce nâĂ©tait pas possible. Mais, aprĂšs jâai commencĂ© Ă rĂ©flĂ©chir Ă ce projet, et je me suis dit que, oui, pourquoi pas. Alors je lâai rappelĂ©e pour le lui dire. Et Anita a lancĂ© le projet. En 2003, aprĂšs son dĂ©cĂšs, lâ[institut](https://fr.wikipedia.org/wiki/Institut_Anita_Borg) quâelle avait fondĂ© pour promouvoir les femmes dans les divers domaines de la technologie, a Ă©tĂ© rebaptisĂ© Institut Anita Borg Ă sa mĂ©moire. Je pense quâil est important que les femmes, ainsi que les diverses minoritĂ©s, soient aussi prĂ©sentes en informatique, Ă tous les niveaux. Et je pense que cet objectif dâune paritĂ© est atteignable. # Ressources complĂ©mentaires Pour rĂ©diger cette dĂ©pĂȘche, qui a nĂ©cessitĂ© pas moins de quatre litres de thĂ© vert, outre les liens inâtexte et ceux indiquĂ©s dans les _liens_, jâai lu, regardĂ©, Ă©coutĂ© ou feuilletĂ© les ressources suivantes. ## TĂ©moignages oraux En 2001, France Allen a Ă©tĂ© interrogĂ©e par Janet Abbate pour le centre historique lâIEEE, cette [interview (en)](https://ethw.org/Oral-History:Frances_%22Fran%22_Allen) qui mâa beaucoup servi est trĂšs souvent citĂ©e dans les biographies de lâinformaticienne. _[Fran Allen, 2006 recipient of the ACM Turing Award](https://www.youtube.com/watch?v=oilK7mXVwl8)_, vidĂ©o YouTube sousâtitrĂ©e en anglais dâun discours dans lequel elle dit ce que reprĂ©sente pour elle le fait dâavoir reçu ce prix. Cette vidĂ©o mâa Ă©galement beaucoup servi. DurĂ©e : 52 minutes. [Intervention de Frances Allen en 2006, _Association for Computing Machinery_ (vidĂ©o en anglais)](https://amturing.acm.org/vp/allen_1012327.cfm). DurĂ©e : une heure. ## Prix Turing [Notice WikipĂ©dia](https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Turing). La [notice du site du prix Turing sur Frances Allen^(en)](https://amturing.acm.org/award_winners/allen_1012327.cfm). Le PDF _[First Woman to Receive ACM Turing Award](https://awards.acm.org/binaries/content/assets/press-releases/2006/2006-turing-award-laureate.pdf)_, sur la dĂ©livrance du prix Turing Ă Frances Allen, document en anglais. [Et une, et deux, et trois femmes Prix Turing !](https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2015/03/09/et-un-et-deux-et-trois-femmes-prix-turing/) ## PrĂ©histoire de lâinformatique Les [cartes perforĂ©es](https://fr.wikipedia.org/wiki/Carte_perfor%C3%A9e). _[Programming with Punched Cards - Columbia University](http://www.columbia.edu/cu/computinghistory/fisk.pdf)_, document PDF en anglais qui raconte comment on programmait avec des cartes perforĂ©es, trĂšs intĂ©ressant. Le manuel de lâ[IBM 650](http://bitsavers.trailing-edge.com/pdf/ibm/650/), un document PDF en anglais. Il y a une foultitude de PDF Ă tĂ©lĂ©charger, incluant un manuel de Fortran. Dans le cadre de cette dĂ©pĂȘche, je me suis contentĂ©e de jeter un coup dâĆil sur le premier manuel (installation), le manuel dâinstruction et celui dâutilisation des cartes perforĂ©es. ## Langages Notice WikipĂ©dia sur le [Fortran](https://fr.wikipedia.org/wiki/Fortran). Si les notions de langage de bas ou de haut niveau ne vous sont pas familiĂšres (elles ne lâĂ©taient pas en ce qui me concerne jusquâĂ prĂ©sent), je vous suggĂšre la lecture des pages consacrĂ©es Ă ces notions par WikipĂ©dia. NĂ©anmoins, dans leur nom, « niveau » fait rĂ©fĂ©rence au niveau dâabstraction. Les langages de programmation de haut niveau Ă©tant plus proches du langage naturel que ceux de bas niveau, et ils sont portables dâune machine Ă une autre (abstraction). Ils sont plus utilisĂ©s que les langages de bas niveau (les idĂ©es de Grace Hopper et de Frances Allen ont fini par lâemporter) : - [Langage de programmation de haut niveau](https://fr.wikipedia.org/wiki/Langage_de_programmation_de_haut_niveau) ; - [Langage de programmation de bas niveau](https://fr.wikipedia.org/wiki/Langage_de_programmation_de_bas_niveau). ## MusĂ©es Frances Allen, dans son entretien avec Janet Abbate Ă©voque le [MusĂ©e de lâhistoire de lâordinateur](https://fr.wikipedia.org/wiki/Mus%C3%A9e_de_l%27histoire_de_l%27ordinateur), amĂ©ricain : le [Computer History Museum](https://computerhistory.org/) (lien en anglais). Pour les Franciliens ou celles et ceux qui viennent Ă Paris je suggĂšre fortement le [MusĂ©e des arts et mĂ©tiers] (https://fr.wikipedia.org/wiki/Mus%C3%A9e_des_arts_et_m%C3%A9tiers). Câest un [musĂ©e](https://www.arts-et-metiers.net/) absolument fabuleux dans un trĂšs beau cadre qui vaut vraiment la peine dâĂȘtre visitĂ©. Vous y ferez la connaissance du robot HILARE, vous pourrez passer dans un ordinateur Cray (essayez de faire ça avec un ordinateur portable...). ## Les femmes et lâinformatique Parce que câest un sujet dans lequel Frances Allen sâest beaucoup impliquĂ©e, jâen ai profitĂ© pour voir ce qui se passait en France. Pour les 50â50 en 2020, on verra dans lâarticle de _Challenges_, datant de 2018 que câĂ©tait loin dâĂȘtre gagnĂ©. En 2007, et aux ĂtatsâUnis, Frances Allen Ă©tait, quant Ă elle, optimiste. [Pourquoi il nây a pas assez de femmes ingĂ©nieures en France](https://www.challenges.fr/femmes/pourquoi-il-n-y-a-pas-assez-de-femmes-ingenieures-en-france_590098) Jâai aussi lu ces quelques journaux et dĂ©pĂȘches linuxfriennes, de 2008 Ă 2019. Ă vous de voir, Ă la lecture des commentaires notamment (certains mâont bien fait rire, dâautres... moins) si la situation a Ă©voluĂ© : - [2 % de femmes dans le dĂ©veloppement de logiciel libre â 10 propositions pour y remĂ©dier (dĂ©pĂȘche 2008)](https://linuxfr.org/news/2-de-femmes-dans-le-developpement-de-logiciel-libre-10-propos) ; - [Les femmes dans lâinformatique (dĂ©pĂȘche 2014)](https://linuxfr.org/news/les-femmes-dans-l-informatique) ; - [Sexisme ordinaire sur LinuxFr (journal 2015)](https://linuxfr.org/users/ariasuni/journaux/sexisme-ordinaire-sur-linuxfr) ; - [Pourquoi les femmes ont dĂ©sertĂ© lâinformatique dans les annĂ©es 1980 (journal 2019)](https://linuxfr.org/users/maderios--2/journaux/pourquoi-les-femmes-ont-deserte-l-informatique-dans-les-annees-1980). [^1]: En français, lâĂ©quivalent serait « professeur contractuel », un enseignant dont le poste fait lâobjet dâun contrat ponctuel et renouvelĂ© au coup par coup. Aux Ătats-Unis, ce type dâenseignant est souvent moins payĂ© que les titulaires et ils ne bĂ©nĂ©ficient pas des avantages sociaux tels quâassurance maladie. https://en.wikipedia.org/wiki/Adjunct_professor [^2]: DĂ©finition du manuel de lâ[IBM 605](http://bitsavers.trailing-edge.com/pdf/ibm/650/) : « a *word* consists of ten digits and an algebraic sign. » [^3]: Programme de dĂ©bogage automatique, et, Ă©videmment MAD, en anglais, signifie « fou ». [^4]: Traduction du [paragraphe (en)](https://ethw.org/Oral-History:Frances_%22Fran%22_Allen#On_the_Status_of_Compilers_Today) de lâentretien que Frances Allen a donnĂ© le 2 aoĂ»t 2001 Ă Janet Abate et oĂč elle donne sa dĂ©finition de la compilation. [^5]: Les deux paragraphes en italiques suivants sont une adaptation de lâentretien de Frances Allen avec Janet Abate. Dans lâentretien, ces deux paragraphes sont suivis de « rires ». [^6]: En 2007, lors de son discours sur son prix Turing, Frances Allen disait en substance la mĂȘme chose sur les compilateurs.