Le 23 septembre 1999 ? 10:41 heure fran軋ise d饕utait la mise en orbite de la sonde Mars Climate Orbiter. La man忖vre d'insertion en orbite martienne (MOI, Mars Orbit Insertion) 騁ait l'une des phases les plus critiques de la mission. La sonde suit ? ce moment l? une proc馘ure enti鑽ement automatique et lorsque la man忖vre commence, plus rien ne peut stopper son d駻oulement.
Le principe de la man忖vre d'insertion orbitale est assez simple. Mars Climate Orbiter arrive sur Mars comme un bolide. Pour se placer en orbite martienne, il est n馗essaire de la ralentir suffisamment pour qu'elle puisse 黎re happ馥 par le champ de gravit? de Mars. Si le moteur ne s'allume pas ou si le freinage n'est pas assez fort, la sonde survole Mars puis d駱asse la plan鑼e en continuant sur sa lanc馥. La mise en orbite n'est plus possible et la sonde poursuit sa route ? travers le syst鑪e solaire sur une orbite h駘iocentrique. Dans le cas de Mars Climate Orbiter, le moteur doit fonctionner pendant 16 minutes et 23 secondes pour assurer un freinage suffisant. Pendant la man忖vre, les communications avec la sonde seront interrompues sur une courte p駻iode. 5 minutes apr鑚 la mise ? feu, la sonde doit effectivement passer derri鑽e Mars, ce qui coupera la liaison radio avec la Terre. L'occultation du signal radio ne doit durer qu'une vingtaine de minutes et lorsque le contact sera r騁abli, la sonde sera d駛? sur son orbite.
A 11:01 tr鑚 pr馗ise, au grand soulagement des contr?leurs, et alors que la sonde est en train de fr?ler le p?le nord martien , le moteur de 640 Newtons de pouss馥 est mis ? feu. L'analyse du d馗alage doppler du signal radio confirme que le vaisseau est bien en train de ralentir. A 11:06, comme pr騅u, le signal radio de la sonde s'騅anouit, tandis que les donn馥s de t駘駑esure d駛? re輹es attestent du bon comportement du moteur pendant les 5 premi鑽es minutes de son fonctionnement. A 11:27, le contact radio doit normalement 黎re r騁abli.
[画像:La mise en orbite de Mars Climate Orbiter]
La mise en orbite commence avec l'arriv馥 de la sonde sur la plan鑼e Mars. Au point A, Mars Climate Orbiter suit encore sa trajectoire initiale, qui doit l'amener ? survoler le p?le nord de Mars ? une altitude d'environ 140 km. Lors du survol, le moteur de la sonde est mis ? feu (B) dans le but de la ralentir suffisamment pour permettre sa capture par le champ de gravit? de Mars. Cinq minutes apr鑚 l'allumage du moteur, Mars Climate Orbiter doit passer derri鑽e Mars, ce qui va interrompre les communications radios. Ce n'est qu'? la fin de l'occultation, 20 minutes plus tard, que les contr?leurs doivent de nouveau recevoir un signal de la sonde, gr稍e au r駸eau d'馗oute de l'espace lointain (Deep Space Network, DSN). Ils seront alors certains que tout s'est d駻oul? comme pr騅u et que la sonde suit maintenant une orbite autour de Mars (C). A l'heure pr馗ise ou la sonde doit 駑erger de l'autre c?t? de la plan鑼e, tout le monde retient son souffle. Le signal tant attendu n'arrive pas. Il n'arrivera jamais (Cr馘it photo : ゥ Philippe Labrot).
Les derniers calculs indiquent que la sonde doit r饌ppara?tre ? 11:26:25, mais lorsque le moment fatidique arrive, l'immense antenne de la station du Deep Space Network de Canberra en Australie ne capte aucun signal. Quelques minutes plus tard, le silence se prolonge et sur les images diffus馥s sur la t駘騅ision de la NASA, les contr?leurs commencent ? montrer des signes d'impatience. L'un d'eux retrousse sa manche pour consulter sa montre, tandis qu'un autre quitte la salle avec un geste de d駱it. Quelque chose ne tourne pas rond. Et cela ne laisse rien pr駸ager de bon.
Quelques dizaines de minutes plus tard, juste avant la fin du reportage consacr? ? la mise en orbite, la station de Canberra annonce que le contact n'est toujours pas r騁abli et ? 11:41, la NASA annonce officiellement que le contact avec la sonde est perdu. Personne ne sait ? ce moment pr馗is ce qu'il s'est r馥llement pass?. La seule chose qui soit s?re, c'est que la mise en orbite, qui avait pourtant bien d饕ut?, se termine dans une atmosph鑽e qui n'est pas sans rappeler celle de la perte de Mars Observer en 1993, qui avait eu lieu dans des conditions similaires.
Il est assez ironique de penser que Mars Climate Orbiter avait justement 騁? con輹e pour pallier ? la disparition de Mars Observer, un engin de 900 millions de dollars qui transportait une charge scientifique exceptionnelle compos馥 de 8 instruments. La perte de ce monstre a 騁? ressentie comme une v駻itable saign馥 par la NASA. L'agence a 騁? tellement 饕ranl馥 qu'elle a ensuite revu une bonne partie de sa politique spatiale. Apr鑚 Mars Observer, plus question de mettre tous les oeufs dans un m麥e panier. Le programme better, faster, cheaper 騁ait n?. Les missions vers Mars allaient maintenant comporter un grand nombre de sondes plus petites, assez l馮鑽es, peu co?teuses focalis馥s sur un sujet d'騁ude particulier, chacune ne transportant que peu d'instruments. Chaque mission allait de plus 黎re con輹e pour 黎re ind駱endante des autres, tout cela pour que la NASA puisse encaisser plus facilement une perte. Mais Mars Climate Orbiter allait nous montrer qu'une perte, m麥e pr騅ue et planifi馥, reste une perte.
Les technologies avancent et l'homme a fait bien des progr鑚 depuis les premi鑽es missions de 1960 ? destination de Mars, mais la plan鑼e rouge semble encore bien d馗id? ? abattre quelques sondes en plein vol. Il faut dire que Mars poss鐡e sans doute l'un des palmar鑚 les plus impressionnants de tout le syst鑪e solaire en ce qui concerne la perte d'engins spatiaux. Si vous avez suivi semaine apr鑚 semaine les mises ? jour du chapitre consacr? ? l'exploration spatiale de Mars, vous avez sans doute not? que l'騁ude de cette plan鑼e est pav馥 de catastrophes. Certaines sondes ont 馗hou? au beau milieu de leur long trajet vers la plan鑼e rouge, d'autres ont d駱ass? la plan鑼e sans pouvoir se placer en orbite, et un atterrisseur parmi tous ceux qui se sont 馗rabouill駸 ? sa surface, n'a touch? le sol que pour transmettre pendant 20 secondes des donn馥s avant de devenir muet ? jamais. D'autres sondes, enfin, n'ont m麥e jamais r騏ssi ? quitter l'orbite terrestre. D'un autre c?t?, si les succ鑚 se comptent sur les doigts de la main, il faut avouer qu'ils ont toujours 騁? retentissants. Les r駸ultats transmis par les vaisseaux rescap駸 ont ? chaque fois d駱ass? nos esp駻ances les plus folles, que ce soit les premi鑽es photos de Mariner 4, ou l'incroyable moisson engrang馥 par les sondes Mariner 9 et Viking.
Apr鑚 les premi鑽es minutes d'effrois, les hypoth鑚es pour expliquer la perte du contact commencent ? affluer. Les contr?leurs de Mars Climate Orbiter ont d'abord l'espoir que la sonde se soit plac馥 correctement en orbite et que le signal se fasse entendre dans les heures qui suivent. Mars Climate Orbiter a peut 黎re effectivement bascul馥 en mode de contingence, ce qui expliquerait que les communications soient temporairement interrompues. Les sondes spatiales actuelles poss鐡ent une grande autonomie et sont capables de subvenir ? leurs besoins dans l'aide de la Terre. Si Mars Climate Orbiter est r馥llement pass? en mode de contingence, elle a peut 黎re d'autres choses plus importantes ? faire que de communiquer avec la Terre. De plus, ce mode de fonctionnement comprend une proc馘ure automatique de reprise de contact qui a d駛? fait ses preuves. Certains pensent que Mars Climate Orbiter s'est peut 黎re mise ? tourner sur elle-m麥e ? grande vitesse comme une toupie folle, ce qui emp鹹herait le pointage de son antenne vers la Terre. L'incident pourrait s'expliquer aussi par la coupure intempestive, pour une raison ou une autre, de l'駑etteur de bord. Les ing駭ieurs pensent dans un premier temps ? envoyer une commande pour forcer la remise en route de l'駑etteur, mais ils pr馭駻eront ensuite s'en tenir ? la proc馘ure de reprise automatique de contact que la sonde doit suivre ? la sortie du mode de contingence. Des calculs sont effectu駸 pour tenter de deviner l'emplacement de la sonde, 騁ape obligatoire pour repointer les 駭ormes antennes de 70 et 34 m鑼res du Deep Space Network et r騁ablir enfin une communication avec le vaisseau.
Il n'y avait malheureusement qu'une seule chose ? faire pour savoir ce qui s'騁ait produit et conna?tre le statut et la position de la sonde. Il fallait restaurer les communications et capter un signal radio. Et cela devait 黎re fait le plus rapidement possible, pour permettre aux ing駭ieurs de reprendre le contact avant qu'il ne soit trop tard. Un passage un peu trop bas dans l'atmosph鑽e au prochain passage, et Mars Climate Orbiter n'existe plus. Mais la r饌lit? 騁ait encore pire que les pr騅isions.
A mesure que les heures passaient, il devenait de plus en plus improbable que la sonde soit encore en vie. Pourtant, en d駸espoir de cause, les contr?leurs ont quand m麥e continu? ? fouiller l'espace avec les immenses antennes du Deep Space Network (en particulier celle de Goldstone en Californie et celle de Canberra en Australie). Ils vont d'abord caler les antennes sur la fr駲uence de la sonde, puis scanner ensuite une bande de fr駲uence bien plus large, de mani鑽e ? 黎re s?r de ne laisser passer aucun signal. Pour eux, l'in騅itable n'騁ait encore qu'une option, les rumeurs d'un crash une affabulation, et la sonde pouvait encore tr鑚 bien se trouver en orbite autour de Mars, une orbite certes bien diff駻ente de celle initialement pr騅ue ? cause d'un survol un peu trop bas, mais une orbite quand m麥e. Certains ont m麥e 駑is l'hypoth鑚e que la mise en orbite n'avait pas pu avoir lieu et que la sonde avait d駱ass? Mars pour continuer sur sa route, lanc馥 ? plusieurs kilom鑼res par secondes dans le froid glacial de l'espace. Les antennes du Deep Space Network ont donc 騁? point馥s dans la r馮ion ou la sonde devait se trouver si l'insertion orbitale avait 馗hou?. Mais aucun signal n'est jamais arriv?, et la NASA a officiellement abandonn? les recherches devenues futiles le vendredi 24 septembre 1999.
Les premi鑽es analyses des donn馥s obtenues 6 ? 8 heures avant la man忖vre d'insertion arrivent et montrent des r駸ultats inattendus. Il semble de plus en plus 騅ident que la sonde a suivi un couloir de survol beaucoup plus bas que le couloir th駮rique. Le survol du p?le nord devait avoir lieu ? une altitude th駮rique confortable de 193 km. Depuis quelques jours, les ing駭ieurs avaient bien remarqu? que la sonde semblait suivre une trajectoire un peu trop basse et que le passage allait en fait avoir lieu ? une altitude de 140 km, mais cette valeur restait raisonnable. La limite extr麥e ? ne pas d駱asser 騁ait de 85 km car en dessous, la densit? de l'atmosph鑽e est bien trop forte et l'馗hauffement lib駻? lors de la rentr馥 d駸int馮rerait la sonde en quelques secondes.
Et puis d'un seul coup le chiffre tombe. Mars Climate Orbiter a 騁? victime d'une erreur catastrophique de navigation, et la sonde a affront? l'atmosph鑽e martienne ? une altitude incroyable de 57 km. Au fur et ? mesure de son plongeon, la densit? de l'atmosph鑽e resserrait ses griffes sur la sonde. La premi鑽e structure qui a du partir en morceaux est sans aucun doute l'unique panneau solaire. Puis Mars Climate Orbiter s'est transform? en une boule incandescente, 騁oile filante dans le ciel martien, dispersant ses fragments m騁alliques dans l'atmosph鑽e, tandis que dans la salle de contr?le, les navigateurs attendaient avec impatience la reprise d'un contact radio qui ne viendra jamais. Un petit tour, et puis s'en va ...
[画像:Descente dans l'atmosph鑽e]
Mars Climate Orbiter devait fr?ler Mars ? une distance th駮rique de 193 km au-dessus du p?le nord, valeur revue un peu ? la baisse apr鑚 les derniers calculs effectu駸 avant l'arriv馥 (140 km, ligne A). A cette altitude, l'atmosph鑽e martienne est si t駭ue qu'elle ne pr駸ente absolument aucun risque. Malheureusement, une erreur catastrophique de navigation avait abaiss? de plus de 100 km l'altitude r馥lle du point de passage et le survol s'est produit ? seulement 57 km d'altitude (ligne C). La hauteur limite ? ne pas d駱asser dans un cas comme celui ci est estim馥 ? 85 km (ligne B). L'erreur 騁ait sans doute pr駸ente au sein de la trajectoire depuis de nombreux mois, mais les navigateurs ne se sont aper輹s de rien. Quand ils ont enfin pris conscience de l'erreur et de ses cons駲uences, il 騁ait trop tard. A 57 km d'altitude, la densit? de l'air est telle que Mars Climate Orbiter n'avait absolument aucune chance de r馗happer ? son plongeon mortel dans l'atmosph鑽e martienne. La pression et l'馗hauffement provoqu? par les forces de frottements ont eu raison du fragile engin. Soumises ? des conditions intenables, la petite sonde s'est sans doute consum馥 en un instant dans un 馗lat de lumi鑽e, bris馥 en mille morceaux ou crash馥 ? la surface de Mars. Le moteur, soumis ? un 馗hauffement consid駻able, s'est peut 黎re aussi arr黎? avant l'heure pr騅ue, emp鹹hant ainsi la mise en orbite de Mars Climate Orbiter. La sonde, mutil馥 et br?l馥, continue peut 黎re encore aujourd'hui sa route sur une orbite quelconque autour du soleil (Cr馘it photo : ゥ Philippe Labrot).
Les soup輟ns se portent dans un premier temps sur la derni鑽e man忖vre de correction de trajectoire, sens馥 affiner la trajectoire suivie par la sonde, et qui avait eu lieu avec succ鑚 le 15 septembre dernier. Il 騁ait plus que probable que cette man忖vre ne se soit pas d駻oul馥 comme pr騅u, signant l'arr黎 de mort de la sonde plusieurs jours ? l'avance. Pour situer avec pr馗ision un objet dans l'espace, il faut pouvoir comparer sa position avec celle d'un objet de r馭駻ence. Dans le cas de Mars Climate Orbiter, c'est la plan鑼e Mars qui jouait ce r?le. Ce n'騁ait donc qu'au moment de son approche que l'erreur de trajectoire pouvait appara?tre. Mais ? ce moment l?, il 騁ait d駛? trop tard.
Il faut reconna?tre qu'il est difficile de bl穃er les navigateurs interplan騁aires pour une perte de ce genre. Le travail d'un navigateur compte sans doute parmi les plus difficiles au monde. Ces gens l? sont tout simplement capable de diriger dans l'espace des vaisseaux spatiaux et de les faire arriver sur leur objectif avec une 駭orme pr馗ision, apr鑚 des centaines de jours de voyage, le tout ? des centaines de millions de kilom鑼res de distance. C'est un travail un peu surhumain, qui repousse chaque fois la limite de nos capacit駸. Les 馗hecs dans ce domaine sont in騅itables. Il y en a eu, et il y en aura encore. Il est m麥e frappant de constater que la plupart du temps, chaque sonde se trouve ? la bonne heure (comprenez ? la dizaine de secondes pr鑚) et au bon endroit (comprenez ? la centaine de kilom鑼res pr鑚, apr鑚 un voyage qui en compte plusieurs centaines de millions)! Il suffit de jetez un coup d'彿l sur le carnet de route des sondes Voyager I et Voyager II, qui sont parties pour le syst鑪e solaire externe vers les g饌ntes gazeuses, pour comprendre ce qu'un voyage dans l'espace implique et signifie !
Peu apr鑚 la catastrophe, deux comit駸 d'enqu黎e ind駱endants sont mandat駸 par la NASA pour d馗ouvrir l'origine de l'erreur et ses implications : un groupe comprenant une dizaine d'experts en navigation appartenant ou ayant appartenu au JPL et un second r騏nissant des intervenants ext駻ieurs. Un troisi鑪e comit? rassemblant des membres de la NASA a 騁? constitu? au d饕ut du mois d'octobre. Les premi鑽es conclusions de ce dernier comit? devraient 黎re pr駸ent馥s le 29 octobre, et un rapport 馗rit sera d駘ivr? le 5 novembre. Le rapport final sera publi? le 1er f騅rier 2000. En plus des v駻itables causes de la perte de Mars Climate Orbiter, il r駸umera les le輟ns apprises et donnera des recommandations pour am駘iorer les processus impliqu駸 dans la conception d'une mission spatiale et r馘uire les probabilit駸 d'apparition de ce genre d'accident dans le futur.
Une semaine apr鑚 la destruction de Mars Climate Orbiter, l'une des deux premi鑽es commissions rend ses premi鑽es conclusions sur les causes du crash de la sonde. Celles ci sont affligeantes ...
Je crois qu'il n'existe pas une mani鑽e plus b黎e de perdre une sonde spatiale que celle qui a frapp? Mars Climate Orbiter dans sa course (? l'exception peut 黎re de l'erreur qui a conduit ? l'馗hec de la mission sovi騁ique Kosmos 419). Si la NASA peut tirer une le輟n de ce drame, la perte de Mars Climate Orbiter n'aura pas 騁? vaine. Par piti?, plus jamais 軋 !
Il semble que la perte de Mars Climate Orbiter doit simplement 黎re mise sur le compte d'un probl鑪e d'unit? dans l'expression d'une force de pouss馥. Les ing駭ieurs de Lockheed Martin Astronautics (Denver dans le Colorado), la firme qui a con輹 et fabriqu? la sonde martienne, avaient apparemment gard? la mauvaise habitude de travailler avec les unit駸 du syst鑪e anglo-saxons. De leur c?t?, les ing駭ieurs du Jet Propulsion Laboratory (Pasadena en Californie) travaillaient depuis des ann馥s dans le syst鑪e m騁rique, reconnu au niveau international comme 騁ant le syst鑪e de r馭駻ence. Il semble que lors du transfert des donn馥s entre le centre de Lockheed et celui du JPL, personne ne se soit rendu compte qu'il fallait convertir les donn馥s, chacun 騁ant persuad? que l'un utilisait les m麥es unit駸 que l'autre ! Les donn馥s qui proviennent de Lockheed sont pourtant soumises ? des proc馘ures particuli鑽ement s騅鑽es de v駻ification, mais celles ci sont rest馥s parfaitement inop駻antes. L'erreur 騁ait apparemment trop grossi鑽e pour 黎re d騁ect?, et elle est pass馥 comme un poisson dans l'eau ? travers les barri鑽es du syst鑪e de v駻ification.
La faute est stupide (mais elles le sont en g駭駻al toutes), mais le pire, c'est qu'elle ne semble pas r馗ente : cela fait quatre ans qu'elle se niche sournoisement dans les calculs et les donn馥s 馗hang馥s par les deux centres. Le fait est alarmant et la NASA va continuer ses investigations pour comprendre les implications qui se cachent derri鑽e l'absence de d騁ection et de correction d'une pareille bourde. Il se pourrait que certains faits inexpliqu駸 jusqu'? maintenant dans le comportement de certaines sondes trouvent enfin une r駱onse. L'un des principaux objectifs pour la NASA est de s'assurer que la sonde Mars Polar Lander ne soit pas afflig馥 du m麥e probl鑪e. Si malheureusement c'est le cas, les corrections doivent imm馘iatement 黎re apport馥s pour 騅iter que l'atterrisseur ne subisse le m麥e sort que la sonde qui devait l'accompagner dans son exploration des terres martiennes.
Une certaine confusion concernant les causes de la perte de Mars Climate Orbiter a r馮n? au sein des d馗larations de la presse. Apr鑚 avoir globalement compris que le probl鑪e se situait au niveau des diff駻entes unit駸 utilis馥s par les 駲uipes de Lockheed et du JPL, certaines personnes n'ont pas h駸it? ? simplifier abusivement la cause de l'accident, en mentionnant que la sonde 騁ait programm馥 pour effectuer le survol ? 60 miles, mais que celui ci s'est d駻oul? ? 60 km.
L'erreur d'unit? concerne en fait des donn馥s d'acc駘駻ation. Lockheed fournissait ses donn馥s en livres, une unit? du syst鑪e anglais, alors que les ing駭ieurs du JPL s'empressaient de les rentrer dans les ordinateurs en consid駻ant que ces donn馥s repr駸entaient des Newtons (unit? du syst鑪e m騁rique). Une livre 駲uivaut ? 4,48 Newtons. Ces donn馥s permettaient de programmer l'allumage r馮ulier des petits moteurs d'attitude qui servent ? corriger la trajectoire de la sonde ainsi que sa vitesse. A chaque fois que les petites fus馥s 騁aient mises ? feu, elles injectaient dans la trajectoire de la sonde une d騅iation tr鑚 l馮鑽e et sournoise.
Il est quand m麥e assez 騁range que les navigateurs ne se soient pas aper輹s de la d騅iation de la sonde au cours de son voyage vers Mars. La NASA avait annonc? la d駑onstration d'une nouvelle m騁hode de suivi de Mars Climate Orbiter par les antennes du Deep Space Network, le NST (Near Simultaneous Tracking). Ce programme 騁ait sens? utiliser la sonde Mars Global Surveyor en orbite autour de Mars comme cible de calibration pour la navigation de Mars Climate Orbiter pendant son voyage. Une station au sol suivait d'abord la premi鑽e sonde de r馭駻ence pendant une dur馥 de 2 ? 4 heures, puis basculait en moins de 20 minutes dans une position qui lui permettre de suivre Mars Climate Orbiter sur une dur馥 similaire (2 ? 4 heures). Les donn馥s Doppler recueillies pour les deux sondes 騁aient combin馥s entre elles pour obtenir une estimation du chemin suivi par Mars Climate Orbiter par rapport ? la position de la sonde de r馭駻ence (et donc par rapport ? Mars), avec une pr馗ision bien sup駻ieure ? la normale. Apr鑚 la phase de d駑onstration impliquant Mars Climate Orbiter, le Deep Space Network devait utiliser le NST pour suivre Mars Polar Lander en vue de l'affinement de sa trajectoire pendant les 45 derniers jours pr馗馘ant l'atterrissage. Cela aurait permis, selon la NASA, de guider avec une grande pr馗ision Mars Polar Lander vers son site d'atterrissage. Etant donn? que la pr騁endue d駑onstration n'a pas permis de s'apercevoir de la d騅iation de Mars Climate Orbiter, on peut logiquement se demander bien si le NST poss鐡e bien une meilleure pr馗ision que les m騁hodes de suivi classiques !
Contrairement ? ce qui avait 騁? annonc? dans un premier temps, l'erreur polluait d駛? les donn馥s re輹es par Mars Climate Orbiter bien avant la quatri鑪e man忖vre de correction de trajectoire. Depuis son lancement le 11 d馗embre 1998, la sonde portait ce germe d'馗hec en elle, mais les effets 騁aient alors si minimes que l'erreur 騁ait rest馥 parfaitement invisible. La vitesse et la distance de la sonde n'ont jamais paru anormaux aux yeux des navigateurs. Mais les petites diff駻ences se sont ajout馥s entre elles pendant les longs mois du voyage, jusqu'? prendre des proportions 駭ormes au moment de l'arriv馥 sur Mars.
Cette terrible bourde ne devrait pas affecter les relations entre Lockheed et la NASA, le premier ayant quand m麥e construit de nombreuses sondes qui fonctionnent correctement. Cela dit, Lockheed s'est empress? d'annoncer que les contrats sign駸 par la NASA allaient 黎re examin駸 pour savoir si les unit駸 ? utiliser y 騁aient mentionn馥s. Bonjour l'entente !
Parmi les autres d馗ouvertes de ces derniers jours, il semble que le syst鑪e de propulsion de la sonde lors de son plongeon dans l'atmosph鑽e n'a pas support? la chaleur et que le moteur se soit finalement arr黎? avant d'atteindre la fin de sa dur馥 de fonctionnement. Il est donc possible que Mars Climate Orbiter ne se soit pas d駸int馮r? dans l'atmosph鑽e, mais que la petite sonde, qui poss馘ait encore suffisamment de vitesse pour s'arracher ? la gravit? martienne, soit ressortie de l'atmosph鑽e pour continuer sur une orbite h駘iocentrique. Le vaisseau bless? poursuit donc peut 黎re en ce moment sa route autour du soleil ...
Mars Climate Orbiter n'a pas trahi ceux qui l'avaient con輹. Nul probl鑪e m馗anique n'est ? bl穃er. La pauvre sonde s'est simplement vu transmettre des donn馥s erron馥s, ou les informations sens馥s 黎re en livres 騁aient en fait en Newtons. En suivant ? la lettre son programme, elle a fonc? t黎e baiss馥 vers une fin peu enviable, ? cause d'un simple probl鑪e d'unit?, qu'une 駘钁e d'une 馗ole primaire r駸out tous les soirs pendant ses exercices. Quand on aura enfin d馗id? de troquer d馭initivement ces foutues unit駸 du syst鑪e anglo-saxons pour celles du syst鑪e m騁rique, tout le monde s'en portera bien mieux. Les sondes martiennes y compris ...
[画像:Webcam : centre de controle de mission du JPL]
Ambiance d騁endue au centre de contr?le du Jet Propulsion Laboratory ? Pasadena. Les visages sont souriants alors que le moteur de Climate Orbiter, qui s'est allum? ? l'heure pr騅ue, freine la sonde pour permettre sa capture en orbite martienne. Gr稍e ? deux webcams plac馥s dans la salle, il est possible de suivre la man忖vre d'insertion orbitale comme si l'on y 騁ait ! (Cr馘it photo : NASA/JPL, image webcam captur馥 le 23 septembre 1999 ? 11:01).
[画像:Webcam : centre de controle de mission du JPL]
Humm, alors la 軋 commence ? devenir moins amusant. Cela fait d駛? plus de neuf minutes que les communications avec Mars Climate Orbiter auraient du 黎re r騁ablies, et l'engin est toujours muet comme une carpe. Les ing駭ieurs sont tendus et les visages affichent des grimaces. Le visage de Richard Cook (au centre de l'image), l'un des principaux responsables de la mission, montre d駛? une certaine tristesse. Il suffisait de voir cette image pour comprendre que quelque chose 騁ait en train de clocher (Cr馘it photo : NASA/JPL, image webcam captur馥 le 23 septembre 1999 ? 11:36).
[画像:Signal doppler et freinage de la sonde]
Le site officiel de Mars Climate Orbiter permettait de transformer votre appartement en salle de contr?le de mission et votre PC en console digne d'un vaisseau spatial. Il 騁ait possible de suivre quasiment en temps r馥l les donn馥s de t駘駑騁rie de nombreux sous-syst鑪es, le plus int駻essant 騁ant bien entendu celui de la propulsion. Une vue simul馥 de l'orbiteur a permis d'admirer le survol du p?le nord et la mise ? feu du moteur. On pouvait 馮alement suivre le freinage de la sonde gr稍e ? l'analyse du d馗alage doppler du signal radio. Il 騁ait remarquable de constater sur les images de la t駘騅ision de la NASA que les 馗rans propos駸 sur le site 騁aient exactement les m麥es que ceux utilis駸 par les diff駻ents contr?leurs. A un moment donn?, les cam駻as se sont approch馥s des 馗rans de la salle de contr?le et on pouvait voir la courbe ci-dessus 騅oluer de secondes en secondes. En rafra?chissant mon navigateur, j'ai obtenu le m麥e affichage chez moi ! Bluffant ! (Cr馘it photo : NASA/JPL, image temps r馥l captur馥 le 23 septembre 1999 ? 11:09).
Enfin, il 騁ait possible de suivre la mise en orbite sur la t駘騅ision de la NASA (NASA TV). Le programme 騁ait retransmis sur Internet et il suffisait de poss馘er un lecteur RealAudio pour en profiter. Le reportage proprement dit a commenc? ? 10h30 et s'est termin? abruptement ? 11:45. On pouvait suivre l'activit? dans la salle de contr?le du JPL (que l'on voit ici) ainsi que celle de la salle du support de mission de Lockheed Martin Astronautics ? Denver. On peut voir sur cette image que le centre du JPL est brillamment d馗or? par des dessins d'artistes repr駸entant les sondes Mars Climate Orbiter et Mars Polar Lander, ainsi que par des photos murales prises par Pathfinder ou Global Surveyor. Au fond, on distingue m麥e un globe martien et une chouette maquette de la sonde qui ferait merveille sur mes 騁ag鑽es (on voit uniquement le panneau solaire bleu sous cet angle). La salle de Lockheed Martin Astronautics 騁ait bien diff駻ente. On n'y voyait aucune d馗oration et les contr?leurs 騁aient tous en costume cravate ! Cette vid駮 de la NASA compl騁ait ? merveille les images des webcams et les donn馥s temps r馥ls (Cr馘it photo : NASA/JPL).
[画像:La premi鑽e image de Mars Climate Orbiter]
Voici la seule image de Mars obtenue par la cam駻a de Mars Climate Orbiter. C'騁ait le 7 septembre 1999 et la sonde 騁ait encore ? 4,5 millions de kilom鑼res de son objectif. A cette distance, la r駸olution maximale de la cam駻a (40 m鑼res/pixel) ne permet pas de distinguer beaucoup plus que ce croissant martien. Le c?t? droit de la plan鑼e est 馗lair? par le soleil, tandis que l'autre c?t? est plong? dans la nuit. L'image est pr駸ent馥 ici en grandeur nature. Avec la perte de Mars Climate Orbiter, cette image repr駸ente sa seule contribution ? la connaissance de la plan鑼e Mars. 125 millions de dollars pour un seul clich?. Un bilan en forme de catastrophe (Cr馘it photo : Malin Space Science Systems/NASA).
La perte de Mars Climate orbiter peut 黎re consid駻馥 comme un beau d駸astre, pour au moins trois raisons. La premi鑽e est scientifique. Mars Climate Orbiter 騁ait appel? ? devenir le premier satellite m騁駮rologique martien, et l'on attendait beaucoup de ses deux instruments. Sa cam駻a moyenne r駸olution devait nous retourner des images du globe martien en couleurs, identiques ? celles pr駸ent馥s chaque jour dans les bulletins m騁駮rologiques terrestres. Le deuxi鑪e instrument, un radiom鑼re (PMIRR), avait pour objectif l'騁ude de l'atmosph鑽e (pression, temp駻ature, vapeur d'eau, poussi鑽e). Cet instrument 騁ait d駛? ? bord de Mars Observer et la mission Mars Climate Orbiter repr駸entait sa deuxi鑪e chance d'aller sur Mars. On peut facilement imaginer le d駱it des responsables de l'appareil ! Il reste que l'騁ude du climat et de la m騁駮rologie de la plan鑼e Mars vient de prendre un s駻ieux retard. Il faudra attendre quelques ann馥s suppl駑entaires avant d'obtenir les informations que Mars Climate Orbiter aurait du nous faire parvenir dans ces deux domaines de premi鑽e importance.
La deuxi鑪e raison a une nature plus politique. La NASA conna?t actuellement de s駻ieux probl鑪es budg騁aires. Certaines missions, et en particulier la mission martienne Mars Surveyor 2001, ont 馗happ? de peu ? une annulation pure et simple. La perte d'un engin de 125 millions apporte de l'eau au moulin pour ceux qui veulent effectuer des coupes franches dans le budget d駛? bien affaibli de l'agence spatiale am駻icaine. La NASA a d'ailleurs essay? de minimiser les cons駲uences du crash de Mars Climate Orbiter et a tent? (avec un certain succ鑚) de pr駸enter cet accident sous son meilleur jour. D'apr鑚 elle, la destruction de Mars Climate Orbiter ne repr駸ente qu'un retard dans l'exploration de la plan鑼e Mars, et non une v駻itable perte. Les deux instruments pourront 黎re embarqu駸 sur d'autres missions, et certaines sondes pourraient accomplir une partie de la mission d騅olue ? Mars Climate Orbiter.
Pourtant, contre toute attente, et d'apr鑚 les derni鑽es nouvelles, la r饌ction des politiques cons馗utive ? la perte de Climate Orbiter s'est r騅駘? surprenante. Les scientifiques et ing駭ieurs impliqu駸 dans la mission ont 騁? eux-m麥es stup馭aits. Devant cet 馗hec plut?t cuisant, il semble que la solidarit? soit de mise et Washington a annonc? son soutien ? la NASA, alors m麥e que le gouvernement des Etats-Unis s'騁ait clairement prononc? pour une r馘uction spectaculaire de son financement. La NASA n'a pas h駸it? de son c?t? ? publier sur le site officiel de Mars Surveyor 98 les r駸ultats d'un sondage r饌lis? par CNN (qui montre que 70 % des am駻icains sont contre un arr黎 de l'exploration spatiale), ainsi que les nombreuses lettres d'encouragement re輹es par les responsables de la sonde depuis le 23 septembre 1999, jour de la catastrophe.
Le troisi鑪e et dernier impact de la perte de Mars Climate Orbiter concerne la sonde Mars Polar Lander. Une revue d騁aill馥 des cons駲uences de la perte de Mars Climate Orbiter est disponible ici.
Le voyage de Mars Climate Orbiter aura dur? au total 286 jours (soit 9 mois et demi) pendant lesquelles la sonde aura parcouru plus de 400 millions de kilom鑼res. Une fois la man忖vre d'insertion orbitale effectu馥, l'orbite de Mars Climate Orbiter devait 黎re alt駻馥 par a駻ofreinage. Pendant 45 jours (du 27 septembre au 10 novembre), la friction de l'air sur l'unique panneau solaire aurait entra?n? une diminution de la p駻iode de l'orbite, tout en abaissant l'altitude de l'apoapse. A la fin de l'a駻ofreinage, l'orbite serait devenue circulaire. Apr鑚 avoir jou? le r?le de relais radio pour Mars Polar Lander, Mars Climate Orbiter devait se consacrer ? l'騁ude de l'atmosph鑽e et de la surface de la plan鑼e rouge pendant une ann馥 martienne (soit deux ann馥s terrestres), en devenant ainsi le premier satellite m騁駮rologique martien. Apr鑚 sa mission, Mars Climate Orbiter devait de nouveau servir de relais radio pour l'atterrisseur de la mission Mars Surveyor 2001. Mars Climate Orbiter faisait partie, avec la sonde Mars Polar Lander, de la mission Mars Surveyor 98.
De la mission Mars Surveyor 98, il ne reste plus que Mars Polar Lander. Il faut maintenant juste esp駻er que cette sonde ne connaisse pas le funeste destin de son compagnon de route. Longue vie ? toi, Polar Lander !
Go !
Mars Climate
Orbiter : description compl鑼e de la
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