URL: https://linuxfr.org/news/a-m-turing-award-2015-cryptographie Title: A.M. Turing Award 2015 - Cryptographie Authors: xunfr esdeem, Lucas, BAud, bubarđŸŠ„, palm123 et NĂżco Date: 2016ćčŽ03月03æ—„T17:21:30+01:00 License: CC By-SA Tags: edward_snowden, Ă©thique, prix_turing, turing et cryptographie Score: 35 Diffie et Hellman ont Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©s par l'ACM (Association for Computing Machinery) de l'A.M. Turing Award 2015 pour leurs contributions Ă  la cryptographie moderne. ![ACM](http://www.acm.org/images/top-menu/acm_logo_tablet.svg) ---- [Annonce sur le site des A.M. Turing Awards pour Diffie et Hellman](http://www.acm.org/media-center/2016/march/turing-award-2015) ---- Whitfield Diffie, CSO (responsable sĂ©curitĂ©) chez Sun Microsystems, et Martin E. Hellman, professeur Ă©mĂ©rite en ingĂ©nierie Ă©lectrique Ă  l’universitĂ© de Stanford, pionniers de la cryptographie, ont obtenu cette distinction de l’ACM pour leurs travaux sur la cryptographie Ă  clĂ© publique et les signatures numĂ©riques. # L'association L’ACM est une organisation Ă  but non lucratif fondĂ©e en 1947. À l’origine, l'association avait dĂ©cidĂ© de prendre pour nom « Eastern Association for Computing Machinery » lors d’une rĂ©union tenue en 1947 Ă  l’universitĂ© Columbia Ă  New York. C’était la suite logique d’un intĂ©rĂȘt croissant pour l’informatique, notamment pour ce qui avait trait aux machines de calculs, comme en tĂ©moigne cette notice Ă©tablie lors de cette rĂ©union : « _The purpose of this organization would be to advance the science, development, construction, and application of the new machinery for computing, reasoning, and other handling of information._ » « Le but de cette organisation est de faire avancer la science, l’innovation, la crĂ©ation, et l’application aux nouvelles machines de calculs, de raisonnement et de manipulation de l’information. » ou encore celle-ci : « _The Association is an international scientific and educational organization dedicated to advancing the art, science, engineering, and application of information technology, serving both professional and public interests by fostering the open interchange of information and by promoting the highest professional and ethical standards._ » « L’association est une organisation scientifique et Ă©ducative internationale, dĂ©diĂ©e aux avancĂ©es concernant l’art, la science, l’ingĂ©nierie et l’application des technologies de l’information, servant aussi bien les intĂ©rĂȘts du public que des professionnels, en favorisant l’ouverture aux Ă©changes d’informations et la promotion des meilleurs standards Ă©thiques et professionnels. » En janvier 1948, l’association supprimera le mot _Eastern_ de son appellation et deviendra l’ACM. Sa structure est composĂ©e de personnes (estimation de 100 000 au niveau mondial), aussi bien de professionnels que d’étudiants, en provenance de tous les secteurs en lien avec les sciences informatiques et leurs applications. Pour diffĂ©rencier ses membres, elle reconnaĂźt trois grades, ou distinctions selon leurs contributions : - _Senior member_ (regroupe les professionnels qui ont 10 ans d’expĂ©rience et qui sont membres de l’ACM depuis 5 ans) ; - _Distinguished Member_ (professionnels avec 15 ans d’expĂ©rience et membre depuis 5 ans) ; - _Fellow_ (rang le plus prestigieux qui nĂ©cessite d’ĂȘtre membre depuis 5 ans, d’avoir contribuĂ© Ă  des travaux dans les sciences informatiques, des technologies de l’information ou au sein de l’association, mais qui nĂ©cessite Ă©galement d’ĂȘtre nommĂ© par un membre professionnel). On peut remarquer que les Ă©tudiants n’ont pas droit Ă  ces statuts, probablement du fait qu’ils n’ont pas encore contribuĂ© significativement en informatique. Toutefois, ils peuvent bĂ©nĂ©ficier autant que les professionnels d’[avantages au sein de l’organisation](http://www.acm.org/membership/membership-benefits), comme des opportunitĂ©s d’emplois, un vaste rĂ©seau, des accĂšs Ă  des ressources (cours, livres, etc.). En plus de ces distinctions offertes aux professionnels, l’organisation en propose une autre qui s’accompagne cette fois-ci d’un crĂ©dit. # L'A.M Turing Il s’agit de la plus prestigieuse distinction au sein de l’association. Elle a Ă©tĂ© nommĂ©e ainsi en mĂ©moire des travaux d’Alan Turing, mathĂ©maticien britannique et pionnier dans le domaine de l’informatique, connu pour ses travaux sur [Enigma](https://fr.wikipedia.org/wiki/Enigma_(machine)) durant la Seconde Guerre mondiale. La rĂ©compense s’accompagne de la remise d’une somme d’un million de dollars, financĂ©e par Google. Elle est dĂ©cernĂ©e Ă  une personne choisie pour sa contribution de grande valeur dans le domaine informatique. Pour l’annĂ©e 2015, la rĂ©compense souligne l’importance des travaux de Diffie et Hellman, travaux qui permettent de faire communiquer deux parties de façon privĂ©e Ă  travers un canal sĂ©curisĂ©, comme la connexion sĂ©curisĂ©e en ligne vers les banques, les sites de commerce en ligne et autres serveurs d’email, ou encore le _cloud_. Les deux chercheurs ont introduit dans une publication datĂ©e de 1976 et intitulĂ©e « [New Directions in Cryptography](https://www-ee.stanford.edu/~hellman/publications/24.pdf) » l’idĂ©e de clĂ©s publiques et de signature numĂ©rique. Ces idĂ©es sont Ă  la base de beaucoup de protocoles de sĂ©curitĂ© actuels permettant de sĂ©curiser les communications quotidiennes sur Internet. # RĂ©compenser la cryptographie C’est donc la cryptographie qui a Ă©tĂ© mise Ă  l’honneur Ă  l’occasion de la remise de cette rĂ©compense. Cette distinction de la cryptographie apporte un message intĂ©ressant dans le contexte actuel, aprĂšs les rĂ©vĂ©lations d’Edward Snowden sur la surveillance gĂ©nĂ©ralisĂ©e et au moment oĂč les États occidentaux veulent limiter son accĂšs aux citoyens. Selon les mots du prĂ©sident de l’ACM, Alexander L. Wolf : « En 1976, Diffie et Hellman ont pensĂ© un futur oĂč les gens communiqueraient rĂ©guliĂšrement dans les rĂ©seaux et seraient vulnĂ©rables Ă  des vols ou des altĂ©rations au sein de leurs communications. Maintenant, aprĂšs prĂšs de 40 ans, nous constatons que leurs prĂ©visions se sont avĂ©rĂ©es. » Des propos appuyĂ©s par un chercheur de Google, Andrei Broder : « La cryptographie Ă  clĂ©s publiques est fondamentale au sein de nos industries ». Il poursuit en disant que « la capacitĂ© Ă  protĂ©ger des donnĂ©es privĂ©es repose sur des protocoles qui confirment l’identitĂ© du propriĂ©taire et ainsi assurent l’intĂ©gritĂ© et la confidentialitĂ© des communications ». « Ces protocoles largement utilisĂ©s ont pu ĂȘtre concrĂ©tisĂ©s grĂące aux idĂ©es de Diffie et Hellman », termine Andrei. Depuis longtemps, la cryptographie s’est imposĂ©e comme un moyen pour sĂ©curiser les flux d’échanges entre parties. On est passĂ© de chiffrement Ă  base de charabia (calcul de clĂ© gĂ©nĂ©rĂ©e par l’humain) Ă  des chiffrements plus Ă©voluĂ©s, plus sĂ»rs, plus rapides Ă  faire, mais surtout plus difficiles Ă  dĂ©crypter, grĂące au calcul de clĂ©s gĂ©nĂ©rĂ©es par des machines. C’est par ailleurs aprĂšs la PremiĂšre Guerre mondiale que les machines Ă  calculer ont commencĂ© Ă  se dĂ©velopper. Dans la notion de chiffrement, la clĂ© est un Ă©lĂ©ment d’information qui va permettre de traduire du texte lisible en texte chiffrĂ© et illisible (brouillĂ©). C’est comme la crĂ©ation d’une serrure qui n’autorise qu’une clĂ© spĂ©cifique pour la dĂ©verrouiller. Auparavant, lorsque deux individus cherchaient Ă  Ă©tablir une communication chiffrĂ©e, ils avaient besoin de clĂ©s identiques, c’est ce que l’on appelle la cryptographie symĂ©trique. La gestion de ces clĂ©s limitait fortement la portĂ©e de ces communications. Mais ce systĂšme de chiffrement posait un problĂšme au niveau de la sĂ©curitĂ© : la clĂ© unique peut ĂȘtre interceptĂ©e par une tierce partie, notamment au moment de l’échange, et lui permettre ainsi de dĂ©chiffrer le message sans que les deux parties le sachent ou mĂȘme de chiffrer un message frauduleux sans que la partie rĂ©cipiendaire puisse douter de l’origine du message. Dans la publication « New Directions in Cryptography », Diffie et Hellman ont prĂ©sentĂ© un algorithme _( **[NdM]** Il ne s'agit pas d'un algorithme, d'une implĂ©mentation, mais d'une description/formalisation du principe. Cf [cet article](https://www-ee.stanford.edu/~hellman/publications/24.pdf))_ qui montre que le chiffrement Ă  clĂ© publique ou Ă  clĂ©s asymĂ©triques est possible. Ils Ă©tablissent la notion de couple clĂ© publique/clĂ© privĂ©e. La clĂ© publique permet le chiffrement du message. Elle est non secrĂšte et est Ă©changeable librement. La clĂ© privĂ©e est quant Ă  elle secrĂšte. Elle permet de dĂ©chiffrer le message chiffrĂ© avec la clĂ© publique associĂ©e. Bien entendu, il ne doit pas ĂȘtre possible de dĂ©duire la clĂ© privĂ©e de la clĂ© publique associĂ©e, au risque de rendre la sĂ©curitĂ© apportĂ©e nulle. Ce concept se dĂ©cline en deux grandes utilisations : - le chiffrement de messages en utilisant la clĂ© publique du destinataire. Seul le destinataire possĂ©dant la clĂ© privĂ©e associĂ©e pourra dĂ©chiffrer le message ; - la signature numĂ©rique de message en utilisant sa propre clĂ© privĂ©e. Le destinataire peut vĂ©rifier la signature en utilisant la clĂ© publique de l’émetteur. Lui seul connaissant la clĂ© privĂ©e aura pu Ă©mettre la signature. Pour finir sur ce Turing Award, on peut remarquer que cette distinction a mis en avant deux personnalitĂ©s cĂ©lĂšbres, en se basant sur une de leurs publications, et probablement sur d’autres critĂšres (comme les prĂ©cĂ©dentes rĂ©compenses reçues au sein de l’ACM). Pourtant, une autre personne a Ă©galement Ă©tĂ© un pionnier de ce concept Ă  la mĂȘme Ă©poque. Il n’est pas difficile de trouver son nom associĂ© Ă  ces personnalitĂ©s, pour des mĂ©thodes de cryptographie asymĂ©triques : Ralph Merkle. [Pour rĂ©sumer](https://www.certicom.com/index.php/a-brief-history), avant la publication de Diffie et Hellman, Merkle, encore Ă©tudiant, avait Ă©mis l'idĂ©e d'une cryptographie Ă  base de clĂ© publique. Cette idĂ©e reposait sur une mĂ©thode de gĂ©nĂ©ration de puzzle alĂ©atoire pour construire un Ă©change sĂ©curisĂ© en deux parties. Merkle ayant trouvĂ© peu de soutien et d’écoute pour ses idĂ©es, c’est la publication de Diffie et Hellman qui fut considĂ©rĂ©e comme l’origine du concept de clĂ© asymĂ©trique. Cela n’a pas empĂȘchĂ© Merkle de devenir un professeur distinguĂ© en informatique au Georgia Tech’s Information Security Center. # Quelques liens - Une ancienne publication de Diffie sur les [premiĂšres annĂ©es de la cryptograhie publique](http://cr.yp.to/bib/1988/diffie.pdf), trouvĂ©e sur le site de [Merkle](http://www.merkle.com/1974/). - Une [Histoire alternative](https://cryptome.org/ukpk-alt.htm) concernant la cryptographie asymĂ©trique. - Portail de l'ACM qui regroupe une [liste complĂšte de ses publications](http://dl.acm.org/) : cela inclut des journaux, des retours de confĂ©rences, des magazines techniques, des lettres d'informations, et des ouvrages. - Profil ACM (statistiques, et publications) concernant [Martin E Hellman](http://dl.acm.org/author_page.cfm?id=81100428712) et [Whitfield Diffie](http://dl.acm.org/author_page.cfm?id=81100513962).

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