URL: https://linuxfr.org/news/graphisme-libre-et-professionnalisme Title: Graphisme Libre et professionnalisme Authors: Cédric GEMY baud123, Benoît Sibaud, NeoX et Nÿco Date: 2012年03月23日T16:10:44+01:00 License: CC By-SA Tags: art, création, activdesign, afgral, association, éthique et rmll Score: 53 Cela traîne depuis des années mais les discussions que j'ai pu avoir récemment avec certains confirment que la situation devient visible. Il y a une forme actuelle de séparation entre les pratiques graphiques professionnelles et le monde du libre. Malgré un intérêt croissant et une visibilité du libre dans le secteur, les difficultés sont encore nombreuses. Cela est en particulier visible dans le manque de reconnaissance des logiciels de graphisme en milieu professionnel (et les politiques de recrutement qui l'accompagnent), voire le refus de classer le graphisme dans la catégorie profession en l'orientant « loisirs », mais aussi par la difficulté des gros logiciels historiques à évoluer. Cela se voit par exemple aussi sur LinuxFr.org qui n'a pas de rubrique graphisme, ni même communication, preuve qu'il y a encore du chemin à parcourir. Il me semblait opportun de proposer ici une petite analyse (partagée avec certains) de la situation, de manière à lancer une petite discussion qui trouvera certainement suite au futur Libregraphicsmeeting de Vienne et RMLL de Genève. ---- [Association Francophone des GRAphistes Libres](http://afgral.org) [Activdesign](http://activdesign.eu) [LibreGraphicsMeeting](http://libre-graphics-meeting.org/2012/) ---- Contexte ======== Ainsi certaines entreprises du libre qui **cherchent** des graphistes orientés libres peinent à trouver leur bonheur par manque de choix (j'ai parfois moi-même du mal à conseiller, alors que je suis graphiste), alors que d'autres font (parfois explicitement) appel à des **graphistes orientés propriétaires** (avec l'argument que c'est le résultat qui compte). Dans le premier cas c'est dommage pour tous, dans le second c'est carrément idiot, puisqu'il est de notoriété publique que l'intérêt pour le libre repose sur des valeurs de développement, non le résultat et que c'est d'ailleurs ce qui le différencie du reste. On peut alors se demander ce qui peut mener à cette situation et chercher à savoir comment y remédier. On entend souvent plusieurs arguments : 1. logiciels incomplets ou instables 2. manque de productivité 3. manque de ressources 4. à l'inverse, utilisation à outrance de ressources disponibles 5. graphistes sur le marché formés aux logiciels propriétaires. Tous ces arguments semblent couramment admis, mais peuvent aussi facilement être démontés ou contournés. 1. Le principe du logiciel libre induit que plus le nombre d'utilisateurs est important, **plus le nombre de contributeurs potentiels croît** et, par conséquence, le logiciel. S'il est vrai que les logiciels propriétaires utilisés en milieu professionnel restent plus complets que les équivalents libres, notre éthique voudrait donc que nous les utilisions coûte que coûte. Sinon qui le fera ? ;) 2. Adossé à cela, le manque de productivité des logiciels peut être partiellement contourné par du **développement ou scriptage**, une meilleure prise en compte de flux de productions différents (les utilisateurs veulent trop souvent calquer leurs pratiques acquises), ou la formation. De nombreux utilisateurs de logiciels propriétaires que j'ai rencontrés ont une connaissance limitée de leur logiciel et le passage au libre se fait souvent avec une montée en compétence. Cela s'est vu dans les migrations Microsoft Office vers OpenOffice, cela existe aussi en graphisme. Tant mieux. 3. Les logiciels sont fournis sans ressources ou modèles et, oui, c'est normal puisque l'objectif de ceux-ci est de fournir des moyens pour créer librement, **sans contrainte et avec le maximum de contrôle ou liberté**. 4. Certes, il est pratique d'installer un CMS et d'utiliser un thème récupéré ici ou là : on va plus vite, ça coûte donc moins cher. Mais l'inconvénient est que cela dispense aussi de **prendre en compte l'aspect communicationnel**, cela **réduit la recherche ergonomique**, ainsi que l'**adéquation du site à l'identité visuelle** d'une entreprise. Pire, on voit souvent des sites ou applications cumulant des icônes non harmonisées ou ne représentant pas leur fonction et enfin, les mêmes éléments graphiques partout. Ainsi, comme pour le code produit, s'il est possible de réexploiter l'existant, ce n'est pas lui qui doit contrôler le développement, mais bien l'objectif (ici communicationnel) à atteindre. Tout graphisme devrait être adapté à un besoin et devrait répondre autant que possible à ces critères. Contre l'oubli de cette règle, il y a certainement peu de choses que nous puissions faire hormis non faire violence et mieux répartir les efforts qui font dire que les interfaces des logiciels libres sont vraiment dépassées. 5. S'il est vrai qu'à l'heure actuelle les écoles de graphisme et de création visuelle forment peu au libre, c'est parce qu'elles s'y intéressent peu, qu'elles ne voient pas l'intérêt, que le recrutement des futurs salariés-graphistes ne va pas dans ce sens. Aussi, **elles ne modifieront pas leur politique si le contexte ne change pas** et **il nous appartient donc de le faire changer**. Comment cela peut changer ! =========================== Le moment est d'ailleurs peut-être venu car il y a une certaine fébrilité dans le proprio : rachat de boîtes et disparations de logiciels, abandons de technologies importantes ou remise en cause d'autres (Flash par exemple), ainsi qu'une meilleure prise en compte de futurs standards (enfin ! comme [HTML5](http://fr.wikipedia.org/wiki/HTML5 "Définition Wikipédia"), [CSS3](http://fr.wikipedia.org/wiki/CSS3 "Définition Wikipédia"), et autre [JQuery](http://fr.wikipedia.org/wiki/JQuery "Définition Wikipédia")) qui posent des questions sur la réelle utilité de ces logiciels privateurs. Il y a des initiatives intéressantes un peu partout en ce moment : celles qui cherchent à diffuser que le libre ce n'est pas que du code, ou encore le raccrochement d'un thème « graphisme professionnel ». Pour répondre directement à ce qui a été mentionné plus haut, je pense que les deux projets suivants ont leur rôle à jouer et évidemment qu'ils réussiront : 1. Les graphistes libres actuels étant surtout autodidactes et ayant parfois du mal à valoriser leurs acquis face à des diplomés d'écoles, **ActivDesign** proposera l'année prochaine 3 formations 100% libres dans le but d'engager un rattrapage du libre dans les écoles d'art-graphisme et de lancer un mouvement favorable au libre. 24 semaines de cours sur 2 ans, accompagnés d'une pratique quotidienne en emploi ou stage comme pour d'autres écoles de graphisme privées du secteur ayant pour but une augmentation de compétences et montrer et faire en sorte qu'il y ait de la ressource humaine disponible aussi en libre. 2. Mais, s'agissant de fédérer les graphistes qui sont actuellement en activité ou qui le deviendront, l'**Association francophone de graphistes libres (AFGRAL)**, encore trop peu active, a pour objectif de créer un réseau professionnel, de créer une dynamique, de fournir un carnet d'adresse à des entreprises qui seraient en recherche et éventuellement de contribuer à des développement ou innovations des logiciels et d'assister les développeurs potentiels dans cette tâche. Évidemment, ces initiatives ne valent que si elles sont partagées et l'avenir dira leur importance. Il me semble cependant important de noter ce mouvement en général et inciter ceux qui le souhaitent à l'accompagner.