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Gwiniegi Breizh

Les vignobles de Bretagne

Bro Gwerrann / Pays de Guérande

Rédigé par Maeleg Josoù et publié depuis Overblog

Le Pays de Guérande, "Bro Gwerrann" en breton, correspond à la partie de l'ancien diocèse de Nantes / Comté nantais où l'on parlait traditionnellement le breton, c'est-à-dire les communes de Guérande, Le Pouliguen, Batz-sur-Mer, Le Croisic, La Turbale, Piriac, Mesquer, Saint-Molf, Saint-Lyphard, Herbignac, Assérac, Pénestin, Camoël et Férel. Seules ces trois dernières communes ont été rattachées au département du Morbihan en 1790.

"Pays" bretons vs "diocèses".

Le drapeau breton est constitué de 9 bandes noires et blanches représentant les 9 soi disant "pays" traditionnels de la Bretagne, il y a 5 bandes noires pour les "pays" de la Haute-Bretagne et 4 bandes blanches pour ceux de la Basse-Bretagne. Le terme "pays" ne convient absolument pas pour ce qui n'est en réalité qu'un diocèse d'Ancien Régime. Dans une société entièrement catholique, et jusqu'à l'époque des très catholiques revues Feiz ha Breiz et Brediah er Fé eit er Vretoned a eskopti Guéned, les évêchés avaient certainement de l'importance, mais ce n'est plus vraiment le cas de nos jours où le fait religieux relève du privé.

L'évêché de Saint-Malo était divisé en deux archidiaconés, comment les habitants de l'archidiaconé de Porhoët (comprenant la région de Ploërmel et de Josselin dans le Morbihan) pourraient-ils se considérer comme malouin ? Comment les habitants de la doyenné de Lannion (paroisses de Lanmodez, Loguivy-lès-Lannion, Perros-Guirec et Trévou-Tréguignec), enclave du diocèse de Dol en plein Trégor, pourraient-ils se sentir dolois ? De même, originaire du Pays de Guérande, je ne me sens pas du tout nantais.

Historiquement, le Pays de Guérande appartenait bien à l'évêché et au Comté de Nantes, mais ces entités ecclésiastiques et féodales ne respectaient pas mieux les limites linguistiques et ethnographiques que les découpages administratifs actuels. La définition des pays traditionnels ne peut pas se baser sur des découpages ecclésiastiques obsolètes, mais sur des réalités ethnographiques et linguistiques.

"Pays" bretons vs "départements".

Les départements ne respectent pas davantage les limites des pays traditionnels que les anciens évêchés. La création des départements en 1790 n'a pas respecté pas non plus le choix des populations concernées. Les députés des communes des Marches communes Bretagne-Poitou demandaient leur rattachement au département de Nantes, en avançant la proximité, leur "grande affinité", le commerce privilégié, mais le Comité de Constitution n'a pas tenu compte de leur avis (De la Bretagne aux départements - Histoire d'un découpage, Alain Pennec, éd. Skol Vreizh n° 14, 1989).Dans ses Recherches économiques et statistiques sur le département de la Loire Inférieure (éd. Mallassis, an XII), Jean-Baptiste Huet de Coetlizan dit (page 10) : « les habitans de l’île de Bouin et la plus grande partie de l’ancien district de Challans, qui ont des relations habituelles avec Nantes, et sont beaucoup trop éloignés de Fontenai, ont demandé à être réunis à la Loire inférieure. »

Le Pays Nantais a été amputé au nord-ouest des communes situées entre la Vilaine et la Brière : La Roche-Bernard, Nivillac, Saint-Dolay et Théhillac se sont retrouvées arbitrairement dans le département du Morbihan ; ces communes forment ce que l'on appelle maintenant le Pays Mitau. Le Pays de Guérande a été amputé des communes située le long de la rive sud de l'estuaire de la Vilaine : Pénestin, Camoël et Férel

Plutôt que de séparer ces communes guérandaises de leur pays traditionnel, il aurait été plus judicieux de placer les communes du Pays de Guérande dans le Morbihan, car il est comme un prolongement du Pays Vannetais en Loire-Atlantique.

"La Loire-Atlantique".

Le département de la Loire-Atlantique, qui aurait pu être nommé "Loire-Bretonne", appartient presque entièrement à la Haute-Bretagne gallèse, seul le Pays de Guérande est traditionnellement de langue bretonne, le breton s'y est maintenu jusqu'au début XXe siècle dans quelques villages paludiers, la langue est visible partout dans la toponymie et les noms de famille des autochtones.

Le département peut-être divisé en trois territoires distincts : le nord de la Loire constitue le Pays Nantais proprement dit, le sud de la Loire constitue le Pays de Retz, et au nord-ouest sur le littoral (Armor) se trouve le Pays de Guérande, relativement isolé du continent par les marais de Brière.

Cette division continue des divisions remontant à l'époque celtique : le Pays Nantais correspond au territoire des Namnetes qui ont donné leur nom à la ville de Nantes ; le Pays de Retz dont le nom vient de la ville de Rezé (Ratiate) correspond [peut-être] au territoire des Ambilatres, un peuple armoricain allié des Venetes ; le Pays de Guérande appartenait certainement au puissant peuple maritime des Venetes. "Les Vénètes et les Namnètes se partageaient sans doute les zones situées à l’ouest de la Grande Brière, entre Loire et Vilaine : le pays guérandais, les régions du Croisic, de Batz, et du Pouliguen, zones où se concentrent une quinzaine de stèles gauloises analogues à celles qui marquent le pays vénète (Morbihan) alors qu’elles sont absentes du reste de l’actuelle Loire-Atlantique. " (Jacques Santrot, Au temps d’Argiotalus, Nantes, Rezé et le port des Namnètes, in "Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest", 115-1 | 2008, pages 55-97). On sous-estime l'influence du substrat armoricain, le breton dit K.L.T. correspond à l'espace qu'occupaient les Osismes, ce n'est probablement pas un hasard.

Chacune de ces trois régions peut encore être subdivisée : dans le Pays de la Mée on ressent la proximité du Pays de Rennes ; de même dans les communes voisines à l'Ouest qui sont proches du Pays de Redon ; la Brière et le Pays Mitau forment une zone tampon (mitoyenne) avec la Bretagne bretonnante, le Pays d'Ancenis est une zone de transition vers l'Anjou ; dans le Pays de Retz on peut distinguer le vignoble à l'Est et la zone maritime à l'Ouest, et de la rive sud de la Loire au sud du département on passe insensiblement du parler gallo au poitevin. Le terme "gallo", issu du breton "galloù", désigne l'ensemble des parlers gallo-romans de Haute-Bretagne, le Pays Nantais et le Pays de Retz sont donc tout aussi bretons que le Pays de Rennes et le Pays de Saint-Brieuc, on ne voit pas pourquoi la région briochine avec moins de 10 % de toponymes bretons serait plus bretonne que la région nazairienne qui en a plus de 30 %. Il en est de même pour le Pays de Guérande qui peut lui aussi être subdivisé (voir ci-dessous).

La ville de Nantes est un peu à part dans son territoire, comme une île au centre de cet espace, un port entre la Loire maritime en aval et la Loire fluviale en amont, entre le Pays Nantais au nord et le Pays de Retz au sud. Cela est régulièrement souligné. Raphaël Schirmer écrit dans son Muscadet - Histoire et Géographie du vignoble nantais (éd. P.U.B., 2010 ; page 16) que les "relations que la ville tisse avec ses campagnes sont pour le moins déroutantes". Le géographe Jean Renard parle d'un " isolement de la ville au milieu de campagnes qui lui étaient indifférentes", il explique qu'étant "tournée vers le large, elle n’avait pas su ou pas pu nouer… des liens nombreux et solides avec un arrière-pays qu’elle ne contrôlait guère » (Les territoires de la métropole nantaise : de la ville à l’agglomération, de l’agglomération à la métropole, in Norois, 192 | 2004, pages 135-142). Armand Frémont, connu pour être à l'origine du concept d'"espace vécu" en géographie, disait de Nantes, qu'elle était "disjointe de son arrière-pays" (Portrait de la France, éd. Flammarion, 2001 ; page 499). Julien Gracq disait d'elle "qu’elle est, plus impérieusement qu’une autre, centrée sur elle-même, moins dépendante de ses racines terriennes et fluviales" (La forme d'une ville, éd. José Corti, 1985 ; page 117).

Remarque sur la notion de "pays".

Un "pays" traditionnel est une entité géographique et humaine dont les habitants partagent des racines communes, une proximité et un vécu à l'origine d'un sentiment populaire d'appartenance. C'est un espace-terroir ayant une cohésion géographique et historique, agraire et paysagère, économique et social, et surtout culturelle et linguistique. Le sentiment d'appartenance se fonde d'abord sur une communauté de langage, les obstacles à la communication rendent impossible un sentiment commun d'appartenance. Ce sentiment peut perdurer au delà des changements linguistiques.

Le Pays de Guérande peut être subdivisé : les paludiers d'un côté, les Briérons de l'autre et entre eux le pays métayer, ce dernier pouvant aussi être partagé en deux : l'arrière pays de Guérande en presqu'île guérandaise et la zone située au nord du bassin du Mes (Assérac et Herbignac, Pénestin, Camoël et Férel). Bien qu'intégrées au département du Morbihan en 1790, ces trois dernières communes appartiennent au Pays de Guérande (et non au Pays Mitau inventé que propose la fiche terroir Heritaj de Kendalc'h), on y parlait breton lors de l'enquête de Charles Coquebert de Montbret en 1806, contrairement à La Roche-Bernard, Nivillac, Saint-Dolay et Théhillac où l'on parlait gallo.

la mentalité traditionnelle des Guérandais - proche de celle de nos voisins vannetais - a profondément évolué sous l'influence des grandes villes nantaises et surtout de Saint-Nazaire (une ville nouvelle et ouvrière qui a grandi autour des chantiers navals), et cela fait maintenant bien longtemps que l'espace de l'évêché ne correspond plus vraiment à une réalité dans nos vies, c'est une entité territoriale totalement obsolète de nos jours, ne provoquant strictement aucun sentiment d'appartenance. Si je ne me sent ni nantais ni gallo, c'est parce que je ne suis ni l'un ni l'autre.

Un Guérandais a rarement l'occasion de se rendre à Pont-Château de l'autre côté de la Brière, c'est une longue route pour contourner le marais, si cette région est proche géographiquement de Guérande, je peux dire personnellement qu'elle m'est presque inconnue, c'est un autre pays : le Pays Nantais.

Qui sait que l'actuelle province ecclésiastique de Rennes regroupe les 5 départements bretons, le Maine (53, 72), l'Anjou (49) et le bas Poitou (85) ; la voix des catholiques bretons est si faible qu'on ne les a pas entendu se plaindre de ce regroupement correspondant au "grand ouest" que souhaitent quelques abrutis de jacobins.

Le territoire des diocèses, anciens ou actuels (départements), ne correspond pas vraiment un pays, le terme "pays" renvoie à une division territoriale constituant une entité géographique et humaine cohérente, ayant une certaine unité ethnographique et linguistique, et dont les habitants partagent un fort sentiment d'appartenance.

La langue bretonne est encore bien visible dans le Pays de Guérande, elle est partout dans la toponymie, et dans les noms de famille des autochtones, cette langue d'origine a une forte valeur symbolique, elle est la trace de nos racines.

Identité bretonne du Pays de Guérande :

Je suis originaire du Pays de Guérande, une région autrefois viticole et à l'identité bretonne bien affirmée. Le territoire du Pays de Guérande correspond à la partie de l'ancien comté et évêché de Nantes où l'on parlait breton. L'historien breton Alain Bouchart, natif de cette région (Batz), s'excuse auprès des lecteurs de ses Grandes Croniques de Bretaigne (publiées en 1514) des faiblesses de son français puisque sa langue maternelle était le breton, il écrit :

"Et supplie... s'ilz y treuvent quelque langaige mal aorné par deffaulte d'elegance ou plaisant stille, qu'ilz l'aient pour excusé, attandu qu'il est natif de Bretaigne et que françois et breton sont deux langaiges moult difficiles à disertement pronuncer par une mesme bouche."

Il précise aussi :

"En ceste principaulte y a neuf sieges cathedraulx, dont lung est de long & ancien temps archeuesche : & les autres sont eueschez : en troys dicelles eueschez comme Dol, Rennes & Sainct Malo, lon ne parle que langaige françois : en trois autres, Cornoaille, sainct Paul & Treguer, lon ne parle que langaige breton... : & en Nantes, Vennes & sainct Brieuc, lon parle communement françois & breton."

La toponymie montre bien et démontre l'appartenance du Pays de Guérande à la Basse-Bretagne (de langue bretonne), de même avec les noms de famille des habitants (indigènes) de cette région, pour ma famille (en excluant ceux d'origine vannetaise) je peux citer : Josso, Lescop, Le Floch, Alno, Audrain, Le Bihain, Eonet, Le Hebel, Rival, Panheleu, Le Corno, Le Scouezec, Le Pironec, Le Bolzec, Le Rouzic, Le Moil, Guimard, Le Gal, Gouesmat, Oillic, Yviquel, Le Blay, Guiheneuf, Halgand, Rialand... J'ai constaté dans ma généalogie que l'on allait parfois cherché femme dans le Pays Vannetais voisin mais jamais de l'autre côté de la Brière dans le Pays Gallo (Nantais). Contrairement à ce que l'on peut lire, la limite linguistique a été relativement stable durant tout la période du moyen-breton (1100-1650), comme l'atteste la carte des toponymes en "Ker-" pour le début de cette période et les cartes qui montrent cette frontière pour le milieu XVIIe siècle .

Le Pays de Guérande n'appartient pas au Pays Gallo voisin, d'un point de vue ethnographique et linguistique ce n'est pas une subdivision du Pays Nantais. Il faut donc distinguer le véritable Pays Nantais des anciens évêché et comté de Nantes. il n'y avait pas de continuum linguistique entre le Pays Nantais voisin et le Pays de Guérande, les marais de Brière faisait obstacle.

Les paysans guérandais ne fréquentaient pas, ou très peu, l'autre côté de la Brière ; c'est toujours un peu le cas, je connais très mal l'autre côté du marais, et je ne pense pas être le seul Guérandais dans ce cas.

Il faut commencer par connaître les habitants du Pays de Guérande avant d'entreprendre l'étude de leur ancienne langue (En disant cela, je pense au livre d'Yves Mathelier sur le breton local.). Il n'y a pas eu non plus de recul progressif de la langue bretonne depuis l'époque de l'émigration bretonne en Armorique jusqu'au début du XXe siècle dans l'espace qui est devenu la Loire-Atlantique, aucune continuité. Après une période confuse et complexe (Haut-Moyen-âge), la limite linguistique s'est stabilisée sur la limite que l'on peut voir sur la carte de J.-B. Nolin. Le breton s'est maintenu tardivement dans la région. Le recul ne commence qu'à la fin du du XVIIe siècle, par Guérande, la capitale, puis les bourg importants (Herbignac, le port du Croisic), pour se poursuivre ensuite dans les zones rurales. Le gallo recueilli dans la zone située près de l'ancienne frontière linguistique (Saillé, La Madelaine, Herbignac, Férel) n'est pas indigène puisque l'on parlait auparavant breton dans cette zone, c'est le gallo de la région nazairienne ou du pays dit "mitau" qui a gagné au XVIIIe siècle cette partie du Pays de Guérande. Dans la zone littorale plus éloignée de la limite linguistique, on est directement passé du breton au français, c'était au XIXe siècle un français influencé par la breton, un français de Basse-Bretagne. Ma grand-mère m'a toujours dit que l'on ne parlait pas patois dans la famille et dans la région d'Assérac, mon trisaïeul Pierre Josso (1843-1942) - personnalité de la famille - parlait français "comme toi et moi" me disait-elle. Les seuls termes locaux qui sont arrivés jusqu'à moi, avant que je m'intéresse à ce sujet, sont des mots d'origine bretonne. On ne peut donc pas parlé du gallo de telle ou telle commune du Pays de Guérande comme le fait Y. Mathelier, le gallo n'était et n'est toujours pas la langue autochtone, il ne le sera jamais.

Pour prétendre étudier la langue bretonne du Pays de Guérande, il faut d'abord tenir compte du fait que l'ensemble du matériel linguistique collecté provient de la langue plus ou moins mal maîtrisée de locuteurs terminaux (terminal speakers). Il faut impérativement tenir compte des données disponibles de la socio-linguistique, il existe des études sur les locuteurs terminaux (classification d'après leur niveau de maîtrise de la langue) et sur leur langue (appauvrissement, prononciation relâchée, fautes et erreurs dues à l'influence de la langue dominante). Ces études ont d'ailleurs débuté par les langues celtiques (Nancy Dorian pour le gaélique d'Écosse, Wolfgang Dressler pour le breton). Il faut donc veiller à ne pas prendre pour un trait dialectal, ce qui relève d'une prononciation relâchée, d'une faute grammaticale, ou de l'influence du français...

Le nom de Guérande vient du vieux-breton "Uuenran" (857), qui a évolué très tôt en "Uuerran" (865), puis en "Guerran" au tout début de la période du moyen-breton, on trouve la forme "Gùêran" en breton moderne (dialecte vannetais, 1744). On écrit maintenant "Gwerrann", le mot (sans mutation consonantique) était prononcé [d͡ʒɥɛˈrɛ̃n] par les derniers bretonnants de naissance (locuteurs terminaux) ; la forme récente "gwenrann" est une erreur pseudo-savante et un anachronisme, puisque le groupe consonantique / -nr- / a évolué en / -rr- / avant l'an 900 et l'apparition du /g- / initial à la fin du vieux-breton (1100). On peut analyser ce nom en deux termes : "gwenn" (blanc, pur, sacré, béni, bon, bienheureux) + "rann" (part / partie, parcelle de terre, territoire), un rapprochement avec la couleur du sel est très douteux, la motivation religieuse est beaucoup plus probable, mais personnellement j'ai envie de l'interpréter :

"région bénie" dans le sens "pays de cocagne" du fait du climat et de la richesse apportée par le sel et le vin.

Porte principale de Guérande.

Originalité en Basse-Bretagne : viticulture et saliculture :

Guérande est connue pour sa ville médiévale fortifiée, mais surtout pour ses marais salants, il reste maintenant deux bassins salicoles : celui de Guérande-Batz, le plus grand, et celui du Mès entre Assérac et Mesquer. Il y avait autrefois d'autres marais beaucoup plus petits, comme à Pénestin tout au nord de la région, et dans le Pays Vannetais voisin de Damgan à Saint-Gildas, dans le golfe de Vannes (Mor-bihan Gwened), et de l'autre côté de Locmariaquer à Plouharnel et même jusqu'à Riantec. La présence de marais salants indique bien que le climat local est suffisamment chaud et ensoleillé pour permettre aussi la viticulture.

"En aucuns lieux devers l'occident, on fait le sel par singuliere industrie,

car à ce faire n'y a que l'eau de la mer et la vertu du soleil."

d'après l'historien breton Alain Bouchart, né vers 1440 à Batz (de Guérande), Grandes Croniques de Bretaigne.

Les pays de l'ancien évêché de Nantes / comté nantais devenu la Loire-Atlantique.

Le sel a fait la richesse de Guérande, qui était une ville importante au Moyen-âge, et une terre fidèle aux ducs de Bretagne. Il est moins connu que Guérande était aussi riche de ses vignobles. Le nom de Guérande vient du vieux-breton "Uuenran" (857), qui a évolué très tôt en "Uuerran" (865), puis en "Guerran" (1112) au tout début de la période du moyen-breton, et enfin "Gùêran" en breton moderne (dialecte vannetais, 1744). On écrit "Gwerrann" en breton moderne, le mot (sans mutation consonantique) était prononcé [d͡ʒɥɛˈrɛ̃n] au début du XXe siècle par les derniers bretonnants de naissance (locuteurs terminaux) ; la forme récente "gwenrann" est une erreur pseudo-savante et un anachronisme, puisque le groupe consonantique / -nr- / a évolué en / -rr- / avant l'an 900 et l'apparition du /g- / initial à la fin du vieux-breton (1100). On peut analyser ce nom en deux termes : "gwenn" (blanc, pur, sacré, béni, bon, bienheureux) + "rann" (part / partie, parcelle de terre, territoire), un rapprochement avec la couleur du sel est très douteux, la motivation religieuse est beaucoup plus probable, mais j'ai envie de l'interpréter : "région bénie" du fait du climat et de la richesse apportée par le sel et le vin.

Le pays de Guérande est comme un prolongement du Pays Vannetais en Loire-Atlantique, tellement la langue, la culture et la mentalité sont proches. Dans les Miracula Sancti Albini (rédigés au XIe siècle, Acta Sanctorum Martii, Tome I, page 62) on peut lire que le saint est né : "In Venetensi namque territorio vicus quidam est in littore oceani maris situs quem Britannica lingua Guenran vocant, ob plurimum commercium salis valde populosus. (Dans un bourg du territoire vannetais situé sur le bord de l'océan, et appelé Guenran en langue bretonne, lieu très peuplé en raison du grand commerce de sel.). On sait, grâce à la vie de saint Tudual (Les trois anciennes vies de saint Tudual, publiées par Arthur de La Borderie, éd. Champion, 1887 ; § 4, p. 15), qu'Albinus / Aubin, le saint patron de Guérande, né dans cette ville et mort vers 550, parlait breton.

Au VIe siècle, le roi Waroch II (Weroc / Gwereg) se bat contre les Francs et libère Vannes, il rétablie ainsi au profit des Bretons l'unité de l'ancienne cité armoricaine des Vénètes, son royaume pris le nom de Broerec.

On peut diviser le Pays de Guérande en trois entités bien distinctes :

  • la région des marais salants entre Guérande et Batz.
  • le pays métayer entre les deux marais.
  • la région des marais de Brière au delà d' Herbignac et de La Madelaine de Guérande .

La différence est fortement marquée entre les paludiers et les simple paysans guérandais, on la voie nettement dans leur costume réciproque.

que.

Aquarelle de François-Hippolyte Lalaisse, 1843 : métayer à gauche / paludier à droite .

Le pays métayer est moins original, c'est la campagne bretonne ordinaire ; avec, au XIXe siècle, son bocage et ses landes immenses, ses pommiers à cidre, ses champs de blé-noir, ses petites vaches bretonnes (seuls les bœufs étaient nantais à partir du milieu XIXe), ses minuscules moutons noirs et cornus (dont le mouton d'Ouessant n'est qu'une variété)... Le costume plus simple du métayer, comme les vêtements du quotidien du paysan breton en général, était fait de "berlinge", une étoffe solide et rustique de couleur marron-beigne faite de la laine naturellement brune du mouton breton croisée de lin ou de chanvre. On peut encore diviser ce pays métayer en deux régions séparées par une zone de marais salants et à l'arrière la zone humide qui se prolonge pratiquement jusqu'à Saint-Lyphard : l'arrière pays de la ville de Guérande au sud du bassin du Mès, et la région située au nord de ce bassin jusqu'à la Vilaine. La Vilaine, qui sépare le Pays de Guérande et le Pays Vannetais, était plus perméable que les marais de Brière, qui sépare nettement le Pays de Guérande du Pays Nantais (d'où le maintient de la langue bretonne jusqu'au début XXe siècle).

Portulan Brouscon

Tabula ducatus britanniae gallis – Le gouvernement général de Bretagne

(Éd. I.B. Homanno, Nuremberg, 16..)

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