URL: https://linuxfr.org/news/hadopi-acte-ii-vers-l-economie-de-la-connaissance Title: Hadopi, Acte II : Vers l’économie de la connaissance Authors: Jérémie Nestel Benoît Sibaud, Nils Ratusznik et Pierre Jarillon Date: 2012年07月25日T15:40:35+02:00 Tags: hadopi Score: 46 Le 16 juillet 2012, pendant le festival d’Avignon, le Think Tank Altaïr organisait une table ronde concernant l’acte II de l’exception culturelle, étaient notamment présents Bruno Lion (Président du Fonds pour la Création Musicale), Jean Noël Tronc (Directeur Général de la SACEM), Pierre Lescure (Chargé de piloter la mission de concertation sur l'Hadopi). Cette table ronde a révélé l’unanimité des participants pour maintenir la riposte graduée afin de protéger contre toute « violation » le droit d’auteur. La suite (dans de droit fil de Hadopi 1) en deuxième partie... ---- [Libre Accès](http://libreacces.org/) [Vimeo : Hadopi versus acteII](http://vimeo.com/46221292) [Vimeo : Hadopi : Acte 2, vers une économie de la connaissance](http://vimeo.com/46226970) ---- Parmi toutes les interventions, on retiendra, celle de Jean Noël Tronc, nouveau directeur de la SACEM, qui corrèle la protection des droits d’auteurs avec le développement des industries culturelles numériques. Son intervention acte la fin de l’industrie du disque et présente l’avenir des industries numériques culturelles sur lequel l’ensemble de la filière musicale semble s’être définitivement repositionnée. Il montre également à quel point l’ensemble des pays d’Europe s’est désindustrialisé, en citant pour exemple la disparition des constructeurs européens d’ordinateurs et de téléphones portables. Il affirme au final que les dernières grandes industries françaises, détentrices d’un million d’emplois, sont aussi culturelles, citant Universal et les studios de cinéma de Canal +. Induisant que les auteurs français, fers de lance de l’exception culturelle française, sont difficilement « délocalisables » . On se rend compte que l’industrie du divertissement a parfaitement digéré la fin du disque, comprenant au final ses atouts dans cette économie de la connaissance où « la production de droit d’auteur » rapporte plus de bénéfices que des « objets manufacturés ». Ainsi quand Jean Noël Tronc cite la fin des usines de production automobile, il fait indirectement allusion au fait que la détention de brevet automobile rapporte plus de bénéfice que la production de voiture. Il est en phase avec cette privatisation de la connaissance concomitante de l’avènement des Technologies de l’Information et de la Communication ; où « Les structures productives » des pays industrialisés ont réorienté leur investissement du Capital Tangible (capital physique : structures, équipements, stocks, ressources naturelles, biens matériels) vers leur Capital intangible (information, connaissance, savoir-faire). On comprend mieux la déclaration récente de Fleur Pellerin sur la neutralité du net qui favoriserait les entreprises US (cf [article Numerama](http://www.numerama.com/magazine/23242-pour-fleur-pellerin-la-neutralite-du-net-favorise-les-acteurs-us.html)) plaidant pour un rapprochement de l’ARCEP et du CSA. Étrange résonance avec l’intervention de Bruno Lion sur les menaces pesant sur l’exception culturelle française du fait de la non-possibilité d’imposer sur Internet des quotas comme sur les radios pour favoriser une écoute des auteurs français. L’intervention de Jean Noël Tronc sur la non-performance des startups numériques françaises ne sont d’ailleurs pas neutres. Il vise à propager l’idée que les prochains projets numériques phares seront portés et soutenus directement par les industries du divertissement ; sous réserve d’une régulation affirmée protégeant le droit d’auteur et à terme nécessairement d’un filtrage assumé de l’internet privilégiant des médias sur d’autres. Joli passage de relais entre l'ancien Directeur de la SACEM et le nouveau directeur de la SACEM où, dans une tribune du Monde « [L'Europe a besoin de champions de la diffusion culturelle sur Internet](http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/07/24/l-europe-a-besoin-de-champions-de-la-diffusion-culturelle-sur-internet_1737657_3232.html) », Bernard Miyet tient des propos presque similaires. Dans ce contexte, on voit mal comment le droit privatif (brevets, droit d’auteur) visant à raréfier artificiellement « la connaissance », à travers des accords mondiaux comme l’ADPIC ne sera pas soutenu et amplifié par la France et l’union Européenne. Les propositions de mécénat global ou de contributions créatives visant à contrer les absurdités de la loi HADOPI, semble bien dérisoire, face à la lutte mondiale contre les industries du divertissement. Jérémie Nestel Article sous licence Art Libre