URL: https://linuxfr.org/news/flash-d-adobe-a-l-agonie
Title: Flash d’Adobe à l’agonie
Authors: Jehan
Davy Defaud, M5oul, rpnpif, BAud, Benoît Sibaud, cbri, ZeroHeure, Pierre Jarillon, gusterhack, Oliver, bubar🦥, palm123, quent57, claudex, Matthieu Moy et Thomas Debesse
Date: 2016年08月18日T09:21:16+02:00
License: CC By-SA
Tags: vidéo, jeu_vidéo, navigateur_web, html5, firefox, flash et svg
Score: 149
[Flash Player](https://fr.wikipedia.org/wiki/Adobe_Flash_Player) et sa [technologie sous‐jacente](https://fr.wikipedia.org/wiki/Adobe_Flash), tous deux développés par la société Adobe, n’en finissent plus d’agoniser. Sommes‐nous en train d’assister aux derniers soubresauts ?
* Les principaux navigateurs Web réduisent la voilure de l’extension *Flash Player*, principalement pour des problèmes récurrents de sécurité, de performance et de consommation excessive de batterie. L’introduction d’un *blob* propriétaire dans les navigateurs est peut‐être aussi une raison pour certains projets, bien que ce point soit rarement mis en avant officiellement.
* Certaines plates‐formes grand public ne permettent plus l’installation de Flash, parfois depuis des années (Apple *iPhone*, Microsoft *Edge*...).
* L’absence de Flash sur un ordinateur personnel est de moins en moins un problème pour un usage, même intensif, du Web et force est de constater que l’on peut désormais *surfer* des mois sans Flash sans même s’en rendre compte.
* Les plates‐formes publicitaires (Google en tête) vont commencer à refuser les publicités Flash.
* Les clones de Flashplayer et les convertisseurs de Flash vers HTML5 sont abandonnés.

Dans la première partie de cette dépêche, nous présenterons Flash et reviendrons plus en détail sur son histoire, son apogée, ses concurrents, puis sa chute vers l’oubli.
La seconde partie nous permettra de détailler les technologies du moment, afin de donner quelques pointeurs aux développeurs et _designers_ Web souhaitant se mettre au goût du jour.
**Divulgation prématurée** : ladite relève se constitue essentiellement de standards, promus par l’ensemble des acteurs du Web !
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# Flash en deux mots
La technologie Flash désigne tour à tour (selon le contexte) une plate‐forme multimédia et scriptable, un logiciel pour développer du contenu multimédia destiné à ladite plate‐forme et un greffon de navigateur (Flash Player) pour exécuter le contenu multimédia ainsi créé. Cette technologie connut trois grands cas d’utilisation majeurs dans les industries liées :
## Web ##
Le Web a rendu la technologie célèbre et répandue, en particulier car HTML a longtemps brillé par son absence de fonctionnalité multimédia. Ainsi, Flash fut pendant une quinzaine d’années l’une des seules possibilités pour diffuser des vidéos en *streaming*, ce qui explique que l’un des plus grands vecteurs de son expansion furent les plates‐formes vidéo telles que YouTube, DailyMotion, Vimeo...
Ce fut aussi la technologie de choix pour les sites les plus « dynamiques », avec des menus animés, des sons et musiques de fond, des fondus entre pages... La technologie du bon goût incarné, quoi ! Les gens souhaitant un Web efficace trouvaient en fait cela extrêmement ennuyeux à cause de temps d’attente et de chargement horribles et des animations totalement inutiles à tout bout de champ. L’utilisabilité du Web (qui n’était plus qu’un moyen de transport du Flash) en a véritablement souffert pendant des années. Mais cela n’empêcha pas une mode où tous ceux qui avaient des sous et voulaient se démarquer faisaient alors appels à des « _designers_ » ou autres agences de communication, tous moins ergonomes les uns que les autres, pour faire des sites Web de plus en plus touffus et inutilement animés.
## Dessins animés ##
L’animation fut un des buts originels du logiciel quand il s’appelait alors *FutureSplash Animator* (voir l’historique plus bas), mais ce n’est que plus tard — sous le nom Flash — que cet usage perça réellement. Le logiciel fut surtout utilisé dans des [séries télévisuelles](https://en.wikipedia.org/wiki/Category:Flash_television_shows) comme la nouvelle série des [_My Little Pony_](https://fr.wikipedia.org/wiki/My_Little_Pony_:_Les_amies,_c%27est_magique), mais on peut retrouver aussi quelques [longs métrages](https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_Flash_animated_films), dont certains pour le cinéma.
L’animation vectorielle a l’avantage de la simplicité et de la rapidité, ce qui en a fait un outil parfait pour la télévision où les temps de production sont réduits. Malheureusement, la contrepartie est en général une qualité visuelle moindre, ce qui explique probablement le peu de productions cinématographiques qui ait vraiment fait date, à l’exception peut‐être du récent film belgo‐franco‐luxembourgeois [_Ernest et Célestine_](https://fr.wikipedia.org/wiki/Ernest_et_Célestine_(film)), qui a gagné plusieurs prix, dont un César du meilleur film d’animation et des nominations à Cannes et Annecy. Cependant Flash ne fut pas utilisé pour les fonds de scènes (peints à la main), et [l’animation Flash a subi une post‐production](http://www.coldhardflash.com/2014/03/how-the-ernest-celestine-feature-team-used-flash.html) importante avec d’autres logiciels pour donner l’aspect « peinture à l’eau ».
Plus proche de nous, il est de bon ton de citer [_Sita Sings the Blues_](http://www.sitasingstheblues.com/) de Nina Paley, film libre sous licence [CC-0](http://creativecommons.org/about/cc0), aussi produit en Flash.
## Jeux vidéo
Flash connut aussi une petite gloire dans l’industrie du [jeu vidéo](https://en.wikipedia.org/wiki/Adobe_Flash#Video_games), bien que cela se soit limité à des jeux Web sans grand intérêt commercial pendant des années. Pourtant, depuis quelques années, la technologie a su attirer des éditeurs indépendants, probablement car elle permettait de prototyper plus aisément, puis de développer rapidement des jeux de complexité limitée. On peut, par exemple, citer [_Super Meat Boy_](https://fr.wikipedia.org/wiki/Super_Meat_Boy) ou [_Machinarium_](https://en.wikipedia.org/wiki/Machinarium). Exceptionnellement, certains jeux classés « AAA » ont aussi [utilisé la technologie Flash](http://www.gdcvault.com/play/1018142/Outernauts-From-AAA-Console-to), bien que cela soit plus l’exception que la norme.
Historiquement, les jeux les plus aboutis utilisent des technologies plus bas niveau (au niveau langage, C++, par exemple, est très répandu dans l’industrie du jeu), notamment pour des questions de performance (on retrouve donc les problématiques du Web dont nous allons parler plus bas), mais aussi pour une plus grande liberté visuelle (problématique similaire cette fois au film d’animation).
# Historique de Flash #
## Premiers pas : 1993 - 1995 ##
L’histoire de Flash remonte à 1993, où sous le nom de *SmartSketch*, il s’agissait uniquement d’une **application de dessin vectoriel** de la société américaine [FutureWave Software](https://en.wikipedia.org/wiki/FutureWave_Software), pour devenir en 1995 un **logiciel d’animation vectorielle pour le Web** : *FutureSplash Animator*.
Macromedia était alors le principal concurrent, avec [Shockwave](https://en.wikipedia.org/wiki/Adobe_Shockwave). Comme tout requin qui se respecte, Macromedia ~~mangea~~ racheta donc la technologie concurrente en novembre 1996, avant qu’elle ne devienne trop grosse. Celle‐ci fut alors renommée et prit le nom sous lequel elle deviendra célèbre : Macromedia **Flash**.
## L’âge ~~d’or~~ sombre : 1996 - 2006 ##
Ce fut alors un âge d’or pour cette technologie. Jusqu’en 2005, il s’agissait du greffon multimédia pour le Web le plus installé au monde (les principaux concurrents de l’époque étant Java, QuickTime, RealNetworks, Windows Media Player et, bien sûr, Shockwave du même éditeur), installé sur plus de 98 % des ordinateurs personnels connectés au Web (d’après [Macromedia](https://web.archive.org/web/20070516090612/http://news.zdnet.co.uk/internet/0,1000000097,39211831,00.htm)). Ce furent donc de très belles années pour Flash, beaucoup moins pour les personnes qui souhaitaient pouvoir naviguer sur le Web sans avoir à installer de logiciels propriétaires (dont la plupart des lecteurs de *LinuxFr.org*).
Et donc, comme tout allait parfaitement bien pour eux, Adobe — plus gros requin encore — racheta Macromedia et toutes ses technologies — dont Flash et Shockwave — en août 2005.
Le point fort de Flash était probablement ses outils de bureau, notamment l’éditeur Flash et l’environnement de développement intégré [Adobe Flex Builder](https://en.wikipedia.org/wiki/Adobe_Flash_Builder) (renommé ensuite Adobe Flash Builder). Ces derniers permettaient une approche simple et immédiate de la plate‐forme Flash, ainsi qu’une prise en main graphique. Même si l’on pouvait avoir besoin d’utiliser du code (notamment avec [ActionScript](https://en.wikipedia.org/wiki/ActionScript)), beaucoup de fonctionnalités restaient accessibles graphiquement, rendant la technologie attractive au‐delà du cercle des développeurs.
## Année charnière : 2007 ##
Certains diront que Flash avait déjà commencé à mourir dès le rachat par Adobe en 2005. Nina Paley, par exemple, s’en [plaignait déjà en 2008, puis en 2013](http://blog.ninapaley.com/2013/01/03/its-2013-do-you-know-where-my-free-vector-animation-software-is). _A priori_, Adobe avait décidé de tuer l’utilisation gratuite pour le film d’animation, afin de pousser les gens à payer *After Effects* pour l’exportation en haute qualité. Bien sûr, cela ne concerne qu’une frange d’utilisateurs et probablement pas la part « riche » de l’industrie du cinéma.
Néanmoins, d’aucuns peuvent arguer que se mettre bien avec les amateurs et les indépendants moins fortunés est une bonne approche pour fidéliser une clientèle. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas trouvé de sources chiffrées qui indiqueraient une entame sévère de l’utilisation de Flash à ce moment‐là, ni dans l’industrie de l’animation, ni ailleurs. Cette anecdote n’est donc gardée que pour complétude.
Les vrais obstacles semblent tous trouver leur année de naissance en 2007.
### Standardisation HTML5 ###
Ce fut probablement un bien plus grand problème pour Adobe quand les divers acteurs du Web ont commencé à s’agiter dans la ~~mauvaise~~ bonne direction. Dès juin 2004, la fondation Mozilla et Opera Software ont conjointement présenté, lors d’un atelier W3C, un [papier](https://www.w3.org/2004/04/webapps-cdf-ws/papers/opera.html) pour développer une spécification d’applications web, alors appelée [Web Forms](https://whatwg.org/specs/web-forms/current-work/). Le papier expliquait qu’ils espéraient une commercialisation dès la fin 2004, ce qui ne s’est pas fait ([huit votes contre quatorze](https://www.w3.org/2004/04/webapps-cdf-ws/minutes-20040602.html#topic28.1)). En réaction, s’est créé un groupe de travail indépendant (*Web Hypertext Application Technology Working Group*, plus connu sous l’acronyme _WHATWG_) mécontent des décisions du W3C et souhaitant continuer à travailler sur un Web applicatif et les *Web Forms*.
Cela a amené le W3C à finalement lancer un **groupe de travail pour HTML5 en 2007**, dans lequel les spécifications du _WHATWG_ seront aussi progressivement acceptées (dont [_Web Forms 2_](https://blog.whatwg.org/this-week-in-html-5-episode-5)).
### Apple iPhone ###
En juin 2007, Apple sort son tout premier téléphone, l’iPhone. Étonnamment, il ne gère pas Flash. Alors que les clients croient qu’il ne s’agit que d’une situation passagère, deux autres versions de l’ordiphone sortirent, toujours sans Flash, ce qui fit gronder. Une [publicité Apple fut même interdite au Royaume‐Uni par l’autorité de régulation publicitaire](http://news.bbc.co.uk/2/hi/technology/7582197.stm), sous la raison de publicité mensongère :
> Comme l’iPhone ne prend en charge ni Flash ni Java, vous ne pouvez vraiment voir Internet dans toute sa splendeur. [_sic_]> [Original : « _Because the iPhone doesn’t support Flash or Java, you couldn’t really see the Internet in its full glory._ »]
En 2010, Steve Jobs fit une [lettre publique expliquant les raisons de l’absence de Flash](http://www.apple.com/hotnews/thoughts-on-flash/). Ironiquement, le premier argument concerne le fait que Flash soit propriétaire et qu’Adobe en a le contrôle complet et est le seul à avoir ce contrôle. Paradoxal, en effet, puisque ces arguments peuvent s’appliquer à beaucoup de produits ou « fonctionnalités » d’Apple. Steve Jobs prévoit le coup puisqu’il compare alors avec son entreprise, concédant faire aussi beaucoup de propriétaire, mais qu’eux au moins utilisent des standards, participent à leur création et même développent quelques logiciels libres. Bien sûr, il fait mine d’oublier toutes ces fois où Apple ignore les standards pour garder le contrôle, comme pour ses [chargeurs](http://www.ibtimes.co.uk/will-eu-ruling-force-apple-change-iphone-6-charger-1440273).
Les arguments suivants seront davantage similaires aux critiques habituelles : stabilité, sécurité et performance virtuellement inexistants dans la technologie Flash.
En tout cas, cela scella l’absence de Flash et on sut qu’il ne servait plus à rien d’attendre. À ce jour, les iPhones ne prennent toujours pas Flash en charge.
### Microsoft Silverlight ###
Une brèche est clairement perçue dans le monopole d’Adobe Flash, laissant place pour s’y engouffrer. Soit parce qu’elles sentirent aussi la tendance des applications Web, ou simplement parce qu’un bon vautour sent la mort d’un concurrent venir, de nombreuses autres sociétés ont donc tenté de lancer leur greffon applicatif Web, en concurrence directe avec Flash.
De toutes les tentatives, Microsoft [[Silverlight]] est probablement celle qui avait les meilleures chances de réussite : une première version sortie en septembre 2007, le greffon Silverlight aurait atteint 64,16 % d’installation dans les navigateurs Web (d’après Wikipédia, mais la source n’existe plus), contre 95,26 % pour Flash et 76,51 % pour Java.
Pourtant, malgré sa grande pénétration côté client, Silverlight n’a jamais percé côté serveur, avec à peine 0,3 % en août 2011 contre 27 % pour Flash (dont la chute avait déjà commencé depuis un an, comme nous le disions). Ironiquement, l’un des plus gros vecteurs de diffusion de la technologie de Microsoft fut un logiciel libre nommé _Joomla!_, puisque les sites _Joomla!_ ont tout de même représenté [92,3 % des sites *Silverlight* en 2012](https://w3techs.com/blog/entry/fact_20120213).
À ce jour, Silverlight n’a plus que [0,1 % d’usage sur le Web](https://w3techs.com/technologies/details/cp-silverlight/all/all) et ces statistiques sont aussi en descente constante.
Finalement, Microsoft a annoncé l’arrêt du développement (hormis les corrections de bogues) en 2013 et la fin de vie de la dernière version est prévue pour octobre 2021.
Google Chrome ne prend déjà plus en charge Silverlight et Microsoft Edge ne l’a jamais eu.
### Unity Web Player ###
De son côté, [Unity](https://fr.wikipedia.org/wiki/Unity_%28moteur_de_jeu%29), célèbre pour son moteur de jeu propriétaire et multi‐plate‐forme (aussi utilisé sous GNU/Linux) sortit son propre format Web pour le jeu : Unity Web Player.
Je ne trouve pas de date de sortie initiale, mais la plus ancienne sauvegarde sur [_archive.org_](http://archive.org) date d’[octobre 2007](https://web.archive.org/web/20071013003237/http://unity3d.com/unity-web-player-1.x).
Cependant, malgré le poids de l’entreprise dans le jeu sur les ordinateurs de bureau, leur greffon n’a jamais percé et, en particulier, n’a pas réussi sa tentative de remplacement de Flash.
De toute façon, ce greffon ne fonctionnait que sous Windows et Mac OS X et pas sous nos beaux systèmes libres. « C’est bien fait », j’ai envie de dire. Mais, ce serait méchant...
Après les annonces de Google et Mozilla pour retirer la prise en charge des greffons [NPAPI](https://en.wikipedia.org/wiki/NPAPI "Netscape Plugin Application Programming Interface") dans leur navigateur respectif (et Microsoft n’ayant jamais ajouté la prise en charge dans son nouveau navigateur Edge), Unity a décidé d’arrêter les frais.
Il s’en est suivi, en octobre 2015, l’annonce de l’[abandon d’Unity Web Player](https://blogs.unity3d.com/2015/10/08/unity-web-player-roadmap/). Les clients de l’entreprise ont été encouragés à exporter leurs jeux sous le format WebGL (c’est‐à‐dire HTML5) depuis le logiciel Unity, s’ils souhaitent continuer à cibler le jeu Web.
## Contre‐attaque (Adobe AIR) : 2008 ##
Voyant que le vent tournait, comme un sursaut, Adobe répliqua, début 2008, avec la plate‐forme [Adobe AIR](https://fr.wikipedia.org/wiki/Adobe_Integrated_Runtime), basée sur Flash et ActionScript, dont le but était d’étendre l’emprise de Flash hors du navigateur. Puisqu’on ne veut pas de lui sur le Web, Adobe s’est peut‐être dit que le salut viendrait en créant un nouveau cas d’utilisation. En outre, la mode était au Web applicatif, comme le W3C et le WHATWG le montraient bien. Il fallait donc travailler dans cette direction.
Bien que ce ne fut pas assez pour sauver Flash, il semblerait que ce fut un mouvement bien pensé : quitter le navire plutôt que de couler avec en tentant de le sauver à tout prix.
En tous les cas, à ce jour, Adobe AIR est toujours développé et, en 2014, le [milliard d’installations fut annoncé en fanfare](http://blogs.adobe.com/flashplayer/2014/04/air-app-installs-cross-a-billion.html).
Flash continuera‐t‐il de nous ennuyer, cette fois directement sur nos bureaux ? Ah non ! Heureusement, Adobe AIR ne tourne plus avec le noyau Linux depuis la version 2.6 en 2011. Ouf !
## Le début de la fin : 2010 - 2011 ##
*Avance rapide...*
Nous sommes en octobre 2010. Ce mois fut l’apogée de Flash, ce qui en termes ~~moins~~ plus heureux signifie le début de son déclin puisque, avec 28,8 % d’usage (plus d’un site sur quatre, tout de même, utilisait alors Flash d’une manière ou d’une autre !), l’usage sur le Web diminua pour la première fois à 28,6 % en décembre (_cf._ [_news_ de _W3Techs_](https://w3techs.com/blog/entry/highlights_of_web_technology_surveys_december_2010). Une chute de 0,2 % seulement, mais une première apparemment pour la technologie d’Adobe).
Cela correspond probablement aux technologies concurrentes, à l’intérêt grandissant pour HTML5, officiellement en développement depuis trois ans et vraisemblablement aussi au refus d’Apple d’intégrer la technologie dans son ordiphone. Le Web mobile était alors estimé à 4 % (de nos jours, on atteint plutôt les [30 %](http://marketshare.hitslink.com/os-market-share.aspx?qprid=9), quoi que d’autres statistiques donnent moins de 1 % en 2010 et à peine [6 %](http://www.w3schools.com/browsers/browsers_mobile.asp) en 2016).
Quant à HTML5, même si le standard n’est pas officiellement stable, les éditeurs de navigateurs se sont mis à l’implémenter dès le début et il est déjà présent sur toutes les plates‐formes. HTML5 a toujours été considéré comme un standard *vivant*, une « cible en mouvement ». Il n’y avait donc pas besoin d’attendre pour commencer à se débarrasser de Flash.
En conséquence, Adobe [annoncera officiellement en 2011](https://blogs.adobe.com/conversations/2011/11/flash-focus.html) l’arrêt du développement de Flash Player sur plates‐formes mobiles, expliquant que HTML5 est une meilleure solution dans ce cas de figure.
## Le fin du fin : 2015 - 2016 ##
*Quatre ans plus tard.*
Les années ont passé et Flash n’a cessé de diminuer, mais en restant toujours présent, et surtout encore et toujours le seul greffon dans le navigateur nécessaire pour voir une bonne partie du Web. Ils sont maintenant à [7,7 %](https://w3techs.com/technologies/details/cp-flash/all/all). Ce n’est peut‐être plus le quart du Web comme en 2010, mais cela reste une part non négligeable, suffisante pour voir Flash comme ce parent insupportable dont on pense ne jamais pouvoir se débarrasser. Il sera toujours là : faible désormais, mais il s’accroche.
Qu’à cela ne tienne, 2015 a marqué quelques coups particulièrement durs et 2016 semble être l’année fatale.
### Mozilla : Firefox ###
Rappelez‐vous, l’an dernier, une série de failles majeures dans Flash avaient été découvertes et Mozilla avait pris la [décision de bloquer toutes les versions de Flash](http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-mozilla-bloque-le-lecteur-flash-dans-firefox-61778.html) dans Firefox tant que des correctifs ne seraient pas apportés. Ainsi, pendant plusieurs semaines, que le greffon Flash fut installé ou non, on ne pouvait plus lire de documents ou vidéos Flash. Sans lui laisser un instant de répit, le chef de la sécurité de Facebook avait [publiquement demandé](https://www.engadget.com/2015/07/13/facebook-security-lead-wants-flash-dead/) à ce qu’Adobe « tue » officiellement Flash, en demandant une date de fin de vie officielle.
Étonnamment, celui qui nous avait habitué à être un précurseur garde une place au chaud pour Flash (contrairement à la concurrence, comme nous allons le voir plus bas). En effet, dès octobre 2015, Mozilla avait annoncé la [fin des greffons NPAPI d’ici la fin 2016](https://blog.mozilla.org/futurereleases/2015/10/08/npapi-plugins-in-firefox/), causes trop fréquentes d’instabilité, de crashs, de ralentissements et de failles de sécurités. Or, si cela signifiait effectivement la fin de Java ou Silverlight, Mozilla précisa collaborer avec Adobe pour le support continu de Flash en tant qu’exception.
Étonnant rebondissement à l’opposé de tous les autres « joueurs » et même des réactions précédentes de Mozilla ! Cela semble bien correspondre au [ralentissement du développement](http://www.ghacks.net/2016/02/23/flash-replacement-shumway-is-as-good-as-dead) de [Shumway](https://wiki.mozilla.org/Shumway) (au jour de l’écriture de cet article, il n’y a eu [que deux *commits* en 2016](https://github.com/mozilla/shumway/commits/master), dont un est en fait une fusion, fin mars 2016, dernier *commit* à ce jour), projet de Mozilla dont le but était de fournir une réimplémentation libre de Flash. Est‐ce dû à cette collaboration alors naissante avec Adobe annoncée au même moment dans un article de blog ? Ou bien peut‐on espérer plutôt que Mozilla ne souhaite même plus réimplémenter Flash, préférant voir mourir le format dans son entièreté ?
En tout cas, même si Flash va survivre sur les Firefox qui avaient déjà le greffon, il ne devait pas être ajouté sur toute nouvelle plate‐forme prise en charge. Par exemple, Firefox pour Windows 64 bits était censé sortir sans aucune prise en charge des greffons, pas même Flash, d’après la même [annonce](https://blog.mozilla.org/futurereleases/2015/10/08/npapi-plugins-in-firefox/). Pourtant, l’annonce de la sortie effective parle à la place d’une [prise en charge « limitée »](https://blog.mozilla.org/futurereleases/2015/12/15/firefox-64-bit-for-windows-available/), ce qui est contradictoire ; et une recherche Web montre qu’il est toujours possible d’installer Flash sur la version 64 bits de Firefox pour Windows. Il y a donc eu un triste retour en arrière et beaucoup de chaud et froid de la part de Mozilla sur le sujet.
### Google : Chrome, YouTube et publicités ###
Dans le même temps, Google est entré dans la danse des exterminateurs du Flash puisqu’en septembre 2015, le navigateur Google Chrome s’est mis à mettre en pause, par défaut, les bouts de Flash jugés « périphériques » sur un site (c’est‐à‐dire principalement les publicités, ce qui est mis en avant dans l’[annonce officielle](https://plus.google.com/+GoogleAds/posts/UQSBzWiMpEG?e=-RedirectToSandbox). Apparemment, la fonctionnalité est capable de détecter si un contenu Flash est le contenu principal d’un site, auquel cas il ne sera pas bloqué), ce afin d’améliorer la vitesse de navigation et la durée de vie des batteries. En 2016, Google est allé une étape plus loin dans la lutte contre Flash : il semblerait que cette technologie soit beaucoup utilisée en arrière‐plan (apparemment sur des objets de moins de 5 ×ばつ 5 pixels, concrètement invisibles au milieu d’une page Web), notamment comme outil analytique ; et [ce contenu sera tout simplement bloqué](https://chrome.googleblog.com/2016/08/flash-and-chrome.html) et non pas juste mis en pause. Le reste du contenu Flash sera toujours mis en pause, obligeant le visiteur d’un site à activer explicitement la lecture sur chaque site faisant usage de Flash (ce qui est aussi très dissuasif). Ce nouveau comportement sera mis en place en décembre 2016.
Parallèlement, leur service publicitaire (Adwords) proposait la conversion automatique des publicités Flash en HTML5, jusqu’à la décision [annoncée en février 2016](https://plus.google.com/+GoogleAds/posts/dYSJRrrgNjk) d’interdire de nouvelles publicités Flash (interdiction en place depuis juin 2016). Quant aux publicités déjà en place, elles seront désactivées le 2 janvier 2017. Charge aux publicitaires de se mettre à jour.
Il semblerait d’ailleurs que Google ne souhaite même plus faciliter la conversion de Flash vers HTML5, puisqu’il va jusqu’à discontinuer, en juillet dernier, [Swiffy](http://venturebeat.com/2016/06/15/google-is-killing-its-swiffy-tool-for-converting-flash-files-into-html5-on-july-1), un outil qu’il avait créé dans ce but. Google s’est vraisemblablement rendu compte qu’il est bien plus efficace de pousser les développeurs à se mettre au HTML5, plutôt qu’à les conforter dans leur usage de Flash avec l’assurance qu’ils auront toujours la possibilité de convertir en HTML5 pour fonctionner sur les plates‐formes sans Flash.
Quant à YouTube, le service lança l’expérimentation des vidéos HTML5 en janvier 2010. Une étape fut passée en janvier 2015, qui en fit désormais le [lecteur vidéo par défaut](https://youtube-eng.googleblog.com/2015/01/youtube-now-defaults-to-html5_27.html).
Il s’agit donc d’une attaque sur plusieurs fronts, tous primordiaux dans le *business model* d’Adobe Flash (publicités, analytique, multimédia et sites Web), ce qui n’est pas étonnant de la part d’un géant tel que Google.
### Microsoft : Edge ###
Ne se voulant pas en reste dans la débâcle anti‐Flash, Microsoft [annonce en avril 2016 qu’Edge fera de même](https://blogs.windows.com/msedgedev/2016/04/07/putting-users-in-control-of-flash/) : les éléments Flash dits « périphériques » (publicités, animations...) seront mis en pause et activables d’un clic ; le contenu dit principal (défini ici comme les jeux ou les vidéos) ne sera en revanche pas mis en pause.
On notera aussi que ces changements ne semblent pas affecter Internet Explorer, leur précédent navigateur.
Microsoft y va donc un peu plus *mollo*, mais fait un effort.
### Apple : Webkit et Safari ###
En bon suiveur, Apple est rentré dans la danse plus tard, mais immédiatement très fort, en annonçant en juin [la désactivation par défaut de l’ensemble des greffons](https://webkit.org/blog/6589/next-steps-for-legacy-plug-ins/) (pas seulement Flash, mais aussi Silverlight, Java et Quicktime) de Webkit à partir de Safari 10 (sorti en septembre dernier). Ils seront toujours installés, mais l’information ne sera pas transmise aux sites Web, lesquels enverront alors la version HTML s’ils en ont une. Ceux qui n’auront qu’une version Flash s’afficheront désactivés et Safari demandera alors à l’utilisateur s’il souhaite activer Flash exceptionnellement pour ce site. Quant aux objets Flash intégrés, ils seront activables par un clic dans la page.
# La relève #
## Les nouveaux formats ##
Nous l’avons vu, malgré de nombreuses tentatives de nouveaux formats propriétaires concurrents, aucun n’a fait sa place et seuls les standards du W3C ont totalement submergé le Web. Nous distinguerons en particulier deux sous‐ensembles : HTML5, que nous entendrons dans sa *version marketing*, incluant HTML, mais aussi CSS et toute une collection d’API JavaScript avancées et spécialisées ; et SVG, le format d’image vectoriel développé par le W3C depuis 1999 et qui peut être intégré au HTML depuis cette version 5.
Dans les faits, il faut cependant noter que ces technologies s’entremêlent et selon l’angle avec lequel on regarde, SVG peut aussi être considéré comme un sous‐ensemble de HTML5.
### HTML5

Avec HTML5, les [possibilités du Web furent fortement étendues](https://developer.mozilla.org/fr/docs/Web/Guide/HTML/HTML5), notamment avec les améliorations du CSS, les spécifications Canvas (rendu d’images matriciels dynamique et scriptable), WebGL (rendu 2D et 3D avec accélération matérielle, basé sur OpenGL ES 2.0), les balises `