Philosophie et politique

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La th駮rie des 駘ites.

Questions philosophiques et politiques

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La R駱ublique de Platon est certainement la premi鑽e philosophie politique des 駘ites. Philosophe-roi et gardiens constituent les personnages cl駸 de cette 駘ite destin馥 ? assurer la justice dans la cit? et la conservation de ses lois. La philosophie politique moderne et contemporaine, par contraste, semble s弾st d騁ourn馥 de l帝litisme politique. La pens馥 d駑ocratique est 騅idemment anti-platonicienne. Elle admet l帝galit? de tous dans la pr騁ention ? la participation au gouvernement des affaires publiques ? et ce ind駱endamment du savoir que chacun peut poss馘er ? et elle l馮itime l弛pinion et ce qui va avec, c弾st-?-dire les sophistes et les rh騁eurs, personnages centraux de l但th鈩es d駑ocratique. Nous baignons dans cette pens馥, pour ne pas dire dans cette id駮logie d駑ocratique qui semble ? peu pr鑚 incontestable ? sauf ? prendre des risques non calculables ! Pourtant, on peut consid駻er la modernit? non pas sous l誕ngle de la croissance de la d駑ocratie mais sous l誕ngle de l誕pparition de nouvelles 駘ites bien 駘oign馥s des 駘ites guerri鑽es et religieuses propres aux indo-europ馥ns, mais 駘oign馥s aussi des 駘ites des lettr駸 chinois ou de l段d饌l humaniste pr?-renaissant et renaissant.

 

Il existe de nombreux travaux sociologiques sur les 駘ites et leur reproduction ? par exemple on ne manque pas de bonnes 騁udes sur les hauts fonctionnaires en France. Les 駘ites 馗onomiques ne sont pas oubli馥s. Mais la sociologie se donne surtout des objets particuliers alors qu段l nous faudrait une sorte de th駮rie g駭駻ale qui discute la l馮itimit? ou la n馗essit? d置ne 駘ite sociale et politique. Je n誕i pas la pr騁ention de produire dans le cadre limit? qui m弾st imparti une telle th駮rie g駭駻ale des 駘ites. Je me contenterai de quelques 馗lairages g駭駻aux puis駸 dans la tradition de la philosophie politique mais aussi de la sociologie g駭駻ale, en esp駻ant que ces 馗lairages produisent une esquisse coh駻ente. ノvidemment, je donnerai une place toute particuli鑽e ? l帝cole ォ 駘itiste サ italienne, celle de Pareto, Mosca et Michels et ? leur grand anc黎re, Machiavel.

Que le conservateur Mosca et le socialiste r騅olutionnaire Michels se trouvent tous deux class駸 dans les ォ 駘itistes サ, cela suffirait ? d駑ontrer qu段l ne s誕git pas d置ne doctrine orient馥 ? droite ou ? gauche. Je ferai place ? quelques auteurs qui ont essay? de penser une v駻itable th駮rie des 駘ites r騅olutionnaire, L駭ine et, de mani鑽e plus syst駑atique, Gramsci. Enfin j帝voquerai le d饕at de la fin des ann馥s trente qui trouvera son prolongement apr鑚 la guerre, sur l檀ypoth鑚e de la constitution d置ne nouvelle classe bureaucratique ? travers la convergence des m騁hodes du stalinisme et du fascisme.

Avant tout cela, il est n馗essaire de donner une d馭inition succincte du mot. L? 駘ite est d馭inie ainsi par Littr? :

ォ 1ー Ce qu'il y a d'駘u, de choisi, de distingu?. L'駘ite de la noblesse. Pourquoi sans Hippolyte Des h駻os de la Gr鐵e assembla-t-il l'駘ite ? RAC. Ph鐡. II, 5. Patrocle et quelques chefs qui marchent ? ma suite, De mes Thessaliens vous am鈩ent l'駘ite, ID. Iphig. V, 2.
? D'駘ite, qui est de premier choix. S'il y a un petit nombre d'穃es d'駘ite que Dieu meuve... BOSS. Orais. De chevaliers romains une troupe d'駘ite... CRノB. Catil. V, 2. Mes soins ont eu recours ? des amis d'駘ite, M. J. CHノN. Tib. V, 1. Il [Napol駮n] affecte de la m駱riser [une rivi鑽e], comme tout ce qui lui faisait obstacle, et il ordonne ? un escadron des Polonais de sa garde de se jeter dans cette rivi鑽e ; ces hommes d'駘ite s'y pr馗ipit鑽ent sans h駸iter, SノGUR, Hist. de Napol. IV, 2.
? Dans l'arm馥, compagnies d'駘ite, les compagnies de grenadiers et de voltigeurs d'un bataillon d'infanterie.
2ー Il se dit aussi des choses. J'ai eu l'駘ite de ses livres. Alcitho? ma soeur, attachant vos esprits, Des tragiques amours vous a cont? l'駘ite, LA FONT. Filles de Min馥. Faute de vin d'駘ite, Sabler ceux du canton, BノRANG. Rog. B. サ

Appartient ? l帝lite celui qui m駻ite d底tre 駘u, c弾st-?-dire choisi en raison de ses qualit駸 particuli鑽es. Le terme est suffisamment vaste pour qu弛n distingue toutes sortes d帝lites ? m麥e si l弾mploi d帝lites au pluriel est souvent p駛oratif: former une 駘ite, ce ne sont que les pr騁entions ordinaires de ceux qui se croient les meilleurs...

Le Prince machiav駘ien.

La pens馥 de Machiavel est ? bon droit tenue pour la fondation de la philosophie politique moderne. Une pens馥 politique d饕arrass馥 de la th駮logie et de la moralisatrice pour s弾n tenir ? la r饌lit? effective des choses. Serge Audier montre l段nfluence de Machiavel sur les sociologues et philosophes italiens des XIXe et XXe si鐵les, et plus g駭駻alement chez tous les auteurs qui se sont consacr駸 ? la compr馼ension du r?le politique des 駘ites : Roberto Michels, Benedetto Croce, Vilfredo Pareto ? ou encore l誕m駻icain James Burnham. Pareto, sur lequel nous revenons un peu plus loin, consacre d誕ssez longs d騅eloppements ? Machiavel dans son Trait? de sociologie g駭駻ale.

Le propos de Machiavel, comme on le sait, n弾st pas de construire un ノtat id饌l. Les abstractions m騁aphysiques doivent c馘er la place ? l弾xp駻ience et les r馮imes politiques doivent 黎re envisag駸 et jug駸 d置n point de vue exp駻imental : le probl鑪e n弾st pas de savoir lequel de la monarchie, de l誕ristocratie ou de la d駑ocratie est le meilleur des r馮imes, mais de comprendre ? quelles conditions ces r馮imes peuvent garder la paix, la prosp駻it? et donc la libert? du peuple.

Pour bien comprendre la pens馥 de Machiavel, il faut abandonner la ォ l馮ende noire サ, celle du penseur de la ォ Raison d痛tat サ et du ォ machiav駘isme サ politique, au sens p駛oratif que ce terme a pris. Mais il faut aussi comprendre que Machiavel n弾st pas d駑ocrate mais r駱ublicain ! Et ce n弾st pas la m麥e chose. Machiavel ne croit pas une minute que le r馮ime ath駭ien id饌l, celui dans lequel c弾st l誕ssembl馥 de tous les citoyens qui d馗ide de tout ou presque, soit un r馮ime viable ? long terme. Dans toute organisation socio-politique, il y a des gouvernants, c弾st-?-dire des ォ grands サ, ceux qui veulent dominer et gouverner pour dominer, et il y a le peuple qui ne r馗lame pas de gouverner mais essentiellement de n底tre pas domin?, c弾st-?-dire en fin de compte de ne pas 黎re gouvern?. Et Machiavel va m麥e un peu plus loin dans ses Discours sur la premi鑽e d馗ade de Tite-Live : un peuple qui accepterait sans rechigner d底tre gouvern?, qui subirait sans quelque manifestation tumultuaire les tracas et pers馗utions des grands serait un peuple corrompu et la corruption du peuple annonce la corruption g駭駻ale de l痛tat et son in騅itable d馗adence.

Machiavel part de cette v駻it? fondamentale pour 騁udier deux r馮imes: le r馮ime r駱ublicain et le principat. Concernant le premier, Machiavel se coule dans le r駱ublicanisme traditionnel, celui du r馮ime mixte dont Aristote avait parl? et dont Cic駻on fait la th駮rie dans son De la r駱ublique. Mais 騅idemment, ォ messer Nicol? サ fait subir ? ce r駱ublicanisme antique un traitement de choc dont j誕i parl? en d誕utres lieux, en d馭inissant ce ォ r駱ublicanisme anomal サ qu弾st celui des Discorsi. En ce qui concerne le principat, on croit mieux savoir ce qu弾n dit Machiavel puisque tout le monde, ou du moins tous les politiques, fait semblant d誕voir lu Le Prince, titre qui n弾st pas celui de l誕uteur, puisque le seul titre authentique est ォ De principatibus サ, qu弛n ne peut traduire que par ォ des principaut駸 サ. Il s誕git ici de d馭inir comment peut 黎re instaur? un gouvernement princier qui soit populaire et 馮alement apte ? ォ chasser les barbares d棚talie サ.

Arriv? ? ce point, il y a une difficult? : comment expliquer l弾nthousiasme pour Machiavel des penseurs, notamment italiens, mais pas seulement, qui s段nt駻essent aux 駘ites, aux oligarchies dirigeantes et qui, g駭駻alement, ne partagent pas la dilection de bon ton pour la d駑ocratie repr駸entative ?

Pourtant, Machiavel, et c弾st un des gros points de divergence avec son ami Guicciardini, n誕 aucune confiance dans les classes dirigeantes de son temps. Il r馭ute et le principe de la monarchie h駻馘itaire et celui de l誕ristocratie h駻馘itaire et soutient le principe 駘ectif. La faiblesse majeure des monarchies tient au principe de succession. Un ノtat peut survivre ? un prince faible mais rarement ? deux princes faibles cons馗utifs. Or la succession des g駭駻ations ne permet pas de s誕ssurer de la virt? des princes. Au contraire, le principe 駘ectif permet de discerner les hommes les plus vertueux. ォ L置niversalit? サ ? c弾st-?-dire l弾nsemble des citoyens ? permet de d騁erminer qui sont v駻itablement les ォ ottimati サ, les plus aptes ? gouverner.

On voit comment la succession sans interruption de deux grands princes suffit pour conqu駻ir le monde. Ainsi de Philippe de Mac馘oine et d但lexandre le Grand. Une r駱ublique doit faire encore mieux, car elle a les moyens de choisir non seulement deux princes qui se succ鐡ent mais une infinit? d檀ommes valeureux qui se succ鐡ent l置n l誕utre. Ce type de succession doit se produire dans une r駱ublique bien ordonn馥. (D, I, 20, 231-232/93)

Tous les citoyens ne peuvent pas gouverner ? il faut pour cela des qualit駸 qui ne se trouvent que dans le petit nombre. Mais, reprenant ainsi une tradition qui remonte ? Aristote, Machiavel fait du suffrage du grand nombre le meilleur moyen de d騁erminer qui composera le petit nombre des meilleurs. Sous cet angle, il n馳 a pas de contradiction entre le principe aristocratique et le principe populaire, puisque le premier proc鐡e finalement du second. Cela vient des dispositions particuli鑽es du peuple. En effet, ォ bien que les hommes se trompent dans les jugements g駭駻aux, ils ne se trompent pas dans les d騁ails サ (D, I, 268). Ce que Machiavel traduit ainsi : le peuple ne sait pas bien ce qu段l faut faire, mais il se trompe rarement pour d駸igner celui qui doit occuper les dignit駸 et les charges.

C弾st encore le principe 駘ectif qui permet de comprendre les vertus de la dictature, cette institution typique de la r駱ublique romaine dont nous pouvons trouver des traces fort nombreuses dans l檀istoire r駱ublicaine moderne. Machiavel distingue cette dictature, une sorte de royaut? temporaire, cr鳬e par la loi qui n誕bolit pas les institutions populaires du pouvoir de cette dictature que s誕rrogent quelques citoyens dans les p駻iodes de d馗adence de l弾sprit r駱ublicain. Entre la dictature r駱ublicaine et la dictature de Sylla ou de C駸ar, il n馳 a de commun que le nom : le dictateur ? l誕ncienne mani鑽e ne peut, en effet, prendre trop d誕scendant sur l痛tat, car sa mission est limit馥, encadr馥 institutionnellement et le dernier mot revient toujours au suffrage libre. Ce n弾st donc pas l段nstitution de la dictature qui met en danger la r駱ublique, mais bien plut?t l誕bsence d置ne institution de ce genre permettant de faire face aux situations exceptionnelles. En effet, si on ne dispose pas de moyens constitutionnels dans ces situations, n馗essit? fait loi et l弛n doit violer la constitution pour sauver l痛tat.

Or il ne devrait jamais arriver dans une r駱ublique des 騅鈩ements que l弛n doive traiter avec des moyens extraordinaires. Car, bien que le moyen extraordinaire ait 騁? profitable, n饌nmoins l弾xemple est nuisible. Car on cr馥 ainsi l檀abitude de violer les institutions pour le bien de l痛tat, et ensuite, sous ce pr騁exte on les viole pour son malheur. [D, I, 34, 249/107]

M麥e les cas o? le principe 駘ectif semble avoir conduit ? la perte de la libert? en confirment la validit?. Si les d馗emvirs nomm駸 par le peuple sont devenus des tyrans, c弾st pr馗is駑ent parce que le peuple leur a confi? une trop grande autorit? pendant trop longtemps.

On doit donc remarquer que, quand on dit qu置ne autorit? donn馥 par de libres suffrages n誕 jamais 騁? nuisible ? une r駱ublique, on suppose qu置n peuple n誕ille jamais la donner, sinon avec des pr馗autions ad駲uates et pour un temps d騁ermin?. Si, parce qu弛n le trompe, ou pour toute autre raison qui l誕veugle, il la donne imprudemment et ? la mani鑽e dont le peuple romain la donna aux d馗emvirs, alors il lui arrivera ce qui arriva ? celui-ci.[D,I, 35, 251/108]

Machiavel multiplie les analogies entre m馘ecine et politique. On peut consid駻er la constitution comme le r馮ime qu段l faut prescrire au patient. On ne peut pas avoir le m麥e r馮ime pour un homme bien portant et pour un homme malade. Une bonne constitution peut se trouver inadapt馥 parce que les m忖rs du peuple ont chang?. C弾st ce qui est arriv? aux Romains, dont les m忖rs ont 騁? alt駻馥s en raison m麥e des succ鑚 qu段ls ont rencontr駸 dans leur lutte pour l弾xpansion de leur pouvoir. C弾st ? ce processus de corruption, pratiquement in騅itable et universel, que le penseur politique doit faire face. Il ne peut pas se contenter ? sauf ? retomber dans les r黐eries moralistes et philosophiques ? de penser la cit? pour temps sereins. La crise ? laquelle est confront? Machiavel, est aussi celle ? laquelle nous sommes confront駸. Comment un peuple corrompu peut-il rester libre ?

C弾st qu弾n effet les institutions de la libert?, qui sont de bonnes institutions quand le peuple n弾st pas corrompu, se transforment en leur contraire. Machiavel en donne un exemple qui nous parle encore :

? Car il est toujours bon que quelqu置n qui con輟it une chose bonne pour le bien public puisse la proposer ; et il est bon que chacun puisse donner son opinion, afin que le peuple, bien inform?, choisisse le meilleur parti. Mais, les citoyens 騁ant devenus mauvais, cette disposition devint tr鑚 mauvaise, car seuls les puissants pouvaient proposer des lois et, par crainte, personne ne pouvait s馳 opposer. De sorte que le peuple 騁ait soit tromp?, soit contraint d馗ider sa propre ruine. [D,I, 18, 228/90]

La d駘ib駻ation d駑ocratique directe qui exprime au plus haut degr? la vie civique ? Ath鈩es comme ? Rome devient ainsi un moyen de domination. On pourrait sans peine trouver dans le monde contemporain des processus analogues par lesquels des institutions d駑ocratiques deviennent les instruments de domination de l弛ligarchie (ォ les riches seuls et les puissants サ).

Dans ces conditions, il est presque impossible de sauver la libert?. C弾st pourquoi, une r駱ublique corrompue tendra toujours plus ou moins ? l帝tat monarchique, plut?t que vers l帝tat populaire. Seul un pouvoir fort, concentr? en un seul homme pourrait imposer des lois qui permettent au ォ malade サ de gu駻ir.

Si on admet cette th鑚e, on voit bien qu段l n馳 a pas contradiction entre le Prince, portrait-robot de l檀omme qui pourrait sauver l棚talie, et le r駱ublicanisme des Discours. C弾st du reste une tradition r駱ublicaine bien 騁ablie : quand la r駱ublique est malade, il serait antir駱ublicain de la laisser mourir au nom de la puret? des principes r駱ublicains. S段l faut un traitement de choc pour la sauver, le r駱ublicain vertueux non seulement y consentira mais encore 忖vrera pour en acc駘駻er l弛uvrage. Ainsi la premi鑽e r駱ublique fran軋ise avait-elle adopt? une constitution inapplicable dans les circonstances tragiques de l帝poque, si bien qu弾lle fut oblig馥, alors qu弾lle 騁ait une constitution populaire, de c馘er la place ? un gouvernement presque absolu du petit nombre (le comit? de salut public) et m麥e de son chef, Robespierre. Comment distinguer ce ォ monarchisme サ pour la bonne cause du ォ c駸arisme サ, cette usurpation de la R駱ublique, violemment condamn馥 par Machiavel et par tous les r駱ublicains apr鑚 lui ? La r駱onse ? cette question est loin d底tre simple.

Autrement dit, et pour ce qui nous concerne ici c弾st le plus important, l誕ssise populaire du r馮ime, signe de sa bonne sant?, suppose aussi des dirigeants ? la hauteur de la situation. On doit prendre Le prince dans un sens plus g駭駻al : Machiavel nous donne une th駮rie g駭駻ale de la classe dirigeante : comment la former, comment la recruter, comment distinguer ceux qui sont aptes ? en faire partie. Il est donc tout naturel et on y revient plus loin, que Gramsci ait con輹 le parti r騅olutionnaire d誕vant-garde comme ォ le nouveau prince サ.

Pareto et la circulation des 駘ites

Vilfredo Pareto1 aborde la question des 駘ites dans son Trait? de sociologie g駭駻ale (TGS), un ouvrage publi? en 1917.

Le point de d駱art de Pareto est le suivant :

ォ la soci騁? humaine n'est pas homog鈩e : que les hommes sont diff駻ents physiquement, moralement, intellectuellement. Ici, nous voulons 騁udier les ph駭om鈩es r馥ls. Donc, nous devons tenir compte de ce fait. Nous devons aussi tenir compte de cet autre fait : que les classes sociales ne sont pas enti鑽ement s駱ar馥s, pas m麥e dans les pays o? existent les castes, et que, dans les nations civilis馥s modernes, il se produit une circulation intense entre les diff駻entes classes. サ (TSG, XI, ァ2025)

Pareto pense que l'on peut d馭inir une sorte d帝chelle objective qui permettrait de mesurer ces diff駻ences sociales. On doit pouvoir noter les individus selon leur degr? de comp騁ence dans un secteur donn? en attribuant 10 ? celui qui excelle et z駻o au parfait ォ cr騁in サ (sic). Ces 騅aluations peuvent 黎re donn馥s ind駱endamment des jugements de valeurs et m麥e ind駱endamment de toute consid駻ation d置tilit? sociale. En admettant cette classification, on arrive ? cette conclusion :

ァ2031. Formons donc une classe de ceux qui ont les indices les plus 駘ev駸 dans la branche o? ils d駱loient leur activit?, et donnons ? cette classe le nom d'駘ite. Tout autre nom et m麥e une simple lettre de l'alphabet, seraient 馮alement propres au but que nous nous proposons.

Il faut enlever au terme ォ 駘ite サ tout ce qui pourrait rappeler des jugements de valeurs. Pareto propose de s駱arer l帝lite en deux sous-classes: l帝lite gouvernementale et l帝lite non-gouvernementale. Face ? cette 駘ite n弾xiste qu置ne classe inf駻ieure, celle qui ne se d馭init que par le seul fait qu弾lle n誕ppartient pas ? l帝lite. Nous avons l? un sch駑a extr麥ement simplifi?, binaire, qui n弾st pas sans rappeler le sch駑a machiav駘ien de l弛pposition entre les grands et le peuple. Pareto y revient d誕illeurs un peu plus loin quand il affirme qu弛n doit diviser toute soci騁? en deux classes, la classe sup駻ieure, celle des gouvernants, et la classe inf駻ieure, celle des gouvern駸.

Pareto montre que les marqueurs d誕ppartenance ? l帝lite sont assez complexes, car 騅idemment pour appartenir ? l帝lite il n弾st pas n馗essaire de passer l弾xamen de Pareto ! Il existe des titres r駸ultant d弾xamens pour devenir avocats, m馘ecins, etc. La richesse h駻馘itaire joue 馮alement un r?le important dans l誕ppartenance ? l帝lite :

ァ.2036 : (...)Mais si l'h駻馘it? directe a disparu, l'h駻馘it? indirecte demeure puissante, et celui qui a h駻it? un grand patrimoine est facilement nomm? s駭ateur, en certains pays, ou se fait 駘ire d駱ut? en payant les 駘ecteurs et en les adulant, si besoin est, par des professions de foi archid駑ocratiques, socialistes, anarchistes. La richesse, la parent?, les relations, sont utiles aussi en beaucoup d'autres cas, et font donner ? qui ne devrait pas l'avoir l'騁iquette de l'駘ite en g駭駻al ou de l'駘ite gouverneュmentale en particulier.

Mais le ph駭om鈩e int駻essant, selon Pareto, est celui de la circulation des 駘ites, c弾st-?-dire comment quelqu置n qui n帝tait pas membre de l帝lite peut y acc馘er et inversement comment on perd sa qualit? de membre de l帝lite.

Pareto nous met en garde contre les erreurs qui peuvent na?tre de ce que nous prenons les formes juridiques pour la r饌lit? :

ァ 2046. Il ne faut pas confondre l'騁at de droit avec l'騁at de fait ce dernier seul, ou presque seul, est important pour l'駲uilibre social. Il y a de tr鑚 nombreux exemples de castes ferm馥s l馮alement, et dans lesquelles, en fait, se produisent des infiltrations souvent assez consid駻ables. D'autre part, ? quoi sert qu'une caste soit l馮alement ouverte, si les conditions de fait qui permettent d'y entrer font d馭aut ? Si tous ceux qui s'enrichissent font partie de la classe gouvernante, mais que personne ne s'enrichisse, c'est exactement comme si cette classe 騁ait ferm馥 ; et si peu de gens s'enrichissent, c'est comme si la loi mettait de grands obstacles ? l'acc鑚 de cette classe. On vit un ph駭om鈩e de ce genre ? la fin de l'empire romain. Celui qui devenait riche entrait dans l'ordre des curiales ; mais tr鑚 peu de personnes devenaient riches.

Les statuts reconnus ne sont pas les garants de l誕ppartenance ? l帝lite. Ainsi Pareto souligne qu弛n ne doit pas confondre l帝lite et les aristocraties traditionnelles, m麥e si ces aristocraties furent certainement la composante essentielle de l帝lite ? un moment donn?.

ァ 2053. Les aristocraties ne durent pas. Quelles qu'en soient les causes, il est incontesュtable qu'apr鑚 un certain temps elles disparaissent. L'histoire est un cimeti鑽e d'aristocraties. Le peuple ath駭ien constituait une aristocratie, par rapport au reste de la population, des m騁鑷ues et des esclaves. Il disparut sans laisser de descendance. Les diverses aristocraties romaines disparurent. Les aristocraties barbares disparurent. O? sont, en France, les descenュdants des conqu駻ants francs ? Les g駭饌logies des lords anglais sont tr鑚 exactes. Il subsiste fort peu de familles descendant des compagnons de Guillaume le Conqu駻ant ; les autres ont disparu. En Allemagne, l'aristocratie actuelle est en grande partie constitu馥 par les descenュdants des vassaux des anciens seigneurs. La population des ノtats europ馥ns s'est accrue dans une mesure 駭orme depuis plusieurs si鐵les ? aujourd'hui. Or, il est certain, tr鑚 certain, que les aristocraties ne se sont pas accrues en proportion.

La cons駲uence est donc logiquement celle-ci :

ァ 2054 (?) La classe gouvernante est entretenue, non seulement en nombre, mais, ce qui importe davantage, en qualit?, par les familles qui viennent des classes inf駻ieures, qui lui apportent l'駭ergie et les proportions de r駸idus n馗essaires ? son maintien au pouvoir. Elle est tenue en bon 騁at par la perte de ses membres les plus d馗hus.

Ces consid駻ations qui peuvent para?tre des 騅idences m駻itent d底tre m馘it馥s. En effet, il appara?t clairement que tout syst鑪e de domination a besoin d置n renouvellement plus ou moins r馮ulier de la classe dirigeante. L'ノglise, dans l誕ncien r馮ime, m麥e si elle 騁ait souvent aux mains de l誕ristocratie nobiliaire, 騁ait une institution qui assurait le renouvellement de la classe dirigeante et concourait ? la formation des 駘ites ? par l段nstruction qu弾lle dispensait autant que par les personnels politiques qu弾lle a fournis ? la monarchie, de Richelieu ? l誕bb? Dubois pour parler de quelques premiers ministres fameux. La r騅olution a renouvel? profond駑ent la classe dirigeante, par la vente des biens nationaux et le ォ super bonus サ qu弾lle a ainsi donn? ? la partie la mieux assise de la bourgeoisie, mais aussi en proc馘ant ? une promotion massive de nouveaux venus, recrut駸 sur leur 駭ergie, leur aptitude ? servir le nouveau r馮ime ou leur bravoure sur les champs de bataille. Mais le d馗lin de la vieille aristocratie n誕 pas signifi? la fin de l誕ncienne classe dirigeante : la r騅olution l誕 transform馥 et revigor馥, les nobles de convertissant massivement aux affaires, financi鑽es ou industrielles, et les bourgeois cherchant ? marier leurs filles ou leurs fils aux h駻itiers ou h駻iti鑽es de titres ? particules.

M麥e les r騅olutions les plus radicales n帝chappent pas ? cette loi de Pareto de la circulation des 駘ites. L駭ine, au tout d饕ut des ann馥s 20 constatait que le nouvel ノtat sovi騁ique n帝tait rien d誕utre que le vieil appareil d痛tat tsariste ? peine repeint en rouge. Constation on ne peut plus exacte : les lecteurs de Gogol ne sont pas d駱ays駸 quand ils entrent dans le petit monde de la bureaucratie sovi騁ique, c弾st-?-dire de l帝lite dirigeante. On peut certes consid駻er les purges massives ordonn馥s par Staline comme les actes d置n tyran fou ou appliquer ? tout cela le qualificatif ォ totalitaire サ, aussi explicatif que la ォ  dormitive de l弛pium サ ch鑽e au m馘ecin de Moli鑽e. Mais on doit d誕bord reconna?tre que le stalinisme a organis? une circulation des 駘ites comme aucun r馮ime n誕vait r騏ssi ? la faire en aussi peu de temps. Car les victimes les plus constantes de Staline ne furent pas le peuple ? ? l弾xception notable des paysans dans l帝poque de la collectivisation. Mais la fin de la collectivisation et le ォ congr鑚 des vainqueurs サ de 1934 marquent le vrai tournant qui va caract駻iser le r馮ime : apr鑚 l誕ssassinat de Kirov (un assassinat tr鑚 myst駻ieux dont Staline est selon toute vraisemblance le commanditaire) qui sert de pr騁exte au d馗lenchement de la r駱ression, les purges vont d誕bord toucher l誕ppareil bureaucratique, depuis le sommet ? 駘imination de tous les dirigeants et compagnons de L駭ine ? jusqu亭 la masse des subordonn駸 qui d騁iennent un petit pouvoir et de petits privil鑒es. Ces grandes purges vont lib駻er des centaines de milliers de postes de direction dans l誕ppareil gouvernemental et dans l誕ppareil 馗onomique ? qui sont largement confondus. En deux d馗ennies (1934-1953), des millions d段ndividus, issus de la classe ouvri鑽e et de la paysannerie pauvre pour la plupart, vont donc faire leur entr馥 dans l帝lite dirigeante. Cela explique tr鑚 largement l段nd駭iable soutien populaire dont a b駭馭ici? le r馮ime et le fait qu段l pouvait passer pour la ォ dictature du prol騁ariat サ: gr稍e ? Staline et ? son impitoyable syst鑪e de circulation des 駘ites, chaque prol騁aire pouvait caresser l弾spoir de devenir un petit dictateur aux c?t駸 du ォ petit p鑽e des peuples サ. Au demeurant, c弾st pr馗is駑ent pour mettre fin ? cette trop grande instabilit? de la caste dominante que Khrouchtchev et ses amis organis鑽ent le d饕oulonnage de la statue de Staline et une nouvelle transformation du r馮ime. Pareto 馗rit en 1917, mais il ne pouvait 騅idemment deviner quel v駻ification 馗latante, quoique inattendue, conna?trait sa th駮rie de la circulation des 駘ites.

ァ 2056. Par l'effet de la circulation des 駘ites, l'駘ite gouvernementale est dans un 騁at de transformation lente et continue. Elle coule comme un fleuve ; celle d'aujourd'hui est autre que celle d'hier. De temps en temps, on observe de brusques et violentes perturbations, semュblables aux inondations d'un fleuve. Ensuite la nouvelle 駘ite gouvernementale recommence ? se modifier lentement : le fleuve, rentr? dans son lit, s'馗oule de nouveau r馮uli鑽ement.
ァ 2057. Les r騅olutions se produisent parce que, soit ? cause du ralentissement de la circulation de l'駘ite, soit pour une autre cause, des 駘駑ents de qualit? inf駻ieure s'accumuュlent dans les couches sup駻ieures. Ces 駘駑ents ne poss鐡ent plus les r駸idus capables de les maintenir au pouvoir, et ils 騅itent de faire usage de la force ; tandis que dans les couches inf駻ieures se d騅eloppent les 駘駑ents de qualit? sup駻ieure, qui poss鐡ent les r駸idus n馗essaires pour gouverner, et qui sont dispos駸 ? faire usage de la force.
ァ 2058. G駭駻alement, dans les r騅olutions, les individus des couches inf駻ieures sont dirig駸 par des individus des couches sup駻ieures, parce que ceux-ci poss鐡ent les qualit駸 intellectuelles utiles pour livrer bataille, tandis qu'ils sont d駱ourvus des r駸idus que poss隴dent pr馗is駑ent les individus des couches inf駻ieures.

Inutile de d騅elopper. Il suffit de constater combien ces analyses peuvent 黎re 騁ay馥s par les constatations empiriques pendant toute l檀istoire du dernier si鐵le. La fluidit? des rapports entre l帝lite et la masse des gouvern駸 ? la m騁aphore du fleuve ? permet en m麥e d弾xpliquer la permanence de la structure binaire 駘ite-masse ou gouvernants-gouvern駸, ou encore, pour revenir ? Machiavel, grands-peuple. Notons que si Pareto a raison, cela a de tr鑚 s駻ieuses cons駲uences, et tout d誕bord celle-ci, que la d駑ocratie est impossible, au sens strict du terme, et que, par cons駲uent, ce qui s誕ppelle d駑ocratie n弾st qu置ne forme tr鑚 particuli鑽e de gouvernement permettant ? la classe dirigeante d弛btenir un large consentement des gouvern駸 en m麥e temps qu置n renouvellement de l帝lite.

Les 駘ites politiques : 1. Mosca

Gaetano Mosca2, ? la diff駻ence de Pareto, ne se revendique pas de Machiavel, envers qui il a une attitude assez critique, bien que Burnham3 le classe parmi les ォ machiav駘iens サ dans son livre de 1943. Mosca veut constituer une v駻itable science politique qui serait le fruit m?r des sciences historiques. Ce qui suppose donc que cette science politique s誕ppuie sur une solide connaissance historique. Sur la base de ces connaissances, Mosca estime que l弛n peut construire une science politique qui soit aussi robuste que les sciences naturelles, bien que Mosca d駭once en m麥e toutes les tentatives ォ naturalistes サ visant, par exemple, ? appliquer la th駮rie darwinienne de l帝volution aux soci騁駸 humaines (chez les animaux, le premier principe est la lutte pour la vie alors que chez les humains, c弾st la lutte pour la pr鳬minence.)

Je ne suis pas s?r que la science politique ait atteint le niveau de scientificit? qu誕nnon軋it Mosca. Mais il reste quelque chose de particuli鑽ement int駻essant dans l凋uvre de Mosca, sa th駮rie de la classe politique. La science politique vise en effet, selon Mosca, ? mettre ? jour ォ les lois ou tendances constantes qui r鑒lent l弛rdre politique des soci騁駸 humaines. サ4 Si la science politique a pour objet l弛rdre du pouvoir, cette science est facilit馥 par la mise en 騅idence de l弾xistence d置ne classe particuli鑽ement d馘i馥 ? l弾xercice de cette fonction. Et de la question centrale devient bien de savoir qui gouverne r馥llement la soci騁?.

Mosca est r駸olument hostile au socialisme ? bien qu段l ne soit pas insensible ? la pens馥 de Marx ? et 馮alement antid駑ocrate, mais non antilib駻al. Il est hostile ? la d駑ocratie parce que la question de la savoir si le gouvernement de la majorit? est le meilleur ou le pire des gouvernements est pour lui d駱ourvue de sens pour la bonne raison qu段l n馳 a jamais eu et qu段l n馳 aura jamais de gouvernement de la majorit?. Il finira n饌nmoins par admettre la d駑ocratie dans un sens restreint comme moyen de renouveler graduellement l帝lite dirigeante, cette d駑ocratie (repr駸entative) devant n饌nmoins 黎re temp駻馥 par le principe aristocratique de l檀駻馘it? (comme dans la chambre des Lords britannique). Mosca s弾st ainsi oppos? tant en 1882 qu弾n 1912 ? l帝largissement du droit de vote.

Que la th駮rie abstraite de la d駑ocratie soit erron馥 ne signifie pas que la pratique de la d駑ocratie soit en tout et pour tout ? condamner. La d駑ocratie dans les faits a substitu? ? une m騁hode de choix de la classe politique une autre m騁hode de choix et on ne peut pas dire que la substitution ait 騁? mauvaise, sp馗ialement quand le nouveau crit鑽e ne s弾st pas appliqu? de mani鑽e trop uniforme ni trop exclusive et a 騁? temp駻? par d誕utres. Nous devons ? la d駑ocratie, au moins en partie, le r馮ime de discussion dans lequel nous vivons, nous devons les principales libert駸 modernes, les libert駸 de pens馥, de la presse et d誕ssociation. Or, le r馮ime de libre discussion est le seul qui permette ? la classe (politique) de se r駭over, qui lui tienne la bride et qui l帝limine presque automatiquement quand elle ne correspond plus aux int駻黎s du pays.5

Revenons donc ? la th駮rie de la classe politique. Mosca, bien qu段l soit class? parmi les th駮riciens des 駘ites, pr馭鑽e utiliser le terme de ォ classe politique サ pr馭駻entiellement au terme d牒 駘ites サ, parce que premier terme est plus neutre que le second qui a tendance ? impliquer des jugements de valeur.

En premier lieu, pour d馭inir cette classe politique (ou classe dirigeante, la terminologie n弾st pas toujours bien fix馥 chez Mosca) on peut cerner les crit鑽es qui permettent ? un individu de revendiquer son appartenance ? cette classe.

Les minorit駸 gouvernantes, ordinairement, sont constitu馥s de mani鑽e ? ce que les individus qui les composent se distinguent de la masse des gouvern駸 par certaines qualit駸 qui leur donnent une certaine sup駻iorit? mat駻ielle et intellectuelle ou m麥e [?] en d誕utres termes, ils doivent pr駸enter quelque requisit, vrai ou apparent, qui est fortement appr馗i? et qu弛n fait beaucoup valoir dans la soci騁? dans laquelle ils vivent.6

La naissance fait 騅idemment partie de ces crit鑽es d誕ppartenance. Mosca ne soutient pas que l檀駻馘it? biologique puisse conf駻er une quelconque sup駻iorit? ? sur ce point il pol駑ique contre Gobineau ? mais il tient au moins pour assez clair que l帝ducation des enfants n駸 dans les classes dirigeantes est meilleure que celle des enfants des autres classes et, par cons駲uent, ils poss馘eront plus facilement les traits n馗essaires ? l誕ppartenance ? la classe dirigeante. Il remarque 馮alement que toute classe dirigeante tend ? devenir h駻馘itaire et l? encore la simple observation permet de le confirmer.

En centrant la science politique sur la question de la classe dirigeante, Mosca en est conduit ? r馭uter la tripartition classique des r馮imes politiques (monarchie, aristocratie, d駑ocratie) pour lui substituer une autre classification fond馥 sur les modes d弛rganisation des diverses classes politiques : la cit?-ノtat (comme Ath鈩es ou la Rome des d饕uts), l痛tat bureaucratique (de l脱mpire romain ? la monarchie absolue), l痛tat f駮dal et l痛tat repr駸entatif moderne. Il distingue deux principes fondamentaux de gouvernement : le principe autocratique et le principe lib駻al.

Le principe autocratique est celui dans lequel la d馗ision est transmise ? partir du sommet de l帝chelle politique alors que le principe lib駻al suppose que le bas de l帝chelle politique d駘鑒ue au sommet le pouvoir de d馗ision. Mais il s誕git bien du bas de l帝chelle politique ? donc de l段nt駻ieur de la classe politique. Le principe lib駻al n誕 donc rien ? voir avec la d駑ocratie.

L痛tat repr駸entatif peut ainsi 黎re compris comme le greffon d置n principe lib駻al sur l誕rbre de l痛tat bureaucratique (en l弛ccurrence la monarchie absolue), si bien que le principe lib駻al et le principe autocratique sont 騁roitement intriqu駸 dans cette forme d痛tat.

Que Mosca soit un conservateur inv騁駻? ? fondamentalement parce qu段l y a en lui un pessimisme anthropologique ind駻acinable ? n弾mp鹹he pas que sa th駮rie soit ォ scientifique サ. Elle peut 黎re utilis馥 aussi bien par celui qui a une ォ id駮logie サ conservatrice comme Mosca lui-m麥e que par un d駑ocrate. C弾st ce que s弾fforce de montrer Norberto Bobbio :

  1. contre le conservateur, le d駑ocrate s弛ppose ? toute forme de transmission h駻馘itaire du pouvoir. On admet alors que le mieux est que la classe politique se forme par d誕utres canaux que les canaux de l檀駻馘it?. L帝lection ou le m駻ite (pour le recrutement des fonctionnaires) sont des moyens non h駻馘itaires et d駑ocratiques de renouveler la classe politique.

  2. La d駑ocratie s弛ppose ? l誕ristocratie en ce qu弾lle 忖vre en faveur d置n 駘argissement continu de la classe politique jusqu誕u point o? la majorit? du peuple, d置ne mani鑽e ou d置ne autre peut participer.

  3. En ce qui concerne la tendance de la classe politique ? se refermer sur elle-m麥e et ? se transformer en classe h駻馘itaire, le d駑ocrate travaillera pour une organisation socio-馗onomique qui donne ? chacun des opportunit駸 馮ales, permettant contin?ment ? des hommes nouveaux d誕cc馘er ? la classe politique.

  4. Du point de vue institutionnel, la d駑ocratie permettrait en th駮rie un changement total de la classe politique sans effusion de sang ? ce qui satisferait au principe de stabilit? auquel Mosca tient tant.

Ce que montre Bobbio, c弾st qu置ne th駮rie des 駘ites comme celle de Mosca est compatible avec le politique (et sans doute aussi avec le socialisme lib駻al dont Bobbio s弾st toujours r馗lam?). Peut-黎re, une th駮rie plut?t ォ pessimiste サ comme celle de Mosca est-elle plus utile ? ceux qui veulent r馥llement la d駑ocratie que l弾au de rose du d駑ocratisme vulgaire et les apologies de ォ l痛tat de droit サ. Le pessimisme de l段ntelligence est un bon alli? de l弛ptimisme de la volont? pour parler comme Gramsci.

Les 駘ites politiques : 2. Michels et les partis sociaux-d駑ocrates

Alors que se constitue le mouvement ouvrier dans les ann馥s 1889 ? 1914 et que les partis socialistes et sociaux-d駑ocrates deviennent des partis de masse, tr鑚 influents, ayant parfois des millions d誕dh駻ents soit directement soit par l段nterm馘iaire d弛rganisations contr?l馥s par le parti, on voit appara?tre une nouvelle couche dirigeante de permanents politiques et d帝lus qui amalgame des intellectuels ォ bourgeois サ ralli駸 au socialisme et d誕nciens ouvriers devenus chefs du parti, 駘us ou propagandistes. En France, c弾st surtout ? Georges Sorel qu弛n doit les premi鑽es pol駑iques contre cette nouvelle 駘ite ouvri鑽e. Mais la premi鑽e analyse syst駑atique de la constitution de cette couche sociale et de ses attitudes politiques fonci鑽ement conservatrices est celle de Roberto Michels, dans un livre devenu classiques, Les partis politiques.

N? ? Cologne en 1876, d置ne famille allemande riche, Robert Michels a 騁? l帝l钁e de Max Weber. Au d饕ut des ann馥s 1900, il adh鑽e au SPD et il est m麥e candidat de ce parti ce qui lui fait perdre sa chaire ? l置niversit? de Marburg. En 1907, il quitte le SPD et s段nstalle ? Turin. Il milite au sein du parti socialiste italien, mais dans son aile d弾xtr麥e gauche, proche du syndicalisme r騅olutionnaire. Il obtient une chaire universitaire gr稍e ? l段ntercession de Luigi Einaudi, intellectuel lib駻al qui deviendra le second pr駸ident de la R駱ublique italienne. Apr鑚 la premi鑽e guerre mondiale, il adh鑽e au parti fasciste de l弾x-socialiste Mussolini. Pour Michels, gr稍e ? son charisme et ? ses origines prol騁ariennes, Mussolini peut repr駸enter le prol騁ariat sans la m馘iation bureaucratique des repr駸entants syndicaux et politiques. En 1933, il repr駸ente le fascisme ? Paris et tient de conf駻ences o? il le d馗rit ォ sans malice mais avec bonne dose d段ng駭uit? typiquement teutonne サ, dit le r馘acteur de la notice de Wikipedia en version italienne, comme un r馮ime pacifiste et antiraciste. Il meurt ? Rome en 1936.

J誕i 騅oqu? ici bri钁ement ce parcours qui conduit d置ne critique radicale du parlementarisme ? partir d置n point de vue de gauche pour terminer dans les rangs du fascisme ? qu段l faut ici distinguer soigneusement du nazisme en 騅itant le dialecte du totalitarisme ? parce qu段l est tr鑚 r騅駘ateur d置ne 駱oque et des basculements erratiques de nombreux intellectuels. Mais pr馗is駑ent, il ne faudrait pas prendre pr騁exte de ces parcours pour rejeter l誕pport th駮rique de gens comme Michels.

Dans Les partis politiques7 (premi鑽e 馘ition allemande, 1911),Michels part de l帝tude de la social-d駑ocratie allemande qui est le parti socialiste le plus puissant de l帝poque, au point de constituer une v駻itable contre-soci騁? au sein de la soci騁? bourgeoise-imp駻iale allemande. Or loin d底tre une organisation 馮alitaire promouvant l誕utonomie des travailleurs (ォ l帝mancipation des travailleurs sera l凋uvre des travailleurs eux-m麥es サ), la social-d駑ocratie se r騅鑞e une organisation bureaucratique qui cherche ? obtenir l弛b駟ssance de la part des membres du parti et plus g駭駻alement de la classe ouvri鑽e. Mosca faisait d駛? remarquer que ce ne sont pas les peuples qui choisissent les 駘us mais la classe dirigeante qui fait 駘ire ses d駱ut駸. Michels est en gros sur la m麥e ligne.

La premi鑽e th鑚e de Michels pourrait 黎re celle de la dialectique r馮ressive de l弛rganisation :

  1. Pas de lutte de masses sans organisation.

  2. L弛rganisation est la source de toutes les tendances conservatrices.

L弛rganisation constitue pr馗is駑ent la source d弛? les courants conservateurs se d騅ersent sur la plaine la d駑ocratie et occasionnent les inondations destructrices qui rendent cette plaine m馗onnaissable. (p. 26)

Mais alors que Sorel, lui aussi proche du syndicalisme r騅olutionnaire, met encore ses espoirs dans la vitalit? de l誕ction de classe, Michels voit dans le processus de bureaucratisation un ph駭om鈩e in騅itable. Il d馗oule tout d誕bord de la logique m麥e des organisations de masse.

Dans les partis politiques modernes, on r馗lame pour les chefs une sorte de cons馗ration officielle et on insiste sur la n馗essit? de former une classe de politiciens professionnels, de techniciens de la politique, 駱rouv駸 et patent駸. (p.30)

L弛rganisation a besoin de cadres et elle doit les former. C弾st une n馗essit? :

Il est cependant ind駭iable que tous ces instituts d帝ducation destin駸 ? fournir des fonctionnaires au parti et aux organisations ouvri鑽es, contribuent, avant tout, ? cr馥r artificiellement une 駘ite ouvri鑽e, une v駻itable caste de cadets. (p.32)

D弛? cette loi :

Qui dit organisation dit tendance ? l弛ligarchie. (p. 33)

Michels note par exemple le r?le du suffrage indirect dans le syst鑪e d帝lection des responsables qui explique la tr鑚 grande long騅it? des appareils politiques et syndicaux et le m駱ris syst駑atique des plus 駘駑entaires r鑒les d駑ocratiques dont ils font preuve. Et 騅idemment, il ne s誕git pas seulement de la vieille social-d駑ocratie allemande. Les observation de Michels ont une valeur universelle indiscutable.

Mais le pouvoir de cette nouvelle 駘ite bureaucratique s誕ppuie aussi sur la propension des masses ? l弛b駟ssance et ? la v駭駻ation des chefs, ce qui explique que les dirigeants puissent changer radicalement de position, trahir toutes les r駸olutions les plus sacr馥s sans qu段ls aient v駻itablement ? en payer le prix.

L檀istoire des partis ouvriers nous offre tous les jours des cas o? les chefs s帝tant mis en contradiction flagrante avec les principes fondamentaux du mouvement, les militants ne se d馗ident pas ? tirer toutes les cons駲uences qui en d馗oulent logiquement. (p.79)

Pr駑onition du p駭騁rant sociologue ! Quelques ann馥s apr鑚 la parution du livre de Michels, les partis socialistes et sociaux-d駑ocrates se mettront ォ en contradiction flagrante avec les principes fondamentaux サ en ralliant la guerre chacun pour le compte de son gouvernement. Et les militants n弾n ont en effet pas tir? les cons駲uences logiques puisque c弾st seulement la r騅olution russe de 1917 qui conduira ? la scission des partis socialistes et ? la cr饌tion des partis communistes.

Contre ceux qui, comme Sorel, voient dans la p駭騁ration d帝l駑ents ォ bourgeois サ et ォ petits bourgeois サ une des explications des tendances r馭ormistes du mouvement ouvrier, Michels remarque :

ce sont d誕illeurs les mouvements ouvriers les plus exclusivistes qui partout et toujours sont le plus p駭騁r駸 d弾sprit r馭ormiste. (p. 232)

Rien de plus exact, l? encore : les partis socialistes des pays d脱urope du Nord ou le Labour Party britannique avaient d鑚 les origines une composition sociale tr鑚 ouvri鑽e, beaucoup plus que les partis du Sud ou m麥e la SPD. Mais pratiquement jamais l弾sprit r騅olutionnaire n誕 effleur? ces partis. L弾xemple de la social-d駑ocratie su馘oise qui am駭agea sans peine la cohabitation de la Su鐡e avec le r馮ime nazi m駻iterait d底tre 騁udi?, comme un cas d帝cole. Si m麥e on regarde les clivages sociologiques lors de la scission du congr鑚 de Tours en 1920 entre la vieille SFIO et la nouvelle SFIC, le parti communiste, on doit bien constater que les bastions ouvriers du Nord et du Pas-de-Calais sont rest駸 fid鑞es ? la vieille maison alors qu誕u contraire les r馮ions paysannes du pourtour du massif central passaient majoritairement au nouveau parti communiste.

Michels note que le mouvement ouvrier organis? (la social-d駑ocratie, mais ce sera vrai du communiste de masse en France ou en Italie)

a pour la classe ouvri鑽e allemande une importance analogue ? celle de l痛glise catholique pour certaines fractions de la petite bourgeoisie et de la population rurale. L置n et l誕utre servent aux 駘駑ents les plus intelligents de ces classes respectives pour leur ascension sociale. (p.201)

On retrouve ici le principe de Pareto de la circulation des 駘ites. Loin d底tre une contre-soci騁?, ォ l帝lite ouvri鑽e サ s段nt鑒re finalement dans les m馗anismes de reproduction de l帝lite gouvernante en g駭駻al. Des ph駭om鈩es que Michels ne pouvait qu弾ntrevoir se sont d騅elopp駸 ? tr鑚 grande 馗helle surtout apr鑚 la seconde guerre mondiale, tant dans les partis et syndicats ォ r馭ormistes サ que dans les partis communistes. L弾xemple du PCI italien donne aux analyses de Michels une ampleur inattendue : l帝lite ォ ouvri鑽e サ a fini par fusionner compl騁ement avec l帝lite dirigeante ォ bourgeoise サ avec comme cons駲uence la liquidation du PCI lui-m麥e qui s弾st auto-dissout au lendemain de la fin de l旦RSS.

Enfin Michels souligne combien la bureaucratisation des organisations ouvri鑽es m鈩e au bonapartisme et au culte du chef. Encore une vision p駭騁rante qui, cette fois, n誕ura 騁? ? son auteur d誕ucune utilit? puisqu段l a lui-m麥e succomb? au d駘ice de l誕mour du ma?tre en subissant le charisme mussolinien...

L誕vant-dernier chapitre du livre est intitul? ォ la d駑ocratie et la loi d誕irain de l弛ligarchie サ. Il est consacr? ? une discussion avec Mosca (ォ un homme de grande valeur サ) et Pareto et plus g駭駻alement avec tous auteurs qui

? d馭endent la th駮rie d誕pr鑚 laquelle les luttes 騁ernelles entre aristocraties et d駑ocraties, dont nous parle l檀istoire, n誕uraient jamais 騁? que des luttes entre une vieille minorit? d馭endant sa pr馘ominance et une nouvelle minorit? ambitieuse qui cherchait ? conqu駻ir le pouvoir ? son tour, soit en se m駘angeant ? la premi鑽e soit en prenant sa place. (p.279)

La d駑ocratie trouve son point d弛rgue dans la cr饌tion d置ne nouvelle aristocratie. Et le socialisme n帝chappe pas ? cette loi. Michels rappelle :

Vilfredo Pareto a m麥e recommand? le socialisme comme un moyen favorable ? la cr饌tion, au sein de la classe ouvri鑽e, d置ne nouvelle 駘ite, et il voit dans le courage victorieux avec lequel les chefs du socialisme affrontent pers馗utions et col鑽es un indice de leur vigueur et la premi鑽e condition ? laquelle doit satisfaire une nouvelle ォ classe politique サ. (p. 280)

Mais si les th駮riciens de l帝cole 駘itisme ont eu le m駻ite de porter l誕ttention de la recherche politique sur la question de l帝lite, Michels soutient que leur v駻itable anc黎re est ? chercher du c?t? du socialisme qui, d鑚 sa naissance, aurait 騁? fond? sur des id馥s 駘ites et autoritaires. Michels part de la pens馥 de Saint-Simon :

Le syst鑪e des saint-simoniens est d置n bout ? l誕utre autoritaire et hi駻archique. Les disciples de Saint-Simon ont 騁? si peu choqu駸 par le c駸arisme de Napol駮n III que la plupart d弾ntre eux y adh駻鑽ent avec joie, croyant y voir la r饌lisation des principes de socialisation 馗onomique. (p. 282)

Mais il n弾n va pas mieux avec Fourier en d駱it de sa r駱utation libertaire (au moins en amour).

Sorel a relev? avec raison le lien 騁roit qui rattache le socialisme ant駻ieur ? Louis-Philippe ? l定re du grand Napol駮n et montr? que les utopies saint-simoniennes et fouri駻istes ne purent na?tre et prosp駻er que sur le terrain de l段d馥 d誕utorit? ? laquelle le grand Corse avait r騏ssi ? donner une nouvelle splendeur. (ibid.)

Avec les socialistes de la p駻iode suivant les choses sont un peu diff駻ente mais pas tant qu弛n pourrait le croire sur le fond. L誕narchisme, note encore Michels, nie la possibilit? m麥e d置n gouvernement de la majorit? ? Bakounine et Proudhon pr駸entent souvent la r駱ublique d駑ocratique comme le pire des r馮imes bourgeois. La seule solution s駻ieuse alternative ? ces conceptions qui font de la ォ classe politique サ une n馗essit? immanente, r駸ide, selon Michels, dans la th駮rie marxiste qui d馭init l痛tat comme le conseil d誕dministration des affaires communes de la bourgeoisie ? une d馭inition, note encore notre auteur, qui recoupe celle de Mosca, mais 騅idemment les marxistes en tirent de toutes autres cons駲uences, que Mosca trouvait parfaitement utopiques. Cependant, m麥e en admettant que l痛tat bourgeois puisse 黎re balay? par l誕ssaut r騅olutionnaire, on voit mal comment on pourrait emp鹹her la formation d置ne nouvelle minorit? dominante, car

la richesse sociale ne pourra 黎re administr馥 d置ne fa輟n satisfaisante que par l段nterm馘iaire d置ne bureaucratie 騁endue. (?)
L誕dministration d置ne fortune 駭orme, surtout lorsqu段l s誕git d置ne fortune appartenant ? la collectivit? conf鑽e ? celui qui l誕dministre une dose de pouvoir au moins 馮ale ? celle que poss鐡e le possesseur d置ne fortune, d置ne propri騁? priv馥. Aussi les critiques anticip駸 du r馮ime social marxiste se demandent-ils s段l n弾st pas possible que l段nstinct qui pousse les propri騁aires, de nos jours, ? laisser en h駻itage ? leurs enfants les richesses amass馥s, incite 馮alement les administrateurs de la fortune et des biens publics dans l痛tat socialiste ? profiter de leur immense pouvoir pour assurer ? leurs fils la succession des charges qu段ls occupent. (p. 284)

Les intuitions de Michels ne seront que trop confirm馥s. Dans son livre, L置topie collectiviste (PUF 1984), consacr? ? l帝tude des r馗its du futur socialiste telle que le dessinaient les orateurs et propagandistes de la Deuxi鑪e Internationale, Marc Angenot montre en d騁ail comment derri鑽e le discours 馮alitaire appara?t tr鑚 clairement la th駮risation du r?le d置ne classe d段ntellectuels et d弛rganisateurs de l痛tat et de la vie sociale dans son ensemble qui les a conduits ? oublier tr鑚 vite les critiques de Marx contre la division du travail et notamment contre la s駱aration entre travail manuel et travail intellectuel... Comme le dit encore Michels

Il est, en effet, ? craindre que la r騅olution sociale ne substitue ? la classe dominante visible et tangible, qui existe de nos jours et qui agit ouvertement, une oligarchie d駑agogique clandestine op駻ant sous le faux masque de l帝galit?. (p.286)

On voit que le r騅olutionnaire Michels n弾st pas tr鑚 駘oign? du pessimisme de Mosca. Il ne semble pas y avoir beaucoup de solutions qui permettraient d帝chapper ? la loi d誕irain de l弛ligarchie. Surtout si on admet que la constitution d弛ligarchies au sein des d駑ocraties est un ph駭om鈩e organique. C弾st le niveau de conscience de la partie pr駱ond駻ante des classes opprim馥s qui seul permet d弾nvisager des freins aux tendances oligarchiques. On retrouve chez Michels, en filigrane, l段d馥 d置ne avant-garde r騅olutionnaire 馗lair馥 et la n馗essit? d帝lever le niveau de conscience des masses. Mais la d駑ocratie ne sera au mieux qu置n mythe ? comme le tr駸or cach? dans le champ que le laboureur pr騁end l馮uer ? ses enfants.

Les 駘ites politiques : 3. Le bolch騅isme

C弾st presque naturellement que je passe de Michels ? L駭ine. Au fond, ils sont confront駸 au m麥e probl鑪e : celui des rapports entre la masse et l帝lite ? l段nt駻ieur m麥e du mouvement ouvrier.

L段nvention du ォ l駭inisme サ peut 黎re dat馥 de Que faire ?, un texte de 1902 qui va ent駻iner la scission entre la majorit? l駭iniste (bolchevik) du Parti Ouvrier Social-d駑ocrate de Russie (POSDR) et la minorit? (menchevik). Dans ce texte, L駭ine, s弾n prend tr鑚 violemment au ォ culte de la spontan駟t? サ, c弾st-?-dire ? tous ces militants qui croient que le d騅eloppement naturel de la lutte des ouvriers contre les capitalistes conduit ? la d駑ocratie puis au communisme. Contre ce ォ spontan駟sme サ 馗onomiste, L駭ine enfonce le clou :

La conscience politique de classe ne peut 黎re apport馥 ? l'ouvrier que de l'ext駻ieur, c'est-?-dire de l'ext駻ieur de la lutte 馗onomique, de l'ext駻ieur de la sph鑽e des rapports entre ouvriers et patrons.8

Laiss駸 ? eux-m麥es, les ouvriers sont incapables d誕ller au-del? des revendications 馗onomiques compatibles avec le mode de production capitaliste. Ils doivent donc 黎re instruits et organis駸, ordonn駸 en quelque sorte par un organe dirigeant, une sorte de prince collectif. Le parti (ォ les social-d駑ocrates サ dit L駭ine) doit ォ apporter aux ouvriers les connaissances politiques サ. Et pour mener cette t稍he ? bien, les social-d駑ocrates doivent p駭騁rer ォ toutes les classes de la soci騁? サ et ils doivent se transformer en organisation compos馥 ォ principalement d檀ommes ayant pour profession l誕ctivit? r騅olutionnaire サ. Il n馳 a donc pas d帝mancipation possible pour les ouvriers sans la constitution de cette 駘ite poss馘ant les connaissances politiques et capable de r駮rganiser la soci騁? dans son ensemble. Et cette 駘ite a vocation ? diriger, sans trop se soucier des r馗riminations de ceux qui font preuve de ォ d駑ocratisme サ (encore une des cibles du Que faire ?).

Qu弾st-ce qui peut guider cette 駘ite r騅olutionnaire ? Rien d誕utre que les fins poursuivies. Tout doit 黎re subordonn? ? ces fins et c弾st pourquoi L駭ine pol駑ique contre les gauchistes et toutes les vari騁駸 de doctrinaires qui font de telle ou telle forme d誕ction un interdit ou une obligation . Ainsi, il combattra pour la participation ? la Douma d脱mpire, pour l置tilisation de toutes les formes l馮ales d誕ction possibles mais en m麥e temps veillera au renforcement et au d騅eloppement de l誕ppareil clandestin du parti ? lequel n檀駸itera pas ? se procurer des fonds par les ォ expropriations サ de banques, c弾st-?-dire le pur et simple brigandage ? et ? la p駭騁ration des membres du parti dans l誕rm馥 et ォ jusqu亭 la cour du tsar サ.

J誕i eu l弛ccasion de souligner la dimension machiav駘ienne de la pens馥 et de la pratique de L駭ine (voir mon Comprendre Machiavel). Ici peut-黎re faut-il noter son id饌lisme et m麥e son platonisme : c弾st la possession de la v駻it? qui fonde la l馮itimit? de l帝lite et sa vocation ? assumer le pouvoir. Mais il faut encore pointer l弾ssentiel : L駭ine rompt avec Marx sur une question-cl?, celle de la capacit? des travailleurs (c弾st-?-dire de la grande masse de la population) ? s帝manciper eux-m麥es, ou encore ? devenir autonomes. Dans les textes de L駭ine, les comparaisons militaires ou religieuses (l弛rdre des J駸uites !) abondent et font bien du parti bolchevik une 駘ite destin馥 ? guider une masse ouvri鑽e qui par ses propres forces est inapte ? s帝lever ? la hauteur des t稍hes historiques qui sont les siennes. Cette 駘itisme trouvera son point d弛rgue dans la prise du pouvoir en octobre/novembre 1917, un v駻itable coup d痛tat organis? de bout en bout par le parti sous la couverture purement formelle des ォ soviets サ. Finalement, se sont pleinement confirm馥s les analyses de Trotski dans Nos t稍hes politiques (un pamphlet anti-l駭iniste de 1904) :

Dans la politique interne du Parti ces m騁hodes conduisent, comme nous le verrons plus loin, l'organisation du Parti ? se ォ substituer サ au Parti, le Comit? central ? l'organisation du Parti, et finalement le dictateur ? se substituer au Comit? central ; (Chap. III)

Mais cela ne concerne pas que le r馮ime int駻ieur :

la dictature du prol騁ariat leur [les partisans de L駭ine] appara?t sous les traits de la dictature sur le prol騁ariat : ce n'est pas la classe ouvri鑽e qui, par son action autonome, a pris dans ses mains le destin de la soci騁?, mais une ォ organisation forte et puissante サ qui, r馮nant sur le prol騁ariat et ? travers lui sur la soci騁?, assure le passage au socialisme. (Chap. IV, 2)

Le syst鑪e stalinien n弾st pas le produit n馗essaire du bolchevisme ? il faudrait un peu de temps pour le montrer ? mais, il faut le reconna?tre, un parti construit sur de tels fondements th駮riques et id駮logiques 騁ait naturellement peu immunis? contre le mal bureaucratique et contre la foi dans la toute puissance de l誕ppareil d痛tat.

Les 駘ites politiques : 4. Gramsci, la th駮rie de l檀馮駑onie et le ォ nouveau prince サ.

Gramsci est, ? la fois, l置n des p鑽es fondateurs du parti communiste italien et, ? ce titre, il doit 黎re consid駻? comme un ォ l駭iniste サ, et le plus h駻騁ique des dirigeants de l棚nternationale communiste : il proc鐡e ? une sorte de synth鑚e entre le l駭inisme russe et la tradition philosophique italienne, mais dans laquelle le l駭inisme va tr鑚 vite 黎re r馘uit ? la portion congrue. Ce qui est difficile avec l凋uvre de Gramsci, c弾st qu弾lle est tr鑚 駱arpill馥, dans des articles li駸 directement ? l誕ctualit? ? par exemple ses articles de l?Ordine Nuovo ? ou dans ses ォ cahiers de prison サ o? Gramsci m鈩e un dialogue permanent avec la culture italienne dont il h駻ite. La derni鑽e partie du livre que Domenico Losurdo ? dont je suis les raisonnements le plus souvent ici ? consacre ? Gramsci (Antonio Gramsci dal liberalismo al ォ comunismo critico サ9 ) a pour titre: ォ La difficile 駑ancipation : Gramsci, l帝litisme italien et le ォ marxisme occidental サ サ, un titre qui r駸ume parfaitement la situation philosophique du Gramsci de la maturit?, si on peut dire : le communisme critique de Gramsci s帝labore dans le dialogue avec l檀駻itage culturel qu段l ne s誕git pas de rejeter, ni de d駭oncer mais de d駱asser au sens h馮駘ien de ォ Aufhebung サ, c弾st-?-dire surmonter en conservant.

Pour faire comprendre de quoi il s誕git, je vais partir d置n extrait du livre de Losurdo.

Dans un de ses 馗rits de jeunesse, Marx distingue entre une critique de l段d駮logie qui d騁ruit les fleurs illusoires pour briser les cha?nes r馥lles et une critique de l段d駮logie qui, ? l段nverse, d騁ruit les fleurs seulement pour renforcer les cha?nes, seulement pour d駑ontrer l段nanit? de toute tentative de s弾n affranchir. C弾st de cette derni鑽e mani鑽e que proc鐡ent ces auteurs qui d駭oncent la nature substantiellement esclavagiste du travail salari?, non pour mettre ce dernier en question mais bien plut?t pour affirmer la l馮itimit? de l弾sclavage proprement dit. (MEW, I, 79-81)10 C弾st le type de critique de l段d駮logie que nous retrouvons ensuite chez Nietzsche. Nous pouvons, ici, nous demander si Marx s弾st toujours employ? ? tenir distincts avec toute la clart? n馗essaire ces deux types diff駻ents et oppos駸 d段d駮logie. C弾st un fait, en tout cas, que le second type a p駭騁r? de quelque mani鑽e le mouvement socialiste. Elle est clairement pr駸ente chez Mussolini, socialiste et r騅olutionnaire (qui conjugue Marx avec Nietzsche), mais, au-del? de la personnalit? singuli鑽e, elle se fait aussi sentir, ? travers de multiples m馘iations, dans l檀istoire du ォ socialisme r馥l サ. Lorsque, dans son domaine, politiques et id駮logues se sont employ駸 ? mettre ? nu le caract鑽e ォ formel サ de la d駑ocratie bourgeoise, non pour rendre concret et ais? pour tous l弾xercice des droits d駑ocratiques mais pour les priver de signification, c弾st ? se demander donc si nous ne sommes pas en face de ce genre de critique de l段d駮logie d駭onc馥 par le jeune Marx comme une forme plus subtile mais aussi plus dangereuse et plus radicale de l馮itimation de la domination dans son imm馘iatet?. De cette mani鑽e, la critique de la libert? comme simple id駮logie, au lieu d弛uvrir la voie ? une amplification et ? un enrichissement de ses contenus concrets, a fini par l馮itimer la dictature m麥e sous les formes les plus brutales et les plus imm馘iates.11

Selon Losurdo, Gramsci a tenu compte de cette distinction op駻馥 par le jeune Marx et elle commande largement son rapport avec les ォ 駘itistes サ italiens. Cela permettrait d弾xpliquer la mani鑽e tr鑚 pol駑ique, jusqu亭 en 黎re injuste, dont il traite Roberto Michels. Plus g駭駻alement, Gramsci s弾n prend ? la critique de l段d駮logie telle que la conduisent les 駘itistes ou m麥e Croce. Ainsi Pareto 馗rit-il:

ァ 86. L'auteur qui expose certaines th駮ries d駸ire g駭駻alement que chacun les admette et les fasse siennes ; car en lui, le r?le du chercheur de v駻it駸 exp駻imentales et celui de l'ap?tre se confondent. Dans ce livre, je les s駱are enti鑽ement ; je retiens le premier, j'exclus le second. J'ai dit et je r駱鑼e que mon unique but est la recherche des uniformit駸 (lois) sociales ; j'ajoute que j'expose ici les r駸ultats de cette recherche, car j'estime que, vu le nombre restreint de lecteurs que peut avoir ce livre et la culture scientifique qu'elle leur suppose, un tel expos? ne peut faire de mal ; mais je m'en abstiendrais, si je pouvais raisonnablement croire que cet ouvrage deviendrait un livre de culture populaire.

Gramsci y voit une des manifestations typiques de la duperie bourgeoise. De m麥e lorsque Croce 馗rit: ォ On ne peut enlever la religion ? l檀omme du peuple sans lui substituer imm馘iatement quelque chose qui satisfasse les exigences m麥es qui ont donn? naissance ? la religion et font qu弾lle demeure サ, Gramsci r駱ond :

Il y a du vrai dans cette affirmation, mais ne contient-elle pas l'aveu que la philosophie id饌liste est incapable de devenir une conception du monde int馮rale (et nationale)? Et en effet, comment pourrait-on d騁ruire la religion dans la conscience de l'homme du peuple sans, dans le m麥e temps, la remplacer. Est-il possible, dans ce seul cas, de d騁ruire sans cr馥r ? C'est impossible. L'anticl駻icalisme vulgaire et ma輟nnique lui-m麥e substitue ? la religion qu'il d騁ruit (dans la mesure o? il la d騁ruit r馥llement), une nouvelle conception; et si cette nouvelle conception est grossi鑽e et basse, cela signifie que la religion remplac馥 騁ait en r饌lit? encore plus grossi鑽e et basse. L'affirmation de Croce ne peut donc 黎re qu'une fa輟n hypocrite de repr駸enter le vieux principe selon lequel la religion est n馗essaire pour le peuple. Gentile, de fa輟n moins hypocrite et plus cons駲uente, a r騁abli l'enseignement [de la religion] dans les 馗oles 駘駑entaires (on est all? encore plus loin que ce que voulait faire Gentile : on a 騁endu l'enseignement de la religion aux 馗oles secondaires); et il a justifi? son acte en faisant appel ? la conception h馮駘ienne de la religion comme philosophie de l'enfance de l'humanit? qui, appliqu馥 aux temps actuels, est devenue un pur sophisme et une fa輟n de rendre service au cl駻icalisme. (Q. 1294-5)

Ce qui n弾mp鹹he pas Gramsci de d駭oncer ォ l誕nticl駻icalisme stupide サ largement diffus? dans le mouvement ouvrier. Contre cette duplicit? de la bourgeoisie, le mouvement ouvrier doit, selon Gramsci, mener bataille sur le terrain de la culture, autour de la question centrale de l檀駻itage : le mouvement ouvrier est l檀駻itier de la culture ォ bourgeoise サ. Mais il faut aussi tenir compte du fait que la bourgeoisie ne reste pas inerte et qu弾lle sait retourner contre le mouvement ouvrier les armes que lui donne la ォ philosophie de la praxis サ ? c弾st le nom sous lequel Gramsci d駸igne la philosophie de Marx. Notons, d誕illeurs ? ce sujet, que contrairement ? ce qu弛n peut lire ici et l?, ce n弾st pas pour 馗happer ? la censure que Gramsci parle de la ォ philosophie de la praxis サ ? la place du ォ marxisme サ. L弾xpression ォ filosofia della praxi サ est propre aux philosophes italiens marxistes ou non et c弾st, je crois, avec l弾ssai de 1898 de Giovanni Gentile qu弾lle entre dans les m忖rs. La question de la bataille culturelle occupe la majeure partie des deux mille pages des Cahiers de prison, sous une forme ou sous une autre. Contre le ォ mat駻ialisme banal サ, il consid鑽e que c弾st l? que se joue v駻itablement la question politique centrale puisque c弾st l? que se joue l檀馮駑onie. C弾st pourquoi il pose comme t稍he la construction prol騁arienne d置ne ォ v駻itable groupe des intellectuels ind駱endants サ, condition de la formation de l誕utonomie subjective du prol騁ariat. Sur ce terrain il semble suivre L駭ine, mais va beaucoup plus loin que lui. Alors que L駭ine finalement raisonne en termes militaires (le parti est une arm馥 capable de mener une guerre de mouvement et l段nstruction de l帝lite r騅olutionnaire se fait dans ce cadre), Gramsci pose la question de la conqu黎e ォ  サ des masses, donc de la culture n馗essaire pour soutenir une ォ guerre de position サ.

Gramsci, s誕ppuyant sur Croce, rappelle que la Renaissance italienne est rest馥 confin馥 dans les cercles aristocratiques alors que le luth駻ianisme et le calvinisme ont 騁? des mouvements de r馭orme nationale-populaire ? c弾st cette m麥e expression que l弛n trouve dans les notes sur Machiavel, au moment o? Gramsci d馭init les t稍hes du nouveau prince. Et, pourtant, le luth駻ianisme et le calvinisme dans un premier temps ne repr駸entaient pas une culture sup駻ieure ? celle qu段ls allaient remplacer. C弾st seulement dans une phase ult駻ieure que la r馭orme put int馮rer l檀駻itage de la renaissance et se diffuser m麥e dans les pays non protestants. En France, la r馭orme s弾xprima dans le mouvement des Lumi鑽es.

Il faut savoir transposer ces le輟ns de l檀istoire dans l帝poque actuelle. Gramsci propose de penser ォ la philosophie de la praxis comme r馭orme populaire moderne サ. Cette id馥 a 騁? entrevue, pour la premi鑽e fois par Sorel qui a repris ? Renan l段d馥 de la n馗essit? d置ne r馭orme intellectuelle et . Mais en ce qui concerne le mouvement ouvrier, les choses se heurtent ? une r饌lit? que Gramsci met clairement en 騅idence :

La philosophie de la praxis pr駸uppose tout ce pass? culturel, la renaissance et la r馭orme, la philosophie allemande et la r騅olution fran軋ise, le calvinisme et l帝conomie classique anglaise, le et l檀istoricisme qui est ? la base de toute la conception moderne de la vie. La philosophie de la praxis est le couronnement de tout ce mouvement de r馭orme intellectuelle et , dialectis? dans le contraste entre culture populaire et haute culture. Elle correspond au lien R馭orme protestante + R騅olution fran軋ise : c弾st une philosophie qui est aussi une politique, une politique qui est aussi une philosophie. Elle travers encore sa phase populaire : susciter un groupe d段ntellectuels ind駱endants n弾st pas une chose facile, cela demande un long processus avec des actions et des r饌ctions, avec des adh駸ions et des dissolutions et de nouvelles formations tr鑚 nombreuses et complexes : c弾st la conception d置n groupe social subalterne, sans initiative historique, qui s誕mplifie continuellement mais de mani鑽e non organique, et sans pouvoir outrepasser un certain degr? qualitatif qui est toujours au-del? de la possession de l痛tat, de l弾xercice r馥l de l檀馮駑onie sur toute la soci騁? qui seul permet un certain 駲uilibre organique dans le d騅eloppement du groupe intellectuel. (Q. 1860-1)

Cette limitation explique pourquoi la ォ philosophie de la praxis サ peut se transformer en une sorte de religion pour classe subalterne. Et c弾st aussi pourquoi la lutte pour l帝mancipation du prol騁ariat prend cette forme chaotique qu弛n lui conna?t. Comment sortir de cette difficult? ? Si on suit la th駮rie des 駘ites de Pareto, il n弾st aucune issue possible. Les classes dominantes dominent ! Pareto, parmi les moyens qui permettent le maintient de la domination d置ne classe dominante note ceci:

ァ 2482. 4ー L'appel de la classe gouvernante, ? condition de la servir, de tout individu qui pourrait lui devenir dangereux. Il faut prendre garde ? la restriction : ォ ? condition de la servir サ. Si on la supprimait, on aurait simplement la description de la circulation des 駘ites ; circulation qui se produit pr馗is駑ent quand des 駘駑ents 騁rangers ? l'駘ite viennent ? en faire partie, y apportant leurs opinions, leurs caract鑽es, leurs vertus, leurs pr駛ug駸. Mais si, au contraire, ces personnes changent leur mani鑽e d'黎re, et d'ennemis deviennent alli駸 et serviteurs, on a un cas enti鑽ement diff駻ent, dans lequel la circulation fait d馭aut. (TSG)

Th鑪e sur lequel il revient souvient :

Il est, au contraire, plus difficile de d駱oss馘er une classe gouvernante qui sait se servir de la ruse, de la fraude, de la corruption, d'une mani鑽e avis馥. C'est tr鑚 difficile, si cette classe r騏ssit ? s'assimiler le plus grand nombre de ceux qui, dans la classe gouvern馥, ont les m麥es dons, savent employer les m麥es artifices, et pourraient par cons駲uent 黎re les chefs de ceux qui sont dispos駸 ? faire usage de la violence. La classe gouvern馥 qui, de cette mani鑽e, demeure sans guide, sans habilet?, sans organisation, est presque toujours impuisュsante ? instituer quoi que ce soit de durable. (Pareto, TSG, ァ 2179)

La th駮rie du parti d誕vant-garde, telle que Gramsci la r鳬labore en partant de L駭ine, vise justement ? r駱ondre ? la th駮rie des 駘ites de Pareto. Elle vise ? construire une id馥 radicalement diff駻ente du chef et du groupe dirigeant. Gramsci oppose le chef ? petites ambitions au chef ? grandes ambitions. Apr鑚 avoir d駱eint le ォ chef charismatique サ dont parle Michels, Gramsci 馗rit :

Le chef politique ? grande ambition, ? l段nverse, tend ? susciter une strate interm馘iaire entre lui-m麥e et la masse, ? susciter de possibles ォ concurrents サ et 馮aux, ? 駘ever le niveau de capacit? des masses, ? cr馥r les 駘駑ents qui peuvent le remplacer dans sa fonction de chef. Il pense selon les int駻黎s de la masse et ceux-ci veulent qu置n appareil de conqu黎e ou de domination ne disparaisse pas ? la mort ou ? l誕ffaiblissement d置n seul chef, replongeant la masse dans le chaos ou l段mpuissance primitive. (Q. 772)

On remarquera que cette alternative ? la th駮rie des 駘ites reprend la th駮rie des 駘ites pour la faire jouer dans un autre sens. Un prince qui s誕ppuie sur les int駻黎s du peuple en lieu et place d置n prince au service des dominants. Il faudrait ici d騅elopper les th鑪es gramsciens bien connus, intellectuels organiques, h馮駑onie pour comprendre mieux la richesse de cette r馭lexion. Mais on peut tout de m麥e clairement indiquer les liens qui unissent la pens馥 critique de Gramsci ? l帝litisme italien avec lequel il m鈩e un d饕at vigoureux.

La nouvelle classe dominante : les 駘ites technobureaucratiques

Entre les deux guerres, surtout au cours des ann馥s 30, se d騅eloppe une discussion de la plus haute importance sur les rapports entre le communisme sovi騁ique, les diverses formes de fascisme et la mont馥 d置n ノtat interventionniste m麥e dans les bastions du , comme aux ノtats-Unis avec le New Deal de Roosevelt. Face ? la crise du capitalisme (il faut avoir ? l弾sprit le v駻itable traumatisme qu誕 騁? le krach de Wall Street ? l誕utomne 1929), ces trois formes de r馮imes d騅eloppaient des politiques qui, au-del? de leurs diff駻ences notables sur le plan humain ou moral, n弾n 騁aient pas moins 騁rangement convergentes. L帝tatisme et l段ntervention de la bureaucratie politique dans la planification 馗onomique, la reconnaissance de la n馗essit? de se pr駮ccuper du bien-黎re des travailleurs et de leur offrir des protections l馮ales (allant ainsi ? l弾ncontre des sacro-saintes lois du march? du travail), le r?le croissant des techniciens et des managers de l帝conomie, voil? quelques-uns de ces traits communs. On remarquera aussi, dans le d駸ordre, que Mussolini vient du socialisme et qu段l a su attirer ? lui des 駘駑ents parmi les plus radicaux (cf. Michels !), que le NSDAP de Hitler se dit ォ socialiste サ et pr騁end offrir aux travailleurs allemands la r駱onse ? leurs aspirations socialistes, ou encore que le Dr Schacht, le premier ministre de l帝conomie de Hitler 騁ait un disciple de Keynes, inspirateur du New Deal ou encore que la gauche a jou? un r?le important dans l誕dministration Roosevelt : on commence ? avoir le tableau d置ne situation qu弛n a bien oubli馥 aujourd'hui.

La discussion a pris un tour tr鑚 particulier ? partir de 1935-36 et les pol駑iques qui commencent ? se d騅elopper autour de la question de la nature de l旦RSS ainsi que les comparaisons qui trouveront leur point culminant apr鑚 le pacte germano-sovi騁ique entre stalinisme et nazisme.

Tr鑚 t?t les anarchistes et les groupes communistes conseillistes avaient d駭onc? le syst鑪e sovi騁ique comme un ォ capitalisme d帝tat. サ Mais l誕ppellation avait plus valeur de condamnation ou politique que de caract駻isation scientifique. L駭ine avait bien parl? de capitalisme d痛tat au d饕ut de la formation de l旦RSS mais c弾st parce que, pour lui, l旦RSS n帝tait pas un pays socialiste, mais plut?t un syst鑪e mixte dont la th駮rie sera faite au moment de la NEP, cette phase inaugur馥 apr鑚 la fin de la guerre civile et du ォ communisme de guerre サ et qui devait combiner un capitalisme d痛tat industriel avec une petite propri騁? paysanne essentiellement et m麥e des investisseurs 騁rangers. Mais la collectivisation forc馥 et le plan quinquennal, mis en place au tournant des ann馥s trente avaient radicalement boulevers? la situation.

C弾st de cette situation que Trotsky doit tenir compte quand il 馗rit un de ses ouvrages majeurs, La r騅olution trahie, consacr? ? l誕nalyse du syst鑪e sovi騁ique. Il consacre une place non n馮ligeable aux questions de d馭inition. Ainsi, il r馭ute celle de ォ capitalisme d痛tat サ:

En pr駸ence de nouveaux ph駭om鈩es les hommes cherchent souvent un refuge dans les vieux mots. On a tent? de camoufler l'駭igme sovi騁ique ? l'aide du terme ォ capitalisme d'ノtat サ, qui a l'avantage de n'offrir ? personne de signification pr馗ise. Il servit d'abord ? d駸igner les cas o? l'ノtat bourgeois assume la gestion des moyens de transports et de certaines industries. La n馗essit? de semblables mesures est un des sympt?mes de ce que les forces productives du capitalisme d駱assent le capitalisme et l'am鈩ent ? se nier partiellement lui-m麥e dans la pratique. Mais le syst鑪e, se survivant, demeure capitaliste en d駱it des cas o? il en arrive ? se nier lui-m麥e.12

Et Trotsky n誕 pas beaucoup de mal ? montrer que les d馭initions traditionnelles du capitalisme ne peuvent pas s誕ppliquer ? l旦RSS et que, par cons駲uent, l弾xpression ォ capitalisme d痛tat サ est plut?t une source de confusion. Mais pour autant, il se refuse ? faire de la bureaucratie une nouvelle classe dirigeante. Elle n弾st pour lui qu置ne excroissance d置n syst鑪e social dont les bases sociales sont issues d置ne authentique r騅olution prol騁arienne. Il admet toutefois qu弾lle est quelque chose de plus qu置ne simple bureaucratie :

Tandis que les fascistes, une fois arriv駸 ? la mangeoire, s'unissent ? la bourgeoisie par les int駻黎s communs, l'amiti?, les mariages, etc., la bureaucratie de l'U.R.S.S. s'assimile les moeurs bourgeoises sans avoir ? c?t? d'elle une bourgeoisie nationale. En ce sens on ne peut nier qu'elle soit quelque chose de plus qu'une simple bureaucratie. Elle est la seule couche sociale privil馮i馥 et dominante, au sens plein des termes, dans la soci騁? sovi騁ique. (p. 166)

Mais elle n弾st pas pour autant une classe sociale dirigeante:

La bureaucratie n'a pas cr鳬 de base sociale ? sa domination, sous la forme de conditions particuli鑽es de propri騁?. Elle est oblig馥 de d馭endre la propri騁? de l'ノtat, source de son pouvoir et de ses revenus. Par cet aspect de son activit?, elle demeure l'instrument de la dictature du prol騁ariat. (p. 167)

C弾st sur ce point que Bruno Rizzi va le contester rudement. Dans Le collectivisme bureaucratique13 , (premi鑽e partie de son ouvrage, La bureaucratisation du monde), Rizzi seconsacre ? l誕nalyse de l旦RSS et r馭ute radicalement Trotsky. Il montre que le syst鑪e sovi騁ique est une nouvelle formation sociale.

Cette forme nouvelle de la soci騁? r駸out, d'un point de vue social, l'insoutenable antagonisme qui rendait la soci騁? capitaliste incapable de tout progr鑚. Dans la soci騁? capitaliste, la forme de production est collective depuis longtemps, car tout le monde prend part, d'une mani鑽e directe ou indirecte, ? la production de n'importe quelle marchandise. Mais la propri騁? des marchandises est individuelle, cela en cons駲uence pr馗is駑ent du maintien de la propri騁?. En socialisant la propri騁? et en la mettant effectivement sous la direction d'une classe, agissant comme un complexe harmonique, on fait dispara?tre l'antagonisme existant dans le syst鑪e de production de la soci騁? capitaliste, remplac? par un nouveau syst鑪e.

Mais celle-ci ne peut 黎re analys馥 dans les limites de l旦RSS. Elle doit plut?t 黎re comprise comme une expression particuli鑽e d置n mouvement mondial, dont le New Deal et le fascisme ou le nazisme sont d誕utres expressions.

Ce nouveau syst鑪e social se pr駸ente dans le d騅eloppement de l'histoire de l'humanit?, comme un ph駭om鈩e parasitaire. Le pouvoir aurait d? logiquement passer de la bourgeoisie au prol騁ariat, mais cela n'est pas arriv? ? cause, 騅idemment, de l'immaturit? politique du prol騁ariat. En effet on passe ? une direction sociale qui n'est ni bourgeoise ni prol騁arienne. Le personnage du bourgeois capitaliste est devenu superflu, dans le ph駭om鈩e de la grande production, et il est automatiquement 馗art?. L'ancien fonctionnaire, le rond-de-cuir de la bourgeoisie, prend un aspect juridique en s'alliant ? la bureaucratie syndicale et ? celle de l'Etat totalitaire : une nouvelle classe monte ? l'horizon. Le prochain avenir seulement pourra nous dire si cette nouvelle classe, pointant partout dans le monde, est ? m麥e d'aplanir d'abord toutes les divergences qu'a laiss馥s l'imp駻ialisme et, ensuite, d'augmenter le volume de la production en employant la nouvelle organisation 馗onomique et politique. On verra aussi si cette classe est ? m麥e d'am駘iorer les conditions de vie des masses ; c'est l? qu'elle donnera la preuve de sa ォ virtuosit? サ.
Les sympt?mes politiques concordent avec la naissante bureaucratisation du monde.

Les th鑚es de Rizzi sont centre des controverses entre Burnham et Trotsky en 1939-4014. Apr鑚 la guerre, Burnham qui a rompu avec le trotskysme et le marxisme sera connu comme l誕uteur d置n ォ best-seller サ, Managerial revolution, traduit en fran軋is et pr駸ent? par L駮n Blum sous le titre de L定re des organisateurs. Sous une autre forme, J.K. Galbraith s段nscrit dans la m麥e lign馥 avec le r?le qu段l donne ? la techno-bureaucratie et sa th駮rie de la convergence des deux syst鑪es.

Bien que la chute de l旦nion Sovi騁ique et le tournant ォ n駮-lib駻al サ dans les soci騁駸 capitalistes aient quelque peu rel馮u? ? l誕rri鑽e-plan les th駮ries de Burnham et Galbraith, on peut tout de m麥e se demander si ce n弾st une pas une nouvelle 駘ite qui a pris le pouvoir depuis trente ou quarante ans, une nouvelle 駘ite qui se forme par absorption de certaines parties des anciennes 駘ites (par exemple celles qui occupaient le terrain du temps de l痛tat-providence) et par l帝viction pure et simple des 駘ites anciennes, celles qui se pr騅alaient de la haute culture.

L誕nalyse de notre monde dans les termes de la sociologie de Pareto serait certainement tr鑚 馗lairante. Il manque encore un Gramsci.

(Conf駻ence ? l'association  Philopop, Le Havre, 27 f騅rier 2010) 


1Vilfredo Pareto, de m鑽e fran軋ise et de p鑽e italien est n? ? Paris en 1848 et mort en Suisse ? C駘igny en 1923. ノconomiste et sociologue, c弾st lui qui a pris la succession de L駮n Walras ? chaire d帝conomie politique de l旦niversit? de Lausanne.

2Gaetano Mosca, 1858-1941, professeur de droit constitutionnel, il a eu une aussi une activit? politique, d駱ut? puis s駭ateur ? vie jusqu弾n 1926, et journalistique (au Corriere della Sera). Mosca est n? ? Palerme et la mafia a 騁? pour lui un sujet d帝tude et de r馭lexion: Che cosa ? la mafia?

3James Burnham, The Machiavellians, New-Tork, 1943. Ce livre difficile ? trouver n誕 pas 騁? traduit en fran軋is ? la diff駻ence de L定re des organisateurs (The managerial revolution).

4G. Mosca, Elementi di scienza politica, 2e 馘ition, 1923. I, p.7

5G. Mosca, ォ Aristocrazia e democrazia サ, in Partiti e sindacati, Laterza/ Bari, 1949, p.334-335cit? par N. Bobbio in Saggi sulla scienza politica in Italia.

6G. Mosca, Elementi,I

7Cit? ici dans la traduction de S. Jank駘騅itch, ォ Champs サ, Flammarion.

8L駭ine : Que faire ? III, 馘itions de Moscou.

9Ce livre a traduit en fran軋is en 2005 aux 馘itions Syllepse.

10Le texte fran軋is, extrait de l段ntroduction ? la contribution ? la Critique de la philosophie du droit de Hegel est le suivant : ォ Le v駻itable bonheur du peuple exige que la religion soit supprim馥 en tant que bonheur illusoire du peuple. Exiger qu'il soit renonc? aux illusions concernant notre propre situation, c'est exiger qu'il soit renonc? a une situation qui a besoin d'illusions. La critique de la religion est donc, en germe, la critique de cette vall馥 de larmes, dont la religion est l'aur駮le. La critique a effeuill? les fleurs imaginaires qui couvraient la cha?ne, non pas pour que l'homme porte la cha?ne prosa?que et d駸olante, mais pour qu'il secoue la cha?ne et cueille la fleur vivante. La critique de la religion d駸illusionne l'homme, pour qu'il pense, agisse, forme sa r饌lit? comme un homme d駸illusionn?, devenu raisonnable, pour qu'il se meuve autour de lui et par suite autour de son v駻itable soleil. La religion n'est que le soleil illusoire qui se meut autour de l'homme, tant qu'il ne se meut pas autour de lui-m麥e. L'histoire a donc la mission, une fois que la vie future de la v駻it? s'est 騅anouie, d'騁ablir la v駻it? de la vie pr駸ente. Et la premi鑽e t稍he de la philosophie, qui est au service de l'histoire, consiste, une fois d駑asqu馥 l'image sainte qui repr駸entait la renonciation de l'homme a lui-m麥e, ? d駑asquer cette renonciation sous ses formes profanes. La critique du ciel se transforme ainsi en critique de la terre, la critique de la religion en critique du droit, la critique de la th駮logie en critique de la politique.

 

11D. Losurdo, Gramsci dal liberalismo al comunismo critico, Gamberetti Editrice, 1997, pp. 209-210

12L. Trotsky, La r騅olution trahie, 馘itions de Minuit, 1963, p. 164

13ノdit? par les 馘itions Complexe-Lebovici, cet ouvrage est apparemment indisponible en fran軋is.

14Voir Trotsky, D馭ense du marxisme, EDI

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Ecrit par dcollin le Samedi 27 F騅rier 2010, 22:17 dans "Morale et politique" Lu 31015 fois. Version imprimable

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Commentaires

Une observation concernant L駭ine et le parti comme ォ?avant-garde?サ du prol騁ariat. Il est difficile d'en faire une caract駻istique distinctive du ォ?l駭inisme?サ tant ce th鑪e de la necessit? d'une t黎e de pont ォ?馗lair馥?サ instillant de l'ext駻ieur la ォ?conscience r騅olutionnaire?サ ? la classe ouvri鑽e 騁ait ? l'駱oque une chose peu sujette ? caution?: que l'on pense par exemple aux positions de Kautsky (dont L駭ine sur ce sujet est quasiment un plagiaire...), Bernstein, Akselrod ou m麥e aux Fabiens (rappelons que L駭ine fut un de leurs traducteurs russes). Ainsi pour le coup, il n'a pas fait preuve d'une grande originalit? et sa position 騁ait marqu馥 incontestablement du sceau du suivisme. M麥e Rosa Luxemburg, ? tort trop souvent d駱einte comme une chantre du spontan駟sme, en reconnaissait la justesse m麥e, s'il est vrai, avec une position plus nuanc馥.

Reste que le rapport entre classe ouvri鑽e, parti et intellectuels communistes est crucial, car n'y-a-t-il pas l? en miroir celui de la division du travail avec ses risques de d駻ive dont la tentation 駘itiste ne serait qu'un avatar logique.


HAUTECOEUR - le 01-05-10 à 09:31 - #

Juste une pr馗ision le livre LES MACHAVELIENS a 騁? traduit et publi? dans la collection LA LIBERTE DE L'ESPRIT dirig? par Raymond ARON.


Production et 駘itisme

L駮pold - le 10-12-10 à 23:02 - #

L'opposition de Gramsci ? l'駘itisme l駭iniste, qui contient en germe le bureucratisme stalinien, tient sans aucun doute ? la "bataille culturelle" que vous retracez nonobstant son "in騅itable" phase 駘itiste. Mais l'originalit? de Gramsci qui porte la marque d'un authentique marxisme, c'est de ne pas "rompre" avec Marx, comme vous dites, "sur la question-cl?" de "la capacit? des travailleurs (c弾st-?-dire de la grande masse de la population) ? s帝manciper eux-m麥es, ou encore ? devenir autonomes." Non seulement programmatiquement, mais organisationnellement :  je pense bien s?r aux "consigli di fabbrica" dans leur diff駻ence d'avec les "soviets". C'est aux producteurs que Gramsci s'adresse non pas aux salari駸 (qui n'ont effectivement aucune chance, comme on le voit encore dans notre syndicalisme "d'accompagnement" st駻ile et st駻ilisateur, "d誕ller au-del? des revendications 馗onomiques compatibles avec le mode de production capitaliste" comme vous l'馗rivez de la lutte ouvri鑽e selon L駭ine). C'est continuer ? s'adresser au salari? qui l馮itime l'esclavage et pr駱are la dictature, et non pas d駭oncer la farce de la d駑ocratie formelle. Gramsci voulait ancrer sa "r騅olution culturelle" dans l'atelier. Mais si ce projet a 馗hou? (dans la "religion populaire") comme vous le montrez, c'est que, en d駱it des intellectuels organiques, etc., lui a manqu? une authentique culture de la production. Reprendre le probl鑪e au point o? Gramsci l'a laiss? devrait permettre au marxisme d'馗happer au destin qui s'est referm? sur lui dans les ann馥s 30. Parler de l'URSS comme d'un "capitalisme d'ノtat", ainsi que le firent les conseillistes, est sans doute litt駻alement erron?, mais non pas d駭oncer son productivisme. Sur l'駭igme du concept de production chez Marx et chez Gramsci, et sur ce qui le s駱arait des staliniens, je vous recommande la lecture d'un cours de G駻ard Granel accessible sur politproductions.com/


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