URL: https://linuxfr.org/news/appel-de-plusieurs-organisations-a-imposer-un-minimum-d-interoperabilite-pour-les-gafa Title: Appel de plusieurs organisations à imposer un minimum d’interopérabilité pour les GAFA Authors: Stéphane Bortzmeyer gUI, ZeroHeure, Davy Defaud, Pierre Jarillon et Ysabeau 🧶 Date: 2019年05月22日T16:20:47+02:00 License: CC By-SA Tags: gafa, interopérabilité, gafam, framasoft et mastodon Score: 58 Lorsque l’on essaie de convaincre des personnes de quitter les vilains réseaux sociaux centralisés des [GAFAM](https://fr.wikipedia.org/wiki/GAFAM) comme Facebook ou YouTube, censeurs et piqueurs de données personnelles, l’objection la plus courante qui est faite est : « Mais, tous mes amis sont sur Facebook, YouTube, Google+ [non, je rigole] et Instagram. Donc, si je pars, je me retrouve seul. » L’idéal serait que tout le monde parte en même temps des GAFAM pour aller vers des réseaux sociaux libres et décentralisés, mais cela semble peu réaliste. Une solution serait alors de contraindre par la loi les acteurs (tous états‐uniens). Mais serait‐ce efficace ? ---- [Journal à l’origine de la dépêche](https://linuxfr.org/users/bortzmeyer/journaux/appel-de-plusieurs-organisations-a-imposer-un-minimum-d-interoperabilite-pour-les-gafa) [L’appel des cinquante‐six organisations](https://www.laquadrature.net/2019/05/21/pour-linteroperabilite-des-geants-du-web-lettre-commune-de-45-organisations/) [Décentraliser Internet par la fédération : ActivityPub (PDF)](https://asso.framasoft.org/nextcloud/s/geoJBDycra8P8AX) ---- Cinquante‐six organisations[^1] de défense des libertés, dont la [Quadrature du Net](https://www.laquadrature.net/), ont lancé [un appel](https://www.laquadrature.net/2019/05/21/pour-linteroperabilite-des-geants-du-web-lettre-commune-de-45-organisations/) à ce que la loi impose une interopérabilité minimale aux _rézosocios_ centralisés. L’idée est de les forcer à avoir une connectivité à l’extérieur avec un protocole standard, par exemple [ActivityPub](https://activitypub.rocks/) : si YouTube avait ActivityPub, les utilisateurs et les utilisatrices de YouTube pourraient partir sur PeerTube tout en continuant à suivre, commenter, etc., leurs amis restés chez GoogleTube. Notez bien que cela n’imposerait rien sur leur fonctionnement interne, leur interface, leur logiciel (libre ou pas), seulement sur une partie de leur connectivité extérieure. Comme les lecteurs et les lectrices de _LinuxFr.org_ aiment bien ~~pinailler~~ rentrer dans les détails, je précise qu’évidemment, cela ne résout pas tout. Par exemple, Gmail utilise le protocole standard [SMTP](https://fr.wikipedia.org/wiki/Simple_Mail_Transfer_Protocol), mais : - ajoute des contraintes non standard, notamment au nom de la lutte anti‐spam (et, pour ActivityPub, ce serait pire car ActivityPub est sous‐spécifié et peu interopérable) ; - fait quand même des choses affreuses avec les données personnelles (même si vous avez votre propre serveur de messagerie avec votre Postfix sur Alpine sur Raspberry Pi, Gmail a une bonne partie de vos messages, puisque vos correspondants sont sur Gmail). Donc, rassurez‐vous, les GAFAM ne risquent pas la mort, même si une telle loi était adoptée et mise en œuvre. Mais cela serait quand même un pas pour desserrer l’étreinte dans laquelle ils emprisonnent actuellement leur clientèle. Pour en savoir plus, voyez [l’étude de Nathalie Rafaralahy](https://asso.framasoft.org/nextcloud/s/geoJBDycra8P8AX) concernant le projet ActivityPub. Nous reproduisons l’appel ci‐dessous : > # _Lettre commune : pour l’interopérabilité des grandes plates‐formes en ligne_> _Nous, défenseurs d’un Internet neutre, libre et ouvert, appelons le législateur à agir pour que les grandes plates‐formes deviennent interopérables avec les autres services Internet._>> _L’interopérabilité garantit à tout le monde de ne pas se trouver captif d’une plate‐forme : de pouvoir librement la quitter, sans perdre ses liens sociaux, et de continuer à communiquer avec ses contacts. L’interopérabilité permet à quiconque de lire depuis un service A les contenus diffusés par ses contacts sur un service B, et d’y répondre comme s’il y était. L’interopérabilité est garantie lorsqu’elle repose sur des standards ouverts._>> _Des services comme Facebook, Twitter et YouTube tiennent leur pouvoir du nombre élevé d’utilisateurs et d’utilisatrices qu’ils ont rendu captifs : ce grand nombre incite d’autres personnes à rejoindre leur service, et leur captivité permet de leur imposer une surveillance constante à des fins publicitaires. Aujourd’hui, nombreux sont celles et ceux qui souhaiteraient y échapper mais sont contraints d’y rester sous peine de perdre le contact avec leurs relations._>> _Pourtant, en dehors de ces plates‐formes, des services interopérables réunissent déjà des millions de personnes (Mastodon, Diaspora, PeerTube...), notamment via le protocole d’interopérabilité ActivityPub publié par le W3C en 2018. Ces réseaux décentralisés, basés sur des logiciels libres, sont co‐hébergés par une multitude d’acteurs distribuant largement les coûts entre eux, ce qui contribue à l’émergence de modèles économiques bien plus respectueux des libertés que celui de la publicité ciblée._>> _Migrer vers ces services permettrait aussi d’échapper à l’environnement toxique entretenu sur Facebook, YouTube ou Twitter. Ces géants favorisent la diffusion des contenus qui maintiennent au mieux notre attention, souvent les plus anxiogènes ou caricaturaux. À l’opposé de la voie prise par les récentes lois de censure, il ne faut pas espérer que ces plates‐formes freinent la diffusion de propos haineux, trompeurs ou dangereux, car leur modèle économique, au contraire, renforce cette diffusion._>> _Il est urgent de permettre à toute personne d’échapper à la surveillance et à la toxicité de ces grandes plates‐formes en rejoignant des services libres, décentralisés et à taille humaine sans conséquences nocives sur ses liens sociaux. La loi doit imposer cette interopérabilité._ [^1]: À la date de parution de cette dépêche.

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